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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 14:03
 Tenant à donner la parole à tous les acteurs de cette controverse naissante et souhaitant éclairer les lecteurs sur nos connaissances en matière de toxicité du Proteus sur l'abeille, j'ai demandé à la firme Bayer qui le produit, des précisions sur leurs tests  d'impact sur  cet insecte et sur leurs résultats. Bruno Zech, directeur du développement et des homologations chez Bayer Crop Science en France, a bien voulu répondre à mes questions vendredi 19 février.
Cet éclairage est celui du fabricant de Proteus. En plus des critiques émises par l'Union national de l'apiculture française (Unaf) sur ce produit et des réserves d'un écotoxicologue de l'abeille, dont je rend compte dans l'article précédent, je me ferai un devoir de publier les réactions à cet entretien. En effet, c'est grâce au dialogue entre acteurs, même par intermédiaire, et par une explication des données la plus rigoureuse et compréhensible possible, que le public, me semble-t-il, pourra se forger sa propre opinion. C'est en tout cas mon objectif et ma conviction de journaliste.
 

- À quelle période et où se sont déroulés vos tests d’impact du pesticide Proteus sur l’abeille ?

B. Z. : Ces essais ont eu lieu en 2005 en Allemagne et en France. Ils ont été conduits selon les nouvelles normes réglementaires en développement à l’échelle communautaire depuis 1991. Il s’agit de la directive 91/414 CE , concernant tous les produits phytosanitaires disponibles et autorisés dans l’Union européenne [lire la note de notre article 8]. Ils nous ont servi à construire les dossiers d'homologation européenne et de demande de mise sur le marché de Proteus dans plusieurs pays de l'Union. Nous avons regardé les effets de Proteus sur l’abeille à la fois au niveau du laboratoire, en condition semi-naturelles (en tunnel-serre) et en parcelles cultivées expérimentales, avec des colonies entières.

En champ, nous avons testé des colonies sur des colzas en pleine floraison (autour d'avril), mais hors pulvérisation comme cela doit se passer selon les bonnes pratiques agricoles et nos recommandations. Le lendemain des traitements, les colonies ont alors été amenées sur ces parcelles. Et l'on a fait des prélèvements et des analyses des abeilles exposées durant une semaine environ de floraison de ces colzas. Mais nous avons également voulu tester l'impact sur les abeilles des céréales traitées au Proteus.


- Curieux ! Les céréales ne sont pas réputées être butinées par les abeilles... ?

B. Z. : En fait, au préalable, nous avons pulvérisé sur ces cultures expérimentales un sirop de sucre pour simuler les exsudations de la plante. Lesquelles peuvent attirer les abeilles. Cela nous a permis de vérifier l’impact de notre produit dans la pire situation qui peut se présenter aux abeilles dans la nature.

Sur colzas et sur céréales, on a procédé à des comptages d’abeilles mortes in situ et fait une analyse des comportements de butinages, ainsi que du développement du couvain.


- Avez-vous regardé l’impact sur les seules abeilles adultes ou également sur les larves et les reines ?

    B. Z. : En laboratoire, nous n’avons testé que des abeilles adultes. Car il faut savoir que l’élevage des larves est problématique. Et la méthodologie de cet élevage en labo et des tests sur les larves, développée par Pierrick Aupinel à l’INRA du Magneraud (Poitou-Charentes), est encore en phase de validation. Elle donne des résultats qui ne sont pas complètement limpides, parfois difficiles à interpréter. »

Ce point est contesté par l'écotoxicologue Axel Decourtye de l'ACTA : « Les tests sur les larves d'abeilles effectués à l'INRA du Magneraud ont été publiés, et leurs méthodes sont tout à fait reproductibles et réalisables si l'on veut s'en donner les moyens. En Europe, il y a d'ailleurs déjà une dizaine d'équipes qui réalise des essais en laboratoire sur des larves d'abeilles. Même à Bayer, en Allemagne, un chercheur y parvient fort bien. Si la firme veut donc vérifier l'impact de Proteus sur ces différentes castes d'abeilles, elle le peut fort bien. »]

B. Z. : En revanche, nous avons pu regarder, en champs, l’effet du produit sur le développement du couvain où loge les larves et les jeunes abeilles, après exposition de la colonie au produit.

Nous avons testé en laboratoire des doses de quelques microgrammes de molécule active. Ces doses correspondent aux quantités de produit à laquelle chaque abeille a été exposée.


- Et quels ont été vos résultats de toxicité ?

    B. Z. : Dans tous les cas, au laboratoire comme au champ, et malgré des concentrations supérieures de 30 % environ par rapport aux posologies recommandées pour la pulvérisation, nous n’avons pas observé d’effets toxiques significatifs pour l’abeille. Nos essais ont été validés, en France, par l’Afssa (l’agence française de sécurité sanitaire des aliments).

    Plus précisément, une toxicité apparaît, selon le test dit de la DL50 [où la moitié de l’échantillon testé meurt à une exposition donnée], à des doses supérieures à 5 à 10 microgrammes de matière active. C’est le signe d’une toxicité relativement faible : il faut savoir que pour des molécules cousines, de la même famille néonicotinoïde [l’imidaclopride, substance active du Gaucho], cette DL50 se manifeste à partir de quelques dizaines de nanogrammes.


    - Si je vous comprends bien, cela signifie que le Gaucho est environ mille fois -  c'est l'ordre de grandeur - plus toxique que Proteus...

    B. Z. : Je ne l’exprimerais pas ainsi... Ne serait-ce parce qu’il y a malgré tout une variabilité des réultats au cours des tests de DL50. Donc je veux rester prudent et rigoureux. Mais on peut dire en tout cas que, oui, Proteus est nettement moins toxique sur l’abeille que Gaucho ou Cruiser, de la même catégorie ou sous-familles chez les néonicotinoïdes. Et qu’il ne faut pas mettre toutes les substances néonicotinoïdes dans le même sac, car elles ne présentent pas les mêmes niveaux de toxicité.

 

LA SUITE...

6. Suprême ou pourquoi il vaut mieux être ni riche ni célèbre !

7. Les États-Unis deviendraient-ils plus écolos ?

8. L'Europe à la croisée des chemins


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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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