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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 08:00

   L’Agence fédérale de protection de l’environnement (l’EPA) aux États-Unis fait du zèle pour protéger les abeilles. Le 22 juin dernier, cet équivalent de notre ministère de l’Écologie annonçait la création d'un groupe de recherche interdisciplinaire (la Pollinator protection team). L’objectif ? « Mener une évaluation des risques pour les pollinisateurs » aux États-Unis, me précisait hier Dale Kemery de l’agence fédérale, et notamment des normes et des procédures d’homologation des pesticides (le Federal Insecticide, Fungicide and Rodenticide Act). Ce groupe réunira pour cela des spécialistes de leurs programmes sur les pesticides, de leur bureau des homologations des produits phytosanitaires,  ainsi que des représentants d’agences régionales. Quoi de plus normal, me direz-vous, pour une agence fédérale de l’environnement ?

 

   Cette initiative fera pourtant rire jaune les premières concernées, à savoir les abeilles – mais l’insecte rie-t-il...? - ou plutôt leurs gardiens. Car cela fait déjà deux ans que ces derniers se mobilisent pour percer à jour l’origine des effondrements de leurs colonies. Et ils ont réussi, à la faveur d’une bruyante campagne médiatique en liaison avec les équipes de recherche spécialisée sur l’abeille, à convaincre le Congrès américain de financer un plan de travail sur le phénomène d’effondrement des colonies (baptisé le CCD pour Colony Collapse Disorder). Ainsi, comme nous le racontons dans L’étrange silence des abeilles,  le Congrès a voté en juin 2007 un budget de 100 millions de dollars sur cinq ans  - mais avec la crise financière rognera-t-il cette dotation ? - pour mettre en œuvre un plan de bataille très ambitieux qui regroupe un grand nombre de laboratoires et d’organismes [1]. Cela pour passer en revue les différents facteurs à risque des colonies (maladies, contaminants, pratiques apicoles, sélection génétique, etc.) et assurer une surveillance rapprochée des ruchers américains. Aussi, même si le représentant de l'EPA m'assure que leur nouveau « groupe de protection des pollinisateurs n'est pas focalisé sur le CCD », on peut s'étonner qu'il ait fallu attendre deux ans et demi à l'agence fédérale sur l'Environnement pour se décider à rendre compatible ses décisions en matière d'homologation des pesticides et la protection des pollinisateurs... 

 

Poster du North American Pollinator Protection Campaign. Le NAPPC est une coordination d'associations naturalistes et d'instituts de recherche pour protéger les pollinisateurs d'Amérique du Nord. Ce poster a été diffusé pour sensibiliser l'opinion américaine sur i'importance des pollinisateurs pour l'alimentation et la biodiversité.


  Car c'est bien le fond du problème. En effet, aux États-Unis, c’est cette agence qui est chargée d’évaluer l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement et notamment sur les abeilles. Et cette annonce intervient au moment même où les organisations d'apiculteurs américains bataillent ferme contre la nouvelle famille de pesticides agricoles, les fameux néonicotinoïdes – les neonics, comme ils les nomment - autorisée par l'EPA. Et en particulier contre le Poncho (dont la molécule active est le clothianidine) et le Gaucho (l’imidaclopride), son frère jumeau, tous deux fabriqués par B’er – traduisez la firme Bayer, qui commence à devenir aux USA ce que Monsanto est pour les OGM en Europe : un repoussoir pour tous les écolos !

 

    Plus précisément, le Conseil national américain de défense des ressources naturelles (NRDC), un groupe de pression en faveur de l’environnement composé de 350 juristes, scientifiques et autres professionnels, a porté plainte contre l’EPA pour dissimulation d’informations sur les risques toxiques encourus par les abeilles mellifères. Bigre! La raison ? Les dossiers d'évaluation et de mise sur le marché de ces « nouveaux » pesticides demeurent pour l’essentiel confidentiels sinon opaques. « Notre action en justice  à l’encontre de l’EPA pour la liberté d’information concernant les pesticides néonicotinoïdes est en cours, m’indiquait le 17 août le porte-parole du NRDC, Josh Mogerman. Si l’EPA a accepté de rendre public sur leur site internet la moitié des documents que nous réclamions, nous n’avons toujours pas pu accéder au cœur du dossier sur ces molécules au moment de leur homologation, ni sur les échanges qui ont eu lieu entre l’EPA et les agences étrangères [européennes] de régulation des pesticides. Nous espérons que ce procès sera achevé d’ici à la fin de l’année. »    

 

   Au-delà de ce procès spectaculaire contre le ministère fédéral de l’Environnement, c’est l’ensemble du système d’homologation des produits phytosanitaires qui est désormais mis en cause. Et en particulier l’obligation faite aux tiers (citoyens, associations et professionnels des milieux ruraux) d’apporter la preuve par eux-mêmes que telle ou telle molécule constitue un danger pour l’environnement ou la santé animale. En Europe, les systèmes d’évaluation sont plus contraignants pour les industriels, qui ont le devoir de prouver l’innocuité de leurs pesticides pour un certain nombre d’organismes non ciblés par leurs molécules (les hommes, mais aussi les abeilles, les oiseaux ou les papillons).

 

   Ainsi, ce zèle manifesté aujourd'hui par l’EPA n’est sans doute pas sans relation avec ses actuels déboires judiciaires et politiques sur le sujet. Parions également que la présence de Carol Browner à la tête de la green team à la Maison-Blanche n’est pas non plus étrangère à la mobilisation de l’EPA : cette coordinatrice, pour le président Obama, de la lutte contre le réchauffement climatique a, en effet, dirigé pendant huit ans l’EPA au cours des années 90. L’agence fédérale  voudra sans doute devenir exemplaire en matière d’environnement. Ce qui est en soi une excellente nouvelle !

 

Cliquez ici pour consulter les documents – en anglais - mis en ligne en juillet par l’EPA sur le clothianidine. Et sur l’imidaclopride autorisé aux USA depuis 1994.



[1] Ce groupe de travail réunit des scientifiques des quatre laboratoires sur l’abeille du ministère de l’Agriculture (l’USDA) et des universités de Pennsylvanie, de Floride, du Montana, de l’Illinois, de Caroline du Nord, d’Arizona et de la Columbia à New York, ainsi que les représentants de plusieurs départements des ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Défense.

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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commentaires

Trois élèves. 24/11/2010 21:08


Tout d'abord Bonjour. Nous sommes trois élèves d'un lycée en classe de première S dans le sud ouest de la France. Nous réalisons notre TPE sur la disparition des abeilles.Votre livre nous a été
d'une très grande utilité et nous voudrions vous en remercier. Voilà à présent comme nous sommes en S il faut réaliser une expérience que l'on doit montrer à un jury lors de notre évaluation. Nous
avions penser à faire une fleur et des abeilles en papier pour montrer le phénomène de la pollinisation sauf que cela nous semble un peu enfantin. Alors si vous auriez une idée à nous communiquer
cela serait avec grand plaisir.
Merci d'avance et encore merci.
Au revoir.


Vincent Tardieu 25/11/2010 09:45



Bonjour à vous tous et merci de l'intérêt que vous portez aux abeilles et à mon travail.


Une idée, comme ça, en passant : pourquoi ne pas établir, à destination du grand public de votre région, une liste des plantes (mellifères) visitées par les abeilles et autres insectes
pollinisateurs, composées d'espèces végétales locales ? Vous pourriez décrire rapidement chaque plante et mettre une photo d'elle.


Cette liste que vous pourriez réaliser avec l'aide d'associations naturalistes et de botanistes régionaux, pourrait être complétée par les coordonnées des jardineries et les catalogues de
semences "bio" par correspondance qui peuvent vendre tout ou partie des plantes mellifères dont vous avez dressé la liste.


Puis vous pourriez ensuite proposer à votre lycée ou/et aux associations naturalistes avec lesquelles vous avez travaillés d'éditer/imprimer celle-ci afin de pouvoir la diffuser gratuitement
ou/et la mettre en ligne sur un site web du lycée et/ou d'associations naturalistes. Le tout afin d'aider les insectes pollinisateurs à se développer et le public à faire quelque chose de concret
pour eux...


Voilà, cette initiative me semble être à votre portée. Merci de me tenir au courant et de m'envoyer le résultat de votre travail si vous y donnez une suite.


A bientôt. Bon travail ! V.T.



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