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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 07:59

Le printemps


   « Cela faisait plusieurs jours que je me demandais ce qui ne tournait pas rond en sortant autour de chez moi. Maintenant, je le sais : c’est le silence ! Le silence des abeilles. Avant, la montagne entière bourdonnait au printemps, mais à présent ce n’est plus le cas : je ne vois et n’entend quasiment plus d’abeilles sauvages cette année ! » De quoi mettre le bourdon à Denis Cournol, l’apiculteur que je suis de près depuis quelques mois. À cette époque de l’année, début avril 2008, ce sont bien les seules bestioles, en tout cas, qui emplissent l’air de leur vol un peu lourd. Avant quelques semaines plus chaudes ?

 

                                                                                                                                                    © A. Carasso

   Son bilan de l’hiver est aussi maussade que ces premiers jours du printemps : il a perdu les ruches qu’il redoutait de perdre. Et puis ça s’est un peu stabilisé. « J’ai appelé à droite, à gauche, des amis éleveurs, qui me disent que l’hiver est également très médiocre pour eux ! » À présent, il doit remonter une bonne partie de son cheptel. Il a prévu alors d’acheter des reines et des abeilles à un producteurs qu’il connaît en Aveyron : « Je veux faire ça avant la miélée de châtaigner pour qu’elles aient les moyens de construire leur cire. J’irai passer probablement deux trois jours après le 15 mai, pour habituer les jeunes reines à leurs nouvelles ruches, avant de les ramener. »

   Avant cette virée dans l’Aveyron, il compte faire son propre élevage de reines : tuer les vieilles Mères de quelques ruches, sélectionner des jeunes du couvain et fonder de nouvelles colonies. La saison des greffes est annoncée !


   Le 5 mai, par téléphone : « Il y a des matins, je préférerais être plombier qu’apiculteur ! » lâche Denis à l’autre bout du fil. Son contact aveyronais pourvoyeur de reines a été retardé dans ses reproductions par une météorologie capricieuse. Une amie qui devait lui en vendre subit, de son côté, une infestation de loque américaine [1]. Et ses équipements neufs pour accueillir ses nouvelles pensionnaires n’ont toujours pas été livrés.

 

   Le 7 mai, une éclaircie dans le ciel de La Salle  : il « greffe » demain, je dois venir voir ça [2] ! Le 8 est une belle journée de printemps. Plusieurs lacets grimpent discrètement à travers une forêt de châtaigners, au-dessus du village pittoresque d’Olargues. Au bout d’un quart d’heure, la piste longe la crête, contourne la montagne et passe dans un autre vallon. En face, j’aperçois un hameau solitaire où il vit avec sa compagne.  Cinq à six vieilles maisons en pierres et lauzes grises construites au milieu des bouquets de sauges mauves, de cistes blanches, d’iris et de lilas. Aux beaux jours, une partie de son « village » ouvre ses portes aux randonneurs en quête de nature sauvage. C’est là qu'il abrite son rucher de Fiers-Loup. Je le rejoins jusqu’à ses ruches ensoleillées, derrière un grand potager biologique. Il enfile sa tenue d’apisconaute et bourre son enfumoir d’écorce et d’herbe fraîche. Une épaisse fumée blanche se dégage. « En simulant un incendie, l’enfumoir semble précipiter les abeilles sur leur réserve de miel. Elles me foutent la paix pendant que j’ouvre les ruches et récupère certaines larves. » Des jeunesses pondues il y a moins de 36 heures ! Moins qu’une paix durable, la trêve avec ses colonies est de courte durée. Leur assaut reprend au bout de quelques minutes, dards érigés, autour de ces deux intrus qui kidnappent leur avenir.


   Nous nous replions dans son laboratoire de campagne pour commencer cette « greffe » : l’intérieur, en fait, de sa fidèle Audi des années 80. Denis est tendu. Il a repéré de la loque américaine dans plusieurs des ruches où il a prélevé les larves... « C’est incroyable que j’en trouve à cette période, en pleine miellée de printemps, dans ces ruches populeuse et productrices ! J’espère que ces larves sont saines. Je n’ai plus le choix ! Il faut que je poursuive cette greffe. »

 

   Délicatement, au pinceau, il dépose une larve d’1 mm dans chaque cupule d’une barrette en plastique : ces minuscules virgules blanches baignent dans une larme de gelée royale. « Grâce à la gelée, elles seront mieux acceptées par les nourrices qui devront les élever pour en faire des reines » espère Denis. Il va les placer, en effet, au sein d’une ruche qui leur servira de couveuse, protégées par une grille de la reine mère qui pourrait venir occir ses nouvelles rivales. Si tout se passe au mieux, les nourrices les adopteront et les nourriront durant une douzaine de jours. Une fois les reines écloses, Denis devra agir vite pour éviter qu’elles s’entretuent : il prélèvera une trentaine de jeunes reines qu’il implantera au sein de petites colonies orphelines de leur Mère – ce que les professionnels appellent le starter - provenant de l’Aveyron. « Je les placerai au frais et dans l’obscurité pour qu’en toute quiétude, ces colonies acceptent leur nouvelle reine. »

 


   Pour conjurer ce mauvais œil loqueteux qui plane au-dessus de ses ruches, il leur apporte du sirop de nourrissement additionné d’un petit remontant à base d’huiles essentielles de romarin, de sariette et d’eucalyptus réputées anti-septique, ainsi que de coriandre et de giroflier pour stimuler leur ponte. Il referme les ruches et place quelque cônes d’orgone (une résine enfermant un cristal entouré de fils de cuivre et d’aluminium) pour les protéger des mauvaise ondes... Si ça fait pas de bien, ça peut pas faire de mal, non ?               

 

 

 

  © photos de V. Tardieu

 

QUATRE SAISONS AVEC UN APICULTEUR

(1) L’HIVER
(2) LE PRINTEMPS
(3) L’ÉTÉ
(4) L'AUTOMNE

 


[1] Lire la note de l’article précédent, sur l'Hiver.

[2] En réalité, il ne s’agit pas d’une “greffe” à proprement parlée, mais d’un transfert de larves (picking) de colonies sélectionnées pour certaines qualités, au sein d’une colonie orpheline, sans reine. 

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Published by Vincent Tardieu - dans L'écho des ruchers
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commentaires

lecompte 22/09/2009 08:50

Vous devriez être plus critique vis à vis de ces pratiques qui ne marchent pas. Le seul avantage pour l'api est de ne pas payer cher la défense sanitaire, mais le résultat est là.
Dés que l'on ne maîtrise plus le varroa c'est la cata. Chez nous c'est venu avec le changement de la réglementation Bio en 2000. Depuis , on va de Carribe en Scylla.

Bien à vous.
Ph L

CHRISTOPHE 01/09/2009 22:49

TROP BON LE MIEL merci les abeilles età vous aussi A+

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