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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 03:03
    Assurer une diversité mondiale des abeilles mellifères... et des apicultures.

Parallèlement, la profession a pris la mesure au cours d’Apimondia, grâce aux communications sur l’appauvrissement génétique des cheptels apicoles de nos pays occidentaux, de l’urgence à soutenir plus activement la production de reines et d’abeilles dans chaque pays. Car cette offre élargie de lignées d’abeilles mellifères – notamment d’Apis mellifera en Europe et en Amérique du Nord - permettrait de préserver différents « écotypes » d’abeilles indigènes, mieux adaptées aux conditions climatiques et écologiques locales. Un travail de sélection et de production d’abeilles locales limiterait, en outre, l’introduction massive à l’échelle mondiale de quelques lignées d’abeilles mellifères très productives (jusqu’ici essentiellement d’Apis mellifera), aux dépens de l’élevage d’espèces locales dont l’avenir est de plus en plus compromis.

                                                                                                                                                    © V. Tardieu

Sauver la géante dorsata en Asie !

Cette menace pèse désormais sur l’abeille asiatique Apis cerana que notre abeille occidentale est venue concurrencer au début du XXe siècle pour des raisons de productivité en miel, comme je le raconte dans mon livre. À Montpellier, quelques chercheurs et exploitants chinois ont indiqué développer aujourd’hui des actions de conservation de cette abeille dans plusieurs régions de l’Empire du Milieu. De même, le professeur Benjamin Oldroyd de l’École des sciences biologiques à l’Université de Sydney, réputé pour ses études sur les neuf espèces asiatiques du genre Apis a plaidé une nouvelle fois à Montpellier pour la préservation de ces diverses pollinisatrices. « Elles assurent, en effet, insiste le chercheur australien, la reproduction et la diffusion d’un tiers environ des fruitiers tropicaux, pourvoyeurs de revenus précieux pour de nombreux petits paysans d’Asie du Sud-Est. Leur disparition entraînerait à coup sûr une baisse des productions de ces arbres utiles à l’homme et l’extension des coupes de bois, première cause des pertes d’abeilles sauvages en Asie tropicale. Sans compter qu’Apis dorsata, capable de parcourir des centaines de kilomètres, permet de maintenir plusieurs essences rares, qui fleurissent tout les dix ans et sont dispersées au sein des grandes forêts de Diptérocarpacés de cette vaste région. » Or, cette géante asiatique, qui produit un miel très prisé sur les marchés de toute l’Asie du Sud-Est, fait l’objet d’une chasse particulièrement destructrice. Et tradition religieuse oblige, il est fort apprécié d’offrir à Bouddha un nid de cette abeille, ainsi que du miel ou de la cire aux moines des monastères. Benjamin Oldroyd assure d’ailleurs que l’espèce, ainsi que sa cousine naine Apis andreniformis, a déjà disparu de l’île indonésienne de Bali et il s’attend à d’autres extinctions locales dans un avenir proche. « Il est urgent de connaître ses effectifs et de sa répartition, ainsi que la dynamique de ses populations, si l’on veut sauver cette superbe espèce d’abeille », conclue le professeur de Sydney. En attendant, il réclame un moratoire sur sa chasse. Sujet sensible dans la région.

Justement, Makhdzir Mardan, son collègue du département d’agrotechnologie à l’Université Putra en Malaisie, a rappelé que cette chasse traditionnelle est pratiquée depuis près de 6 000 ans. Autant dire qu’elle est devenue une institution intouchable ! Il a alors exposé ses travaux pour mieux connaître la densité et la répartition des populations d’Apis dorsata. Et cela à travers l’étude par satellite de la répartition de deux arbres (Melaleuca cajaputi et  Acacia mangium) qui constituent sa principale source de nectar et de pollen. Il développe également en direction des « chasseurs de miel » qui détruisent souvent les essaims de cette abeille en récoltant son miel, des techniques de récoltes moins destructives, la délivrance de licence de chasse pour mieux en contrôler le nombre – ce qui demeure difficile. Il promeut enfin la mise en place de supports en forêt pour aider cette abeille à installer ses nids et à croître. Ce qui s’apparente un peu à des “réserves de chasse” d’abeilles. Ce début de domestication d’Apis dorsata est destiné à assurer son avenir ainsi que celui de ceux qui collectent son miel. Durable ?

                                                                                                                                     Essaim d'Apis dorsata

Élever des abeilles autochtones en Afrique et au Brésil

Au Kenya, l’approche est différente avec quatre espèces de mélipones sauvages, mais l’objectif est comparable : préserver et valoriser la biodiversité locale des pollinisateurs. Et en particulier des abeilles sans dards qui pollinisent de nombreuses plantes et plusieurs cultures comme les fraises. C’est ce qu’est venu défendre à Montpellier Joseph Macharia, un jeune apidologue de Nairobi formé en partie par l’équipe britannique de Jacobus Biesmeijer. En implantant des boîtes de petite taille en forêt, il est parvenu à piéger des essaims sauvages de ce groupe d’abeilles. Au sein de ces modestes nids, les mélipones produisent d’ores et déjà 5 kilos de miel par an et le chercheur a pu réintroduire des colonies dans plusieurs localités du pays. « En augmentant la taille de ces boîtes, j’espère que nous pourrons accroître les populations et les productions », précise-t-il. On reste toutefois dans une autre logique que celle de l'apiculture commerciale occidentale : il s'agit plus d'apporter des compléments de revenus à des paysans ayant d'autres activités que, pour l'instant, de créer de nouvelles filières d'élevages apicoles intensifs. 

Jouer et valoriser la diversité des lignées d’abeilles tout en préservant les abeilles autochtones et en évitant les introductions d’espèces porteuses de maladies inconnues pour les abeilles locales, c’est aussi ce que tentent de faire plusieurs éleveurs au Brésil. Ainsi le naturaliste Giorgio Venturieri de Belem, dans le nord du pays, développe lui aussi deux petites mélipones sans dard parmi la centaine d’espèces peuplant l’Amazonie (sur les 391 existant dans le monde) : « Nous testons Melipona fasciculata et M. flavolineata pour polliniser des tomates cerise et des poivrons sous serre. Or leur travail sur les fleurs de tomates accroît sensiblement les productions de fruits et ces abeilles sont particulièrement faciles à élever. »

 

Respecter les rythmes de l’abeille, améliorer et préserver son environnement, réduire sa prédation et ses maladies, développer différentes formes d’apiculture dans le monde avec des abeilles locales : voilà les principes sur lesquels ont semblé s’accorder les milliers d’éleveurs et apidologues venus de plus de cent pays pour ce congrès exceptionnel de l’abeille. Prochain rendez-vous, en 2011, dans la pampa argentine ! Avec le Français Gilles Ratia aux manettes puisqu’il vient d’être élu à la présidence de l’organisation Apimondia.

 

LA SÉRIE...

1  - Un crû honorable

2 - Un dépérissement qui se confirme et s'internationalise.

3- Même tendance pour les abeilles sauvages.

4 - L'enterrement du tueur unique.

5- Revoir les pratiques apicoles trop intensives.

 

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Published by Vincent Tardieu - dans Apimondia
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commentaires

Gilles RATIA 15/10/2009 19:57


Après avoir travaillé dans 107 pays pendant 23 ans en tant que consultant apicole, je suis ravi que les thèses développées par Vincent TARDIEU rejoignent celles qui animent mes conférences depuis
plus de cinq ans : multifactorialité des causes avec des hiérarchies et synergies différentes suivant les biotopes où l'on se trouve, voir les années ou les saisons aussi.
Malgré tout cela, j'ai constaté un affaiblissement des cheptels d'abeilles improprement appelées "domestiques" et celui des autres abeilles dites "sauvages", accompagné assez souvent de
surmortalité, en relation directe avec le taux de modernité des pratiques agricoles. Les pesticides sont la cause – MAJEURE - des troubles des abeilles par trois phénomènes concomitants :
intoxications létales ou sub-létales par les insecticides (dont les nouveaux néonicotinoïdes) + cocktails dangereux de produits à la base inoffensifs pour les abeilles (exemple fongicides +
nématocides) + épandages d'herbicides qui diminuent la qualité du bol alimentaire des abeilles (spectre pollinique amoindri). Ainsi avec un terrain physiologique attaqué de plein fouet, les
abeilles voient leur défense immunitaire s'effondrer et laissent les maladies et parisitoses opportunistes faire leur travail. De plus, certaines pratiques strictement apicoles sont des facteurs
aggravants de ces processus : nourrisements artificiels, excès de transhumances stressantes, apports génétiques inadaptés et contamination des cires par des traitements allopathiques répétés. Quant
aux pollutions hertziennes : wait and see…
Quitte à me répéter : maladies et mauvaise pratiques ne suffisent pas pour mettre à mal les abeilles comme voudraient nous le faire croire certains, sincères mais ignorants, ou alors carrément
inféodés aux firmes phytosanitaires. Pour preuve, bon nombre d'espèces de l'entomofaune auxiliaire soufrent aussi et il ne s'agit pas là, bien entendu, de varroa ou d'un manque de savoir faire
d'éleveur…
On ne meurt pas du SIDA ou de la grippe, mais d'une pneumonie ou d'une autre affection induite par eux. Les nouvelles générations de pesticides (moins de 50 g de substances actives et hypertoxiques
à l'hectare) sont le SIDA de notre environnement ! Seule une agriculture d'avant-garde privilégiant des traitements raisonnés inoffensifs pour les insectes utiles et réinventant des espaces fleuris
pourra offrir un véritable "développement durable". Sans cela, les générations futures, d'humains cette fois-ci, auront, elles aussi, leur bol alimentaire quelque peu appauvri…
Gilles RATIA
Président d'Apimondia et d'Apiservices


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