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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:01
Les espèces sauvages sont-elles moins menacées que l'abeille d'élevage ?

   Il est très séduisant d’imaginer un système agricole « naturel », dont la reproduction est l’œuvre des seuls pollinisateurs sauvages. Encore faut-il s’assurer que ces espèces échappent non seulement au CCD, mais au déclin global des colonies d’élevage. Et notamment à leurs causes.

   Sans doute, ces abeilles ne constituent-elles pas la cible privilégiée des pires pathogènes d’A. mellifera (Varroa destructor et Nosema ceranae), mais il reste à prouver que les abeilles sauvages évitent également les intoxications par pesticides qui sont largement diffusés dans l’espace rural. D’autant que leur aire de butinage étant bien plus modeste que celle de notre abeille d’élevage, ces espèces auront du mal à échapper à un champ arrosé de pesticides ou à une zone contaminés. On peut admettre toutefois qu’étant solitaires pour l’essentiel, ces abeilles n’accumulent pas ou peu de pollen ni de nectar (miel) pollués dans leur nid, ce qui suffit à les rendre moins vulnérables aux intoxications par ingestion. Mais cela demande à être vérifié.
                                                                       © V. Tardieu

   On peut d’ores et déjà noter que les quelques suivis à long terme des insectes, aux États-Unis (par le National Research Council[1]) comme en Europe (par Jacobus Biesmeijer[2]), attestent d’une réduction dans le paysage rural actuel de la taille des populations d’abeille sauvages, en particulier de certaines espèces d’apoïdes spécialisées. Ceci s’explique par la place très particulière qu’occupent les abeilles dans les réseaux écologiques (trophiques) à l’œuvre dans ces agrosystèmes.

   Dans cette dernière étude, Jacobus Biesmeijer et ses collègues montrent l’appauvrissement de la richesse biologique des populations d’abeilles sauvages – de 30 à 60 % en nombre d’espèces. Cela dans 52 % des zones étudiées en Grande-Bretagne et dans environ 67 % des sites en Hollande. « Plusieurs de ces espèces peu communes [souvent spécialisées pour un habitat ou une ressource alimentaire donnés] sont devenues aujourd’hui si rares qu’elles auront probablement disparu dans les prochaines décennies », prédit cet écologue néerlandais travaillant à l’université anglaise de Leeds.

   En croisant les relevés entomologiques historiques avec les inventaires botaniques réalisés dans ces deux pays, son équipe a pu constater deux évolutions parallèles chez les pollinisateurs et les plantes à fleurs qui dépendent d’eux pour se reproduire : au Royaume-Uni, 75 espèces de plantes sauvages pollinisées par les insectes ont régressé tandis que 30 espèces fertilisées grâce au vent ou à l’eau ont gagné du terrain. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que la nature a horreur du vide : la régression des uns profite à d’autres. Et, comme dans l’histoire de la poule et de l’œuf, entre plante et pollinisateur, on ne peut dire lequel des deux a, le premier, entamé sa chute et entraîné celle de l’autre.
         
                                                                                                                                     © F. Zehar

LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Committee on the Status of Pollinators in North America, National Research Council (2006), “Status of pollinators in North America”, Washington. ISBN: 0-309-66642-2, 396 pages, 6 x 9.
[2] Biesmeijer JG et al. (2006) “Parallel declines in pollinators and insect-pollinated plants in Britain and the Netherlands”, Science, 313 : 351-354.

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Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
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