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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 20:43

    Que 2010 soit aussi lumineuse pour vous tous qu’un long fil de miel d’acacia ! Et qu’elle apporte enfin à nos chères abeilles la force et la quiétude qui leur manquent tant, parfois. Bon, on peut former les mêmes vœux sincères pour leurs gardiens dont plus d’un a baissé les bras face aux spectacles désolant de leurs ruches affaiblies ou moribondes d’un hiver sur l’autre.

 

Une renaissance

    Et franchement, la sérénité en 2010 pour le monde apicole reste un combat ! Tenez, considérez le lancement du fameux Institut technique et scientifique de l’abeille et de la pollinisation. L’ITSAP, pour les intimes. Annoncé depuis près d’un an, mais toujours retardé. Vendredi dernier, il tenait son premier conseil d’administration (CA) et élisait un bureau provisoire, alors que le 12 mars prochain une assemblée extraordinaire modifiera certains points de ses statuts et élira son bureau définitif.

Abeille couverte de pollen.jpeg                                                                                                                                                             © Picasa Album

 

   Jusqu’à la dernière minute, ce lancement aura alimenté la longue chronique de la guerre apichrocoline. Et lorsque je parle de naissance, je devrais parler en réalité de  renaissance. Car, formellement, la bête n’était pas morte ! L’ancien Institut technique d’apiculture (ITAPI), créé en 1973, avait juste été plongé en 1993 dans un coma profond dont il n’est finalement jamais sorti. Et cela à la suite du torpillage du groupement interprofessionnel Intermiel qui pourvoyait à son financement, du fait de rivalités intersyndicales et d’un désintérêt certain des pouvoirs publics. Bref ! depuis plusieurs années de nombreuses voix réclamaient, dans le monde apicole, son rétablissement. Le député de la Haute-Savoie, Martial Saddier, en a même fait sa mesure phare dans le rapport sur l’apiculture remis au Premier ministre en octobre 2008. Ce que le ministère de l’Agriculture avait fini par accepter de relancer.

Un Institut  pour faire quoi ?

Chargé d'élaborer et d'analyser les programmes de recherche de la filière, cet Institut devra apporter une assistance technique à la profession. Il le fera en coordonnant des recherches appliquées, des essais et des tests de terrain, en liaison possible avec des organisations scientifiques comme l’INRA, les facultés ou le CNRS – par exemple sur les pesticides, sur de nouvelles armes contre les virus ou le varroa. On parviendra alors, peut-être, à s’accorder sur l’impact effectif, car attesté dans plusieurs ruchers répartis sur le territoire national selon un protocole unique et validé, de certains pesticides et de divers virus et parasites de l’hyménoptère. Soyons fou : rêvons ! Cet Institut est également très attendu pour améliorer la diversité et la qualité génétique des élevages, de même que la transparence et le dynamisme du commerce des miels et des produits de la ruche.

Si, « pour l’instant la hiérarchie des actions à mener n’a pas encore été débattue par le Conseil d’administration de l’ITSAP, notre priorité au CNDA [la colonne vertébrale effective de l’Institut] est d’améliorer nos données sur les pertes de colonies en France », me précisait lundi Sophie Cluzeau-Moulay de l’ancien Centre national du développement apicole. Un Centre qui a précisément modifié ses statuts pour constituer l’embryon de l’ITSAP. Au grand dam des syndicats apicoles qui ont dénoncé ce « coup de force » et auraient nettement préféré que l’Institut n’émane d’aucune organisation antérieure.


Un Institut indépendant ?

Au-delà des vieilles méfiances et des haines recuites au sein de cette profession parcourue de nombreuses sensibilités, trois points ont cristallisé les critiques syndicales : « la mainmise de l’agrochimie » dans la création de l’Institut, l’équilibre des pouvoirs entre le Conseil d’administration et le Conseil scientifique, et la place des syndicats apicoles ainsi que des organisations liées au monde agricole et aux industries phytosanitaires. Et jusqu’à la dernière minute, ces trois points ont fait l’objet d’âpres négociations, avec tout le cortège habituel de clashs, de dénonciations et autres communiqués de presse vengeurs. L’UNAF ayant même appelé à manifester vendredi devant le siège du CNDA, où se déroulaient les négociations sur l’ITSAP.

Dans le collimateur syndical, la volonté - supposée ou réelle - du ministère de l’Agriculture d’intégrer aux instances dirigeantes de l’Institut des représentants des firmes phytopharmaceutiques, notamment l'Union des Industries de la Protection des plantes (UIPP). À l’arrivée, aucun représentant de l’industrie ne siégera au Conseil d’administration ni ne pourra même adhérer à l’Institut. Quand à Coop de France, les coopératives agricoles françaises, dont l’adhésion avait également été mise en cause, elle pourrait, le 12 mars, n’être admise qu’avec une voix consultative.

De même, l’absence de chercheurs convaincus depuis toujours du rôle néfaste des pesticides a été dénoncée par la plupart des syndicats. Trois d’entre eux (Jacques Bonmatin, Luc Belzunces et Marc-Édouard Colin) seront donc ajoutés au Conseil scientifique de cette organisation technique[1]. Conseil dont le rôle demeurera bien « consultatif » au lieu de pouvoir « valider » (donc bloquer) les orientations définies par le Conseil d’administration, comme les formulations initiales le prévoyaient. Le CA demeure donc bel et bien le vrai centre de décisions où siégeront autour des huit Associations régionales du développement apicoles (CNDA), l’ensemble des organisations sanitaires travaillant sur l’abeille, quasiment tous les syndicats apicoles - à l'exception notable du SNA, lire notre encadré ci-dessous - et des représentants d’organisation de matériels apicoles.

Abeilles sur tournesol.jpg                                                                                                                        © Kramkom - Fotolia.com

Aura-t-il les moyens de ses ambitions ?

« Grâce à notre stratégie de lutte, nous avons préservé l’indépendance de cet Institut et nous en sommes satisfaits, m’assurait vendredi soir le président de l’UNAF Henri Clément. Le seul point noir qui demeure est les moyens financiers exsangues prévus par le ministère, à savoir 373 000 €  (dont quelque 145 000 € en frais de fonctionnement), ce qui est nettement insuffisant au regard des défis qui nous attendent. » En fait, pour des raisons de calendrier comptable calqué sur les fonds européens (règlement apicole européen), cette somme ne serait semble-t-il que provisoire, attribuée jusqu’au 31 août prochain. C’est à partir de cette date qu’un vrai budget annuel serait distribué[2]. Son montant ? « Personne n’en sait rien, admet Sophie Cluzeau-Moulay. Il fera évidemment l’objet d’une négociation serrée. On peut espérer qu’il s’élève au moins à 600 000 euros pour que nous soyons capables de réaliser nos objectifs pour la filière, mais il convient de définir précisément nos actions pour l’évaluer plus sérieusement. »


Malgré des rebondissements toujours possibles et même dans la douleur, une étape clé vient donc d’être franchie dans la (re)structuration de la profession apicole. D’ores et déjà, depuis le 1er janvier 2010 une déclaration annuelle des ruchers a été rendue obligatoire, afin de mieux suivre l’état du cheptel. Et la formation professionnelle a été renforcée avec la création de modules de 120 heures d’enseignement sur l’apiculture, accessibles aux étudiants des brevets de techniciens supérieurs (BTSA). 27 établissements d’enseignement agricole, répartis sur l’ensemble du territoire national, proposent d’ailleurs depuis la rentrée scolaire 2009 ces modules aux étudiants en formation initiale scolaire ou par apprentissage et en formation continue.

Le menu qui est sorti vendredi dernier des cuisines de cette longue négociation, parfois peu ragoûtante, est plutôt consistant. Il donne en tout cas à espérer pour le futur des abeilles et de ses gardiens.  Sans céder à trop d’angélisme ou à l’illusion que les structures peuvent, seules, résoudre des problèmes aussi complexes que la mortalité des abeilles, qui dépassent largement d’ailleurs les moyens de la profession apicole, on peut penser que sa création va dans le bon sens.

Aussi, s’il ne devait y avoir qu’un seul voeu à formuler pour accompagner la (re)naissance de l’Institut de l’abeille, ce serait que la profession ne cède pas une fois de plus à ses vieux démons : ceux de la division et des intérêts de boutiques. Car c’est seulement uni et combatif que ce cercle des abeilles pourra peser sur les puissants lobbies agricole et agrochimique. S’inspirer du travail collaboratif au sein des ruches : voilà la clé de l’avenir prospère des abeilles et de la biodiversité dans nos territoires !

Apiculteur en tenue de protection.jpg                                                      © Patrick Bonnor - Fotolia.com

Pourquoi le  Syndicat national d'apiculture (SNA) ne rejoindra pas l'ITSAP :
   " L'Institut pour nous reste à créer. Tout au moins pour ses statuts qui sont l'oeuvre d'une minorité qui entend gérer seule cet organisme où le monde agricole (FNSEA, APCA, JA.. ) arrive en force. Demain donc, impossible, selon la constitution de pouvoir nous exprimer sur les pesticides, insecticides et autres. La majorité n'est pas là. Ce qui est étonnant, c'est la position de certains, aujourd'hui favorables qui étaient opposés hier (UNAF, FNOSAD ...). Ce passage en force est une négation de la démocratie, le non respect du syndicalisme apicole et à terme, lentement et sûrement la mort des petits apiculteurs indésirables pour les ADA comme pour le syndicalisme agricole.
 Avec mes salutations."

Message que m'a envoyé Y. VEDRENNE, Secrétaire national du SNA, le 26 janvier 2010.
   Faute d’un processus jugé anti-démocratique et d’une représentation considérée comme étant suffisante, le SNA, premier syndicat de la profession, a donc décidé de ne pas siéger au CA ni d'ahérer à l'ITSAP. Je ne suis pas à même de juger la légitimité de leurs griefs. Je m'interroge seulement sur l'avenir de la filière. Cette politique de la chaise vide est-elle la meilleure, et pour qui ? Comment peser de l'extérieur sur des décisions clés pour le développement de la profession qui pourront être prises au sein de l'ITSAP ? On peut aussi se demander si le SNA campera longtemps sur cette position alors que tous ses concurrents et anciens alliés participent à l'Institut, au risque de s'isoler durablement.
V.T.



[1] Y siègeront également Bernard Vaissière (INRA, Avignon), Yves Le Conte (INRA, Avignon), Axel Decourtye (ACTA, Lyon), Olivier le Gall (INRA, Bordeaux), Gérard Arnold (CNRS, Gif/Yvette), Marie-Pierre Chauzat (AFSSA, Sophia Antipolis), Patrick Ravenel (Université de Grenoble), Éric Haubruge (Faculté universitaire de Gembloux, Belgique), Mariano Higes (Centro Apicola Regional, Marchamalo, Espagne) et Peter Neumann (Station de recherche Agroscope Liebefeld-Posieux, Suisse).

[2]En gros, le budget de l’ITSAP sera constitué pour moitié des aides européennes (le règlement apicole européen) et de FranceAgriMer (établissement national regroupant tous les anciens instituts techniques agricoles), pour 35 % du Cas Dar (le Compte d'affectation spécial pour le développement agricole et rural) sous forme d’une redistribution par le ministère de l’Agriculture des taxes sur le chiffre d’affaire des entreprises agricoles, pour 10 % des organisations adhérentes à l’ITSAP, et pour 5% des recettes propres à l’Institut.

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Published by Vincent Tardieu - dans L'écho des ruchers
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André Guillemot 25/01/2010 23:48


Le 9 décembre dernier j’ai eu le plaisir d’animer pour l’association « Terre de Clayes » une soirée sur « le déclin des abeilles, mythe ou réalité » en compagnie de deux voisins
apiculteurs professionnels de Saint Gilles : Y. et H. Guillot.
Depuis plusieurs années je constatais un décalage important entre ce que j’entendais dans les médias et les propos rassurants de mes voisins. Je souhaitais donc confronter ces deux points de vue. A
l’aide de conférence de la chercheuse Jacqueline Pierre (INRA Le Rheu), des documents que vous m’avez fait parvenir, de votre livre, Vincent Tardieu, et du rapport de l’AFSSA, j’ai donc préparé un
cadre de discussion. A chaque cause évoquée je proposai un point de vue entendu dans les médias, les Guillot et le public réagissaient.
Pendant près de trois heures nous avons débattu avec plus de 60 personnes dans une ambiance sereine et très instructive. Je ne vais pas vous infliger un compte-rendu complet de notre soirée mais
vous apporter quelques précisions.
Les Guillot possèdent 200 ruches de production réparties en 17 ruchers dispersés dans la campagne bretonne et une « pouponnière » de 150 ruchettes. Après une sévère sélection,  moins
de la moitié de ces ruchettes seront conservées pour la production l’année suivante. Ils n’ont jamais eu de pertes inexpliquées.
En 2009 chaque ruche a produit en moyenne 65 kg de miel. Aucune perte d’essaim n’est à déplorer et les ruches sont remplies à bloc à l’entrée de l’hiver (et surtout très bien garnies en pollens).
Ce bilan a certainement donné du poids à leur argumentation.  
Tout d’abord trois remarques non abordées dans la documentation dont je dispose.
1°) Pendant plusieurs années les Guillot ont perdu régulièrement une quarantaine d’essaims de production. Ils ont fini par comprendre ce qui se passait. Les essaims étaient tout simplement volés
(certainement par des confrères peu scrupuleux, c’est assez fréquent dans la profession paraît-il mais on n’en parle peu, on préfère invoquer d’autres raisons.) Depuis, ils on trouvé une
parade (pour combien de temps ?) et ils n’ont plus perdu d’essaims.
2°) La recherche d’aides et de subventions « pollue l’atmosphère » et évite de se remettre en cause.
3°) On fait de gros efforts, à juste titre, pour étudier l’impact sur les abeilles (et autres) des molécules de synthèse introduites dans l’environnement mais qu’en est-il des molécules toxiques
émises par les plantes ? Beaucoup de plantes mellifères sont toxiques pour l’homme, perturbent-elles les abeilles ? Jean Breneton parle de la toxicité des miels de rhododendrons, est-ce
que les abeilles sont insensibles à ces molécules incriminées ?
Sous un tilleul en fleurs, il n’est pas rare de voir des abeilles (ou des bourdons) en train de butiner tomber par terre comme « ivre ». Si elles échappent au crapaud ou à la vipère qui
trainent par là, elles repartent. Mais est-ce bon pour leur santé ? A ces questions on n’a pas pu répondre.
Pour terminer, je vous transmets la conclusion que j'ai présentée à Clayes le 9 décembre dernier.
"Je crois qui si on ne s’occupe pas de ses abeilles, vu tout ce qui les guète, celles-ci n’échapperont pas au déclin.
"Les Guillot nous ont montré ce soir qu’avec beaucoup de sérieux, beaucoup de professionnalisme et en refusant la pensée unique, on peut espérer garantir aux abeilles un avenir relativement
serein.
"Voici quelques points forts que j’ai retenu :
-         Choix méticuleux du lieu d’implantation du rucher (point d’eau, assurance de pollens de qualité pendant la période d’activité, absence dans le
voisinage immédiat de cultures trop traitées ou de monocultures)
-         Pas plus de 12 ruches par rucher.
-         Visites fréquentes des ruchers. (au moins une fois par semaine)
-         Combat sans relâche contre le varroa et la loque.
-         Refus de la transhumance, des « contrats de pollinisation » et des monocultures.(dès qu’une reine a commencé à pondre, sa ruche n’est
plus déplacée)
-         Production de ses propres reines et sélection rigoureuse des essaims de production.
-         Remise en cause permanente à partir de leurs observations et recherche d’innovations.
-         Attention constante à toutes les publications scientifiques et colloques."

On leur souhaite de continuer ainsi et d’avoir toujours autant de réussite. Bravo !


Vincent Tardieu 26/01/2010 00:12



Un grand merci pour cet échange d'informations enrichissant et bravo pour votre travail de réflexions collectives et exigeantes. Je trouve l'approche d' Y. et H. Guillot très intéressante, sans
ornière et riche d'une belle curiosité. Ils soulèvent ainsi quelques questions rarement posées : sur la toxicité des plantes - cela étant, on peut imaginer que les abeilles se détourneront de
celles qui sécrètent des nectars ou des pollens toxiques pour elles...? Et surtout sur l'impact de l'intensivité de certaines pratiques d'élevage. À méditer.


Permettez- moi toutefois de leur dire, par votre intermédiaire, que si l'on n'améliore pas sensiblement l'environnement sanitaire actuel des pollinisateurs (multiplicité des pesticides et des
maladies), la meilleure des pratiques d'élevage, la plus "raisonnable" par rapport aux rythmes des abeilles, ne sera pas nécessairement couronnée de succès. C'est bien, me semble-t-il, dans
l'articulation de cette assainissement écologique et des pratiques professionnelles inappropriées que se trouve le chemin de la sérénité pour nos chères abeilles !


Encore merci de votre intérêt pour mon travail.


Vincent Tardieu



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