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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:54
Des résidus de pesticides aussi nombreux que variés

   Un temps minimisée par le groupe de travail américain sur le CCD, la responsabilité des pesticides s’est précisée au fil des études. Et plusieurs scientifiques ont révisé leur opinion. C’est que l’importance et la diversité des toxiques chimiques retrouvés au sein des ruches américaines sont impressionnantes. « Sur les 108 échantillons de pollens analysés, 46 pesticides différents ont été identifiés. Nous avons même trouvé 17 molécules dans un seul échantillon de pollen provenant d'une colonie et 24 pesticides dans un seul échantillon d’abeilles ! indiquait en novembre 2008 Maryann Frazier de l’Université de Pennsylvanie qui a identifié des résidus de 73 molécules et 9 de leurs métabolites (produits de leur transformation) dans des pollens, de la cire, du miel et des abeilles de nombreux ruchers [1].

 

Types de pesticides identifiés dans 108 échantillons de pollen prélevés en 2007. (Frazier et al. 2008)

 

   Plus spectaculaires encore sont les résultats de Jerry Bromenshenk de l’Université du Montana et ses collègues travaillant pour la Défense : ils assurent, dans ce pré-rapport du groupe de travail sur le CCD, avoir identifié pas moins de... 400 molécules chimiques différentes au sein des ruches américaines ! Des pesticides agricoles comme les fameux systémiques (Poncho et Gaucho) ou divers fongicides, mais aussi, en fortes concentrations, des  insecticides utilisés par les apiculteurs contre le varroa et d’autres parasites de l’abeille. L’équipe de May Berenbaum de l’Université de l’Illinois précise dans ce même rapport d'étape que l’accumulation de deux acaricides (le tau-fluvalinate et le coumaphos) dans les cires pourraient fort bien bloquer chez l’abeille l’action de détoxification d’enzymes contre divers autres insecticides. Serait-ce l'explication des résultats de l'équipe de May Berenbaum, qui  n'a pas observé d'activation particulière des gènes de détoxification d'abeilles malades du CCD ?

 

   L’analyse récente des résidus de pesticides, effectuée dans les ruches de 2007  par le groupe de chercheurs américains et belges [2], confirme cet environnement relativement toxique dans lequel vivent nos abeilles : 50 molécules différentes et leurs métabolites ont été ainsi identifiés par eux dans 70 échantillons de cire, 20 molécules dans 18 échantillons de pain d’abeille (pollen frais agglomérés avec du nectar, du miel et des enzymes par les abeilles pour nourrir la colonie), 5 molécules dans 24 échantillons de couvain, et 28 molécules dans 16 abeilles adultes testées. Les auteurs précisent toutefois qu’« il n’y avait pas de différences sur le nombre moyen de pesticides détectés dans les cires [pas plus que dans le pain d’abeille, le couvain ou les abeilles adultes] issues des colonies des ruchers touchées par le CCD et des colonies des ruchers de contrôle. »

 

   Seule différence notable : l’insecticide agricole de la famille des pyréthrinoïdes (l’Esfenvalerate ou Asana XL) a été retrouvé dans 32 % des colonies de contrôle (saines) contre... 5 % seulement chez celles qui ont été frappées par le CCD. Même différence pour l’acaricide coumaphos aux dépens des colonies saines. Curieux, alors qu’on attendait l’inverse ! Est-ce à dire, comme le suggèrent les auteurs de cette étude, que ce résultat est le signe, sinon la preuve, que les pesticides ne sont pas la cause du CCD ? Du fait d’un impact plus subtil sur l’immunité des abeilles qui absorbent parfois ces contaminants à faibles doses dans le nectar et le pollen jour après jour, comme nous le montrons dans notre livre, il est tout de même plausible que ces résidus ont une action négative sur ces insectes. Mais laquelle et de quelles manières ? Sans doute n’impactent-ils pas seuls les colonies et combinent-ils leurs effets avec certains parasites. Nous détaillons dans L’étrange silence des abeilles plusieurs mécanismes très surprenants et parfaitement imprévisibles mis en évidence par plusieurs équipes, dont celle de Luc Belzunce à l’INRA d’Avignon (effets de synergie et de potentialisation entre molécules, effet des faibles doses, mécanisme d’action de type hormonaux...).

 

On teste en laboratoire (dans des tunnels avec des obstacles ou des repères visuels) l'orientation des abeilles exposées à des contaminants (© J. Tautz, tirée du livre "L'étonnante abeille", de boeck éditeur).

 

   Le 29 juillet dernier, Steve Sheppard du Centre de recherche agricole de l’Université d’État de Washington (WSU) rapportait également avoir trouvé d’« assez hauts niveaux de résidus de pesticide » (en particulier d’acaricides) dans les cires des cadres de ruches examinées [3]. Et « les abeilles élevées dans ces ruches [contaminées] ont eu une durée de vie réduite » ajoutait-il, avant de recommander aux éleveurs américains de changer leurs cadres de ruches plus souvent, au moins tous les trois ans. Plusieurs équipes sont encore en train d’évaluer la toxicité de ces acaricides anti-varroa. Ces résultats rappellent, là encore, ceux qui ont été obtenus à plusieurs reprises dans les ruches françaises. Ils confirment qu’il y a bien lieu de revoir les pratiques phytosanitaires apicoles aux États-Unis comme en Europe. Et pour cela d’apporter aux éleveurs des alternatives chimiques à la fois moins toxiques et plus efficaces.

 

   Effet collatéral de cette « guerre contre les pesticides » menée par les mouvements apicoles de part et d'autre de l'Atlantique, on a le sentiment que de nombreuses équipes de recherche et groupements professionnels ont pris la mesure des dégâts causés dans les ruchers du monde par l’acarien Varroa destructor et de l'urgence à se mobiliser contre lui. Ainsi, un groupe du département d’État de l’agriculture (USDA) de Baton Rouge, en Louisiane, conduit par Tom Rinderer, est parti il y a une quinzaine d’années pour la Sibérie à la recherche de lignées d’abeilles locales tolérantes à cet acarien. Ayant identifié puis sélectionné une lignée résistante, il a diffusé des abeilles hybrides russo-américaines aux USA avec un relatif succès. Bien d’autres équipes universitaires tentent aujourd'hui d’isoler des gènes de tolérance à cet acarien (mais aussi à certains virus ou à Nosema ceranae)  et de les intégrer au génome des lignées d’abeilles mellifères performantes pour leur production de miel ou leur rusticité.


   Certains privilégient la lutte biologique, comme je le détaille dans mon livre. Aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni ou en Nouvelle-, plusieurs équipes s'efforcent ainsi de sélectioner un parasite de l’acarien - la plupart du temps une souche du champignon Beauvaria bassiana. C'est cette piste que présentera, le 15 septembre prochain à Montpellier, la branche languedocienne du Centre national du développement apicole (ADAPRO-LR)Enfin, comme l'indique ce nouveau rapport,  un groupe texan de Weslaco (USDA) teste avec différents industriels des méthodes de rotation d’acaricides pour retarder les résistances du varroa au sein des ruchers. Par ailleurs, un autre laboratoire de l’USDA, celui de Peter Teal à Gainesville (Floride), s’efforce actuellement de trouver un procédé de lutte non chimique, cette fois par piégeage, contre un autre parasite de l’abeille : le petit coléoptère qui fait, aux États-Unis, de gros dégât dans les ruchers.


Demain 13 septembre, la suite :
Combinaisons explosives !

LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(8) DES  CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1] Melissa Beattie-Moss, “Colonies in collapse: What's causing massive honeybee die-offs?”, Research Penn State (magazine en ligne), 10 novembre 2008.

[2] vanEngelsdorp D et al. (2009) op. cit.

[3] “Scientists untangle multiple causes of bee colony disorder”, Environment News Service, ProMED (International Society  for Infectious Diseases), 29 juillet 2009.

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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