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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 03:05
Revoir les pratiques apicoles trop intensives

Il reste à revoir certainement cette pratique américaine des contrats de pollinisation que nous décrivons dans notre livre. Car ils nécessitent de déplacer des milliers de ruches sur des milliers de kilomètres, et cela plusieurs fois dans l’année. Or, cette apiculture qui n'a cessé de s’intensifier aux États-Unis depuis quelques décennies constitue un véritable cercle vicieux pour la santé des colonies, comme plusieurs chercheurs l’ont pointé au cours de ce congrès : une fatigue et un stress pour les abeilles et leurs éleveurs, une concentration de parasites et de maladies puis leur diffusion à travers les ruchers du pays, l’importation de pathogènes nouveaux sur le sol américain, et l’entretien de monocultures pauvres en biodiversité florales et faunistiques sur de trop vastes espaces. C’est en particulier le cas, dans la Vallée centrale de la Californie, avec ces vergers d’amandiers qui courent aujourd’hui sur quelques 267 000 hectares, une surface sept fois plus grande que dans les années 1960 ! Cette pollinisation en plein mois de février, à une période où l’abeille est censée hiverner dans son nid, nécessite à présent l’action intensive de 40 à 60 milliards de ces ouvrières agricoles ailées : entre la moitié et les deux tiers du cheptel apicole américain, ce que les éleveurs ont de plus en plus de difficulté à garantir aux arboriculteurs.

                                                                                                      Verger d'amandiers en Californie  © Menguy's

Améliorer l’environnement de l’abeille signifie aussi que pour traiter les colonies contre leurs principaux parasites (Varroa et Nosema), les apiculteurs ont besoin d’améliorer leurs formations et surtout de disposer d’outils nouveaux. Plusieurs voies de recherche sont en cours afin d’accroître l’efficacité des traitements biologiques actuels (à base de thymol, notamment), mais aussi pour lutter contre le varroa en lui mettant entre les pattes un champignon pathogène capable de le détruire. Autre voie étudiée aujourd’hui, en France ou aux États-Unis : la sélection d’abeilles mellifères plus résistantes à ce mini-vampire qui leur pompe du sang (l’hémolymphe) et leur transmet divers virus.

 

De nouveaux outils pour suivre les colonies et les floraisons

Pour optimiser les transhumances et surveiller en temps réel les fluctuations de production de nectar par les plantes, un programme américain initié par la NASA a intéressé plusieurs exploitants présents à Montpellier : il s’agit d’installer une ruche témoin, par rucher, sur une sorte de balance capable d’émettre régulièrement à distance le poids de cette colonie afin d’en suivre l’évolution des productions de miel et la population d’abeilles. Cette information, indiquait Wayne Esaias du Centre des vols spatiaux de Goddard, est croisée avec un système d’information satellitaire sur l’évolution du climat (température, vent et humidité) ainsi qu'une cartographie des floraisons actualisée presque en temps réel grâce aux informations de terrain transmises par un réseau croissant de volontaires à travers tout le pays. Ainsi, on assiste à de nombreuses fluctuations des périodes de production de nectars selon les années et les végétaux considérés, a révélé le spécialiste de la télédétection du Maryland, correspondant peut-être aux premiers signes d’un changement climatique global.

Plus précisément, avec une augmentation d’un seul degré Celsius, il a constaté une avance de 12 jours dans la production de nectar de certaines cultures mellifères. Cette précocité des floraisons printanières est surtout marquée dans le sud-ouest du pays ainsi que dans les États de l’Atlantique moyen où ce « flux de nectar » a avancé d’environ 25 jours depuis 1970. À l’inverse, en Arizona, en Géorgie ou en Louisiane, les miellées deviendraient plus tardives – jusqu’à 40 jours de retard enregistrés dans ce dernier État. La raison ? « Cela proviendrait... du réchauffement climatique ! assure Wayne Esaias. Car les étés débordent en quelque sorte sur l’automne dans ces régions. Ainsi la mise en dormance des plantes durant l’hiver est, elle-même, plus tardive. Si bien que les floraisons et nectarification s’avèrent elles-mêmes tardives. » Ces fluctuations du calendrier floral peuvent amener à une désynchronisation entre  l’activité des plantes et celle des abeilles sous nos latitudes. Il a d’ailleurs plaidé pour étendre ce programme à d’autres latitudes et de nouveaux continents afin de vérifier l’impact des changements climatiques sur la flore et les insectes. « Ce système d’information et de suivi à distance m’intéresse vraiment, me confiait à ce propos l’apiculteur du Gard Patrick Genay (Fournes), car on éviterait bien des déplacements inutiles, coûteux et stressant pour nos abeilles. » Il reste à développer des outils à la fois fiables, disponibles et peu onéreux pour les éleveurs à partir d’un tel système.

 

LA SÉRIE...

1 - Un crû honorable.

2 - Un dépérissement qui se confirme et s'internationalise.

3 - Même tendance pour les abeilles sauvages. 

4 - L'enterrement du tueur unique.

6 - Assurer une diversité mondiales des abeilles mellifères... et des apicultures.

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Published by Vincent Tardieu - dans Apimondia
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