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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 00:16

À lire les premiers commentaires journalistiques sur cette nouvelle étude américaine, on a désormais l’impression que la piste virale tient la corde dans la traque aux tueurs d’abeilles. Surtout après l’étude, publiée en octobre dernier par un regroupement de chercheurs américains emmené par une équipe du Montana, et mettant en cause un nouveau virus (une souche du virus irisé des invertébrés, l’IIV), ainsi que le micro-champignon Nosema ceranae.

 

La piste virale est-elle relancée ?

Alors, cet article passionnant publié le mois dernier par PLoS ONE apporte-t-il de nouvelles preuves sur la menace virale pour les abeilles, mais aussi les bourdons et certaines guêpes pollinisatrices ? De quoi élucider le fameux syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles (le CCD ou Colony Collapse Disorder) aux États-Unis, voire en Europe ? Attention aux interprétations tendancieuses ou simplement abusives de cette publication. Celle de considérer qu'elle apporte la preuve que les virus expliquent le déclin des abeilles. Ce que les auteurs ne font pas – ni n’affirment, lorsqu’on les interroge.

 En effet, ils ne montrent pas dans cette étude que ces mêmes abeilles et autres bourdons, malgré tous leurs virus, sont malades. De même qu'ils ne répondent pas, ce n'est d'ailleurs pas leur sujet, à cette question centrale : quand et comment tous ces virus parviennent-ils à tuer ? La réponse vous paraît évidente ? Elle n'est pourtant pas si simple ! Car si diverses études épidémiologiques, conduites aux USA, en France et en Europe, attestent bien qu'un grand nombre de virus est présent dans la plupart des ruches (en diversité comme en abondance parfois), on les retrouve même à l'intérieur de colonies saines et actives,  comme nous le rapportons dans L’étrange silence des abeilles ! Et bien avant, au passage, l’apparition médiatique du syndrome d’effondrement des colonies, en 2007. Soulevez le capot d’une ruche : vous aurez presque l’impression de ramasser des virus à la pelle... C’est ce qu’ont démontré brillamment le laboratoire de pathologie comparée des invertébrés à Montpellier, en France [4].

Abeillemaladienoire.jpg                    Abeilles mellifères frappées par le virus de la maladie boire © DR.

L’équipe de Laurent Gauthier et Marc-Édouard Colin a, en effet, identifié en 2002 plusieurs virus dans la plupart des colonies échantillonnées au sein de 36 exploitations apicoles : « 90 % des ruchers ont au moins une colonie positive pour trois virus distincts ou plus (25 % pour cinq virus à la fois !) » notent les auteurs de cette étude, que je cite dans mon livre. Les plus fréquents : le virus des ailes déformées (DWV), présent sur 97 % des abeilles analysées (et sur les varroas des mêmes colonies, surtout à l’automne) ; celui des cellules noires de reine (BQCV) et le virus du couvain sacciforme (SBV) infectant, quant à eux, 86 % des abeilles adultes collectées, surtout l’été. Impressionnant !

Mais le plus surprenant fut de s’apercevoir qu’au-delà de la forte variabilité des charges virales entre ruchers, et au sein d’un même rucher, il n’y avait pas de lien automatique entre ces fortes prévalences virales et la santé des colonies. Ainsi, l’équipe relevait, par exemple, de fortes charges du virus DWV au sein de colonies parfaitement vigoureuses. Ce fut aussi le cas, dans une moindre mesure, pour les virus SBV et CBPV (le virus de la paralysie chronique de l’abeille). Serait-ce le signe que les maladies engendrées par ces virus ne se déclarent qu’en association avec d’autres facteurs qui affaiblissent les défenses de l’abeille ? C’est l’intime conviction de ces chercheurs montpelliérains.

 

Dans l'histoire de la poule et de l'œuf, méfiez-vous des virus !

À moins que ce soit le mécanisme inverse, plaçant les virus à l’initiative de ce mécanisme d’affaiblissement : ils pourraient interférer dans le mécanisme cellulaire, notamment au niveau de l’intestin des insectes, en bloquant la production de protéines par les ribosomes [5] des cellules, et en leur faisant fabriquer à la place des protéines virales...

D’où un épuisement des abeilles entraînant l'effondrement de leurs colonies. C'est ce que m'avait suggéré, pour ce blog, May Berenbaum, professeur et chef du département d’Entomologie à l'Université de l'Illinois, à Urbana-Champaign, le 16 septembre 2009 : « C’est la dégradation des ribosomes par ces virus qui pourrait rendre l’abeille plus sensible à Nosema, aux bactéries ou aux pesticides. Car les défenses contre ces autres facteurs d’agression sont initiées par des peptides ou sont à base de protéines [que les ribosomes des abeilles infectées ne produisent plus ou mal, dans ce cas], ce qui n'est pas le cas contre les virus. »

Abeille sur tournesol.jpg© Framboise Roy

En admettant l'existence d'un tel mécanisme d’action virale et le fait que ces virus courrent la campagne et les massifs de fleurs, on n'a toujours pas expliqué pourquoi l’on passe de virus dormants à des virus virulents... « Est-ce que, dans certaines situations, les virus émettent des toxines ? Il y a-t-il d’autres facteurs qui engendrent ce processus morbides – certains pesticides, Nosema, Varroa, des carences alimentaires... - et qui n’ont pas été recherchés ou identifiés ? Assiste-t-on à des mutations de certains virus, devenues plus virulents ? » s’interroge Yves Le Conte, directeur du Laboratoire de Biologie et Protection de l'abeille à l’INRA d’Avignon, joint hier par téléphone.

 

Les preuves font encore défaut.

« Nous sommes en train de publier de nouveaux résultats qui confirment bien la présence d’une sacrée diversité de virus au sein des ruches, six à huit espèces selon les colonies, avec ou sans pesticides, avec ou sans acarien Varroa destructor, ajoute l'apidologue de l'INRA. Mais ce qui est frappant c’est de voir que leur abondance explose littéralement – de vingt fois plus et davantage – en présence de ces cofacteurs. Et personne n’a réussi jusqu’ici à démontrer par quels processus on passe, au sein des colonies, d’une diversité et même d’une forte abondance de virus à une maladie et à un effondrement des colonies. »

Pour y parvenir, il faudrait, assure-t-il, mener une étude au long cours sur l’action des virus avec des virologues. Et surtout travailler sur des colonies entières – et non pas sur quelques centaines d’abeilles en boîtes ou en cagettes comme le font la plupart des équipes. « Cela serait nécessaire car l’on observe des processus d’amplification et de régulation des infections au sein des colonies, ainsi que des actions spécifiques et en chaîne sur telle ou telle caste d’abeilles au cours de la vie de la colonie absolument essentielles. Évidemment, le problème d’étudier et d'expérimenter sur des colonies entières, c’est que ce travail est à la fois très lourd et très long... » 

Certes. Il reste à savoir si l’on peut raisonnablement en faire l’économie aujourd’hui. Car malgré les avancées réelles des équipes scientifiques aux États-Unis et en Europe, qui ont mis en évidence plusieurs corrélations négatives entre différents facteurs pour la santé des abeilles, on bute sur la réalité des processus à l’œuvre au sein des ruches. Dans la vraie vie des pollinisateurs.


[4] Tentcheva D. et al. (2004) “Prevalence and seasonal variations of six bee viruses in Apis mellifera L. and Varroa destructor mite populations in France”, Applied and Environmental Microbiology, 70, 12, 7185-7191.

[5] Les ribosomes sont constitués pour l’essentiel de l'acide ribonucléique ribosomique (ou ARNr) et leur fonction est de synthétiser les protéines en décodant l'information contenue dans l'ARN messager. Ils jouent donc un rôle clé pour le bon fonctionnement des cellules.

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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commentaires

Omni Tech Support Review 03/11/2014 13:50

The viral threats are present in the bees to like that exist in the humans and other animals. This is all determined by the strange silence of the bees during the virus attack that it is detected.

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