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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 07:57

L’automne

   Le 20 octobre 2008, par téléphone la voix est maîtrisée. « Qu’est-ce qu’il s’est passé depuis l’été ? Un évènement qui n’a rien d’anodin : mon bâtiment technique où j’abritais tous mes vieux cadres et mes ruches anciennes s’est envolé en fumée... C’était à la fin du mois d’août, il faisait encore chaud. J’étais en train de brûler deux ruches atteintes de la loque américaine, et j’ai eu soif. Le temps d’aller boire [au hameau attenant de La Salle], des braises ont dû sauter sur de vieux cadres trop proches. Et t’imagines la suite : avec la cire et tout ce bâtiment en bois, ça a flambé en moins de deux ! Y avait qu’à espérer que la nature ne s’embrase pas tout autour. »


   Lui qui voulait repartir à zéro sur de nouveaux matériels et de nouvelles colonies, qui venait d’acheter des ruches Warré – une petite ruches carrée - et allait acquérir des ruches Extensible de Maurice Chaudière, pour pratiquer enfin l’apiculture dont il rêve, « celle où tu ne travailles pas que pour l’abeille ni contre elle, mais avec elle », une apiculture plus sédentaire et moins perturbante pour la colonie, où il n’aurait ouvert quasiment ses ruches que deux fois dans l’année, une fois pour traiter contre le Varroa, une autre pour récolter son miel, et le reste du temps il aurait affirmé son activité d’apithérapie – soigner avec les produits de la ruche -, lui qui avait acheté pour cela des reines noires au Pays-Basque et remontait lentement son cheptel, voilà son rêve parti en miette. En cendres, plus exactement. 

Maurice Chaudière et sa ruche l'Extensible


  Car s’il a fait place nette, pour repartir de zéro, il faut pouvoir investir. Or, « Moi, j’avais assuré l’ensemble du hameau, et je pensais que mon bâtiment technique était couvert. Erreur : vu qu’il est en bois et non en pierres comme le reste du hameau, j’aurais dû prendre une assurance spécifique... Je l’ignorais. Mon assureur ne me l'a pas dit. Bref ! je me retrouve à poil ! Il n’y a pas de hasard. Le feu dit quelque chose. » dit-il posément. Sans doute. Mais quel message entend-il ? 


   « J’ai pas les moyens de réinvestir dans l’apiculture. Et puis, de toutes façons, je ne veux pas investir dans n’importe quel type d’activité apicole : l’apiculture commerciale, moderne, elle n’a pas d’avenir. J’en suis intimement convaincu. Tu sais, je reste biodynamiste. Et Steiner l’avait bien prévu, cette hécatombe des ruchers au tournant du XXe siècle, avec le démarrage des élevages artificiels [le picking]. Et bien nous y sommes. L’homme a trop tiré sur la corde. Les apiculteurs commerciaux ne respectent pas l’abeille, et la nature est en train de reprendre ses droits. » 

                                                                

   J’entend bien ce qu’il me dit. Et je ne suis pas loin de partager son sentiment.  Peut-on résoudre cette équation que l'on a transformé en casse-tête : développer une apiculture à la fois économiquement viable et écologiquement durable ? Notre environnement actuel est si riche en pathogènes et en contaminants chimiques,  les parcours professionnels sont devenus si complexes et si coûteux, les marchés du miel trop opaques et dérégulés, pour ne pas s'interroger sur l'avenir de cette filière d'élevage si particulière. L'hiver n'est pas loin.


                                                                                                                  Le hameau de La Salle

Postscriptum (août 2009) : Depuis cette dernière saison passée ensemble, Denis Cournol poursuit sa quête d'une autre apiculture. Avec plusieurs points d'interrogation, mais toujours avec une belle énergie. À partir de son superbe hameau de La Salle où il accueille déjà pas mal de promeneurs et amoureux de la nature, grâce à son beau potager et verger biologique, avec ses ruches et son expérience, il aimerait créer « un lieu ouvert au public autour de l'abeille noire et de ses ressources naturelles ».

Un site où les gens pourraient venir se ressourcer, découvrir l'apiculture et la flore locale, échanger sur la biodynamie, etc.  Bref ! un lieu encore à inventer. Ce qui est clair, c'est que Denis ne veut plus produire des abeilles pour seulement fabriquer et vendre du miel. Il aimerait plutôt « vivre à leurs côtés », dans le respect de leur rythme et de leur génétique, en les logeant dans des ruches arrondies - une histoire d'ondes de forme que je n'ai toujours pas bien comprise...-  et en la préservant. Un juste retour des choses, en somme, pour bons et loyaux services. Elles qui nous offrent déjà leur miel, tant de plantes et de fleurs, des fruits aussi, et divers produits  de la ruches capables de nous soigner. Denis a dans la tête un joli rêve : le rêve d'Apipolis !

 

 

© photos de V. Tardieu

QUATRE SAISONS AVEC UN APICULTEUR

(1) L’HIVER
(2) LE PRINTEMPS
(3) L’ÉTÉ
(4) L'AUTOMNE

 

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Published by Vincent Tardieu - dans L'écho des ruchers
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