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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 03:06

L’enterrement du tueur unique

S’il y a bien un acquis salutaire sortant de ce congrès mondial de l’abeille, c’est la disparition de la thèse du « tueur unique ». Envolé ! Disparu des discours des chercheurs comme des professionnels. Enfin... Les Américains ont confirmé cette inflexion sur les causes du CCD entamée, comme nous le révélions dans notre livre (lire notre article). Ainsi Dennis vanEngelsdorp reconnaissait à Montpellier qu’après avoir longtemps considéré l’acarien Varroa destructor comme le facteur principal sinon unique du dépérissement des colonies américaines, il intégrait davantage le rôle des pesticides. J’avais moi-même dans mon livre évolué sur le rôle de ce facteur au cours de mon enquête : au vu des données toxicologiques issues des laboratoires et malgré la difficulté à les reproduire en champs, il me paraît préférable d’adopter un “principe de précaution” en suspendant la diffusion commerciale des pesticides néonicotinoïdes actuels (Gaucho, Poncho, Cruiser) et du Regent TS sur les cultures visitées par l’abeille. Ce qui ne doit surtout pas empêcher chercheurs publics et industriels de travailler sur des alternatives plus respectueuses des milieux naturels et organismes vivants (lutte intégrée, lutte biologique, traitements biologiques...)

On peut également se réjouir d’une évolution symétrique parmi les organisations apicoles. Notamment chez les syndicats comme l’UNAF ou la Confédération paysanne très en pointe dans la bataille contre le Gaucho et le Regent TS : tout en plaçant en tête de leurs préoccupations ces fameux pesticides, ces organisations intègrent à présent à leur discours les pathogènes – avant tout le varroa – ainsi que le manque d’aliments pour l’abeille dans certaines régions de grandes cultures. Là aussi, il était grand temps !

 

Un nouvel espoir est né à Montpellier

Tout cela est nouveau, malgré les dénégations médiatiques des leaders syndicaux et de plusieurs chercheurs. Nouveau et encourageant. Car cette convergence internationale sur le diagnostic change la donne. Elle laisse en effet entrevoir des avancées prochaines dans la mise en œuvre d’actions salutaires pour les abeilles. Car si, comme nous l’écrivions dans L’étrange silence des abeilles, aucune solution miraculeuse n’existe et ne pouvait donc sortir de ce Sommet planétaire autour de l’abeille, trois types de mesures devraient redonner des couleurs au destin des hyménoptères. D’une part, en améliorant l’environnement des abeilles - de toutes les abeilles, sauvages et d’élevage. Ce qui suppose de réduire l’usage des pesticides dans l’espace rural, et ceux de la famille des néonicotinoïdes en particulier. Car plusieurs conférenciers ont bien montré que des synergies entre des molécules phytosanitaires très diverses pouvaient s’avérer à l’arrivée désastreuses pour les abeilles, même à très faibles doses. Je vous renvoie, une fois encore, à mon ouvrage et à notre article en ligne sur ce point.

                                                                                                                                               © Arehn / Picasa album

Cela passe aussi par la restauration d’éléments semi-naturels dans les milieux ruraux (bosquets, haies, friches fleuries, fauches tardives...) pour mieux nourrir les abeilles tout au long de l’année. Cet enrichissement alimentaire en pollen et nectar pourrait, au passage, limiter la nécessité de devoir déplacer ses colonies plusieurs fois dans l’année pour les alimenter. Et ainsi réduire le stress que ces transhumances ne manquent pas d’engendrer chez Apis mellifera qui doivent chaque fois retrouver leurs « marques » géographiques afin de s’orienter et ne pas se perdre, et découvrir de nouveaux trésors polliniques et nectarifères. Cet enrichissement pourrait également limiter certains apports de sirops sucrés et protéinés, à la fois coûteux et moins bénéfiques à l’abeille que les produits floraux récoltés dans la nature.

Dans les couloirs plus encore qu'à la tribune d'Apimondia, mais aussi parmi l'auditoire des rencontres publiques que j'anime sur le sujet, de plus en plus de personnes suggèrent de réintroduire une simple ruche au fond des jardins, sur les balcons ou les terrasses des citadins, et surtout dans les champs des cultivateurs. Recréer un maillage de pollinisateurs sur l'ensemble du territoire et pas seulement avec Apis mellifera - d'autres espèces solitaires peuvent fort bien coloniser des nids artisanaux, investir les trous d'une simple plaque de bois, etc. Le coup de réapprendre à vivre avec ces insectes précieux, comme nos grands-parents,  de découvrir de plus prés leur biologie , de rétablir des réseaux biologiques et des pollinisateurs là où les milieux se sont appauvris. Le coup d'avoir aussi, sous les yeux, ces "thermomètres" écologiques capables de nous dire par leur activité et leur démographie si notre environnement est riche et sain. Et si en plus ces ruches peuvent nous offrir de temps à autre du miel, ce ne sera que du bonheur !

 

LA SÉRIE...

1 - Un crû honorable.

2 - Un dépérissement qui se confirme et s'internationalise.

3 - Même tendance pour les abeilles sauvages. 

5 - Revoir les pratiques apicoles trop intensives.

6 - Assurer une diversité mondiales des abeilles mellifères... et des apicultures.

 

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Published by Vincent Tardieu - dans Apimondia
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