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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 20:34

L’abeille en ville ? C’est très tendance ! Notre chère butineuse offre une source de visibilité médiatique et de revenus financiers très appréciables pour certains syndicats apicoles. Car les ruches installées sur les toits des établissements publics ou privés sont louées au prix fort. Nous nous étions fait l’écho de l’intérêt (la sensibilisation d’un large public aux fonctions écologiques et à la biologie de l’abeille) et des ambiguïtés (l’avenir de l’abeille est-il vraiment en ville ?) de telles opérations dans mon livre sur Le  silence des abeilles et ici même, sur ce blog.

Aujourd’hui, le programme européen Life+ Biodiversité lance UrbanBees dans l'agglomération du Grand Lyon et ses alentours (milieux urbains et périurbains, avec des sites témoins et de mesures en zones semi-naturelles protégées). Original, ce programme se déroulera en trois actes et sur cinq ans.

4446878818 6ab326511a o                                                                                                                  Une petite abeille sauvage du genre Mégachile © Hugues Mouret

Premier acte : l’inventaire de la diversité des abeilles en ville.

Les auteurs du programme montrent à juste titre qu’en dépit de son succès, on dispose d’assez peu de données scientifiques pour expliquer l’épanouissement de Maya la citadine. Et en premier lieu, on connait mal la diversité de ces abeilles et autres bourdons sauvages qui ont colonisé nos cités. Méconnaissance aussi sur la nature de leurs ressources alimentaires, sur leurs préférences parmi la flore cultivée en jardins, parterres, terrasses et balcons, sur le rôle joué par les plantes exotiques cultivées en ville, mais aussi sur la diversité des habitats que trouvent ces pollinisatrices urbaines.

Leur enquête scientifique s’appuiera sur l’inventaire des abeilles [1] de la région Rhône-Alpes engagé depuis 2007 par l’excellente association naturaliste Arthropologia, véritable pilote d’UrbanBees [2]. C’est elle qui assurera la coordination sur le terrain, le travail de collecte, de préparation et de détermination des abeilles et des plantes, ainsi que la formation, l’animation et la création d’expositions et d’un guide de gestion. L’autre partenaire clé du programme : l’UMR406 Abeilles et Environnement de l’Institut national de la recherche agronomique à Avignon, dont la qualité des travaux sur la pollinisation et sur l’écologie des abeilles n’est plus à démontrer. Citons également la participation du Centre de Culture Scientifique, Technique et Industriel de l’Université de Lyon, et bien sûr des services des Espaces Verts des villes de Lyon et de Villeurbanne sans lesquels cet ambitieux programme d’études et tests sur l'acclimatation des abeilles urbaines resterait un coup d’épée dans l’eau. Enfin, le Muséum d’Histoire Naturelle de Londres interviendra comme expert sur les identifications d’abeilles, et participera à la conception et à la diffusion du plan de gestion et de l’exposition internationale qui doit suivre.

4505681837 17ac9bf486 oOsmia cornuta nichant dans un tas de bois © Hugues Mouret

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Deuxième acte : bâtir des hôtels et un meilleur cadre de vie pour les butineuses.

Pour ce deuxième volet du programme, développé en parallèle du premier, les acteurs d’UrbanBees vont agir sur deux fronts. Ils mettront d'abord en place des aménagements pilotes pour favoriser l’implantation et la croissance des abeilles sauvages en milieu urbain et périurbain. Et cela sur 24 sites [3], à partir de la fin août 2010 :

- des hôtels à abeilles remplis de différents matériaux (bûches percées d'essences diverses, tiges creuses et à moelle tendre, briques creuses, terre sèche) ;

- des carrés de sol de plusieurs substrats ;

- une spirale à insectes en pierre plate et terre, plantée d'aromatiques ;

-  des nichoirs aériens.

Notons que les dispositifs au sol sont véritablement innovants et... indispensables. Car si notre abeille à miel (Apis mellifera) habite des ruches ou forme ses essaims dans les arbres ou sous un toit, un grand nombre d’espèces solitaires logent dans des souches d’arbres ou à même la terre.4446854488 7304eeac19 o 4506324730 612f3586b2 o4506324370 0496179b76 o

Nid au sol d'Halictus scabiosae © Hugues Mouret

Une action complémentaire va être développée avec les services municipaux, voire les particuliers : celle d’une gestion alternative des espaces verts, plus favorable aux pollinisateurs. Cela passe, détaillent les auteurs de ce programme, par « l’absence de traitements chimiques, la plantation de prairies fleuries, des fauches tardives et décalées, mais aussi l’implantation de bosquets, de haies, de talus, de pierriers, et de mélanges floraux dans les espaces verts et ruraux. » On peut rappeler, au passage, que la réduction drastique (d'environ 80 % !) des traitements par pesticides des espaces verts de la ville de Paris explique, en large partie, sinon le dynamisme des colonies d’abeilles mellifères introduites dans la capitale, du moins les faibles concentrations de résidus chimiques retrouvées dans leur miel. À Lyon, des réunions d’information présenteront les objectifs d’UrbanBees aux personnels concernés et des formations seront proposées afin d’acquérir des connaissances spécifiques sur une gestion appropriée pour favoriser le nourrissage et la reproduction des abeilles sauvages, tout en réduisant la flore exotique envahissante.

Le grand public n’a pas été oublié. Il sera également sensibilisé à cette action grâce à plusieurs rencontres et conférences, des animations en milieu scolaire, des expositions fixes et une itinérante, une brochure d’information sur les abeilles sauvages et leur activité pollinisatrice, ainsi qu’un livret sur les bonnes pratiques pour assurer leur épanouissement. 

Eucera alticincta male2 limonestchampivost050806rec                                                                      Eucera alticincta mâle aux longues antennes sur une fleur de pissenlit © Hugues Mouret

Dernier acte : fournir un protocole de bonne gestion pour l’abeille exportable dans d’autres territoires.

Tous les éléments positifs de cette nouvelle politique pour l’abeille en ville constitueront la base d’un protocole simple susceptible d’être mis en oeuvre au sein d’autres agglomérations, non seulement en France mais également à l’échelle de l’Union Européenne. À cette fin, des conférences seront organisées dans des agglomérations importantes d'Europe souhaitant reproduire et adaptée ce plan de gestion. Et une exposition internationale itinérante (français/anglais) sera réalisée en se basant sur les résultats du programme.

« Un suivi de la colonisation et des populations sur quatre ans permettra de proposer un modèle de gestion pour augmenter la biodiversité des abeilles sauvages en milieux urbain et périurbain. » ajoute l’association Arthropologia. Et les naturalistes, qui espèrent qu'UrbanBees générera plusieurs publications scientifiques, s’attendent que le gain en biodiversité dépasse le seul cas des abeilles : la gestion et les aménagements diversifiés devraient profiter à de nombreux autres groupes d’espèces, notamment à des arthropodes (insectes, arachnides), des amphibiens, des reptiles, des oiseaux, ainsi qu’à la flore sauvage, aux dépens d’une flore exotique introduite, potentiellement concurrente et envahissante.

Thyreus sp - Serignan du Comtat 14082007Cette superbe abeille du genre Thyreus a été prise en 2005 dans le jardin de la maison du fameux entomologiste J.-H. Fabre, à Sérignan-du-Comtat (84) © Denis Bourgeois

Remettre en perspective la biodiversité urbaine.

Pouvant abriter d'importantes populations d'abeilles, les milieux urbains joueront-ils, demain, un rôle de refuge transitoire ou permanent pour certaines espèces de la faune et de la flore, avant une recolonisation des campagnes aujourd’hui trop polluée ou fragmentée par l’agriculture intensive ? C’est le secret espoir d’Hugues Mouret, le directeur d’Arthropologia, qui justifie ainsi cette action en milieu urbain : « C’est sûr qu’il y a encore beaucoup d’actions de préservation à conduire en milieu rural, mais le programme européen Life souhaitait avant tout focaliser notre action pilote en zone urbaine. Non seulement parce qu’il y a plusieurs questions scientifiques en suspens, sur les ressources alimentaires et les habitats trouvés en ville par les abeilles, ainsi que sur leurs niveaux de pollution réels et leurs diverses sources. Mais aussi parce qu’en ville, nous disposons de sites plus maîtrisable qu’à la campagne et dans les milieux naturels pour tester certains dispositifs de nidification expérimentaux, qui pourront ensuite s’exporter à l’ensemble du territoire national et intéresser d’autres groupes d’animaux. »

Ainsi, tout en créant de profondes ruptures et des barrières pour la faune, les agglomérations urbaines tentaculaires peuvent devenir des refuges et des relais pour plusieurs populations animales – d’arthropodes notamment. Leurs nombreux espaces verts, même limités en taille, pourraient constituer alors des sortes de corridors biologiques à l’échelle du territoire national. Et participer à ce maillage du continent indispensable en populations animales et végétales naturelles.

Malin, cohérent et ambitieux, UrbanBees s’inscrit dans cette perspective salutaire. Et elle sort l’abeille du marketing apicole actuel pour tenter une réelle politique de découverte et conservation de la biodiversité urbaine. On a envie de dire : enfin !

 


[1] En fait, des abeilles, mais aussi des bourdons et des guêpes pollinisatrices.

[2] Contact : Charlotte Visage – Coordinatrice d’Urbanbees (Charlotte.visage@avignon.inra.fr - 06 71 39 42 03 / 04 78 35 34 25) . À la fin du mois de juin, un site internet interactif sera ouvert : www.urbanbees.eu . Par courrier, écrire à Arthropologia (UrbanBees), 7, place de l'Église 69210 Lentilly. Le site d'Arthropologia : http://www.arthropologia.org/ .

[3] Huit sites témoins et de mesures concerneront des zones semi-naturelles, et le cœur d’UrbanBees s’effectuera dans seize sites aménagés des zones urbaines et périurbaines. Huit sites seront équipés en 2010 : à Lyon, dans le Parc de la Tête d’Or, le Parc de Gerland, et à Cressonière ; à Villeurbanne, dans le Jardin éphémère Léon Chomel ; à Meyzieu, au sein du Parc naturel urbain ; à  Sainte-Foy-les-Lyon, dans des jardins familiaux ; ainsi que dans les communes de Limonest, Francheville et du Grand Moulin de l’Yzeron. Huit autres suivront en 2012 : à Lyon, Villeurbanne, Grigny, Saint-Priest, Marcy l’Étoile, Collonge-au-Mont d’Or.

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Published by Vincent Tardieu - dans À venir...
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Vincent Tardieu 14/04/2016 10:51

Merci pour votre message. Vous pouvez me joindre sur mon mail (tardieu-vincent@wanadoo.fr). Je suis actuellement très pris, mais on peut tout de même en parler. Merci de me laisser un téléphone où vous joindre dans le mail.
Bien à vous, Vincent Tardieu

jeanneaux 14/04/2016 10:35

Bonjour
Je suis enseignant au lycée Chaplin de Décines et j'envisage de monter un projet sur une ruche connectée avec mes élèves l'année prochaine. Vous intéresse-t-il de nous aider dans cette démarche?
D'avance merci pour votre réponse
Alain Jeanneaux

Vincent Tardieu 14/04/2016 10:53

Merci pour votre message. Vous pouvez me joindre sur mon mail (tardieu-vincent@wanadoo.fr). Je suis actuellement très pris, mais on peut tout de même en parler. Merci de me laisser un téléphone où vous joindre dans le mail.
Bien à vous, Vincent Tardieu

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