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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 08:00

Cette fois, ça y est : on a trouvé les killers des abeilles d’élevage ! Deux infâmes microbes dont l’un, un virus, est passé totalement inaperçu jusqu’ici en Amérique et en Europe. C'est du moins l'affirmation fracassante, faite par dix-huit chercheurs des universités du Montana, du Texas, de Mexico et du Centre biologique et chimique de l'US Army Edgewood dans le Maryland. Une révélation qui a fait l’effet d’une bombe dans le monde apicole et parmi les experts de ce fragile hyménoptère. Publiés le 6 octobre dans la revue PloS ONE[1], cette étude alimente depuis l’espoir des grands médias américain, mais un réel scepticisme parmi la communauté des spécialistes américains.

C’est Robert Cramer Jr., maître de conférence et spécialiste des champignons pathogènes au Département vétérinaire de biologie moléculaire à l’Université d’État du Montana, interviewé avant-hier, qui m’a décrit par le menu la méthode suivie pour cette étude : « Nous avons d’abord collecté des échantillons provenant de colonies de nombreuses régions, plusieurs années depuis 2006 et en différente santé : certaines étaient en excellentes formes, d’autres présentaient les symptômes d’effondrement de la colonie (CCD). »

Esp-ces-sauvages 4775

La série de magnifiques photos d'abeilles que vous pouvez admirer dans ce dossier est offerte par mon ami illustrateur et photographe Marcello Pettineo, dont je vous invite à découvrir les merveilleux dessins sur  son site.


L’arme ultra-puissante des laboratoires militaires US

L’équipe est alors entrée dans le vif du sujet. « On a d’abord extrait les protéines de ces échantillons d’abeilles, puis nous avons identifié leurs séquences grâce à la technique de spectrométrie de masse basée sur les protéines (MSP) [développée par le Centre biologique et chimique de l'US Army Edgewood]. Une fois identifiées, ces protéines nous ont révélé quels microbes étaient dans et sur l’abeille. Puis sur la base d’analyse statistiques poussées, nous avons pu déterminer quels organismes étaient corrélés avec le syndrome du CCD. »

Leurs analyses biomoléculaires ont permis de déceler pas moins de 900 espèces de microbes présents dans l’ensemble des lots d’abeilles testées ! Dont seulement 29 étaient susceptibles d’être pathogènes pour l’abeille. Mais seule l’association du micro-champignon Nosema ceranae et le IIV-6, une souche du virus irisé des invertébrés (Invertebrate iridescent virus ou IIV), de la famille des Iridoviridae «  a été parfaitement corrélée avec les colonies frappées par le CCD. » a-t-il ajouté. En d’autres termes, selon ces chercheurs ces deux microbes seraient les principaux facteurs du déclin des abeilles, agissant en combinaison. Et cela, précisent-ils dans leur article, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Asie. Rien de moins !

Les chercheurs plaident d'ailleurs, dans leur article, pour développer les traitements (par antibiotiques) contre Nosema ceranae dans les ruchers d’Amérique, ce qui reste la meilleure option actuelle, selon eux, pour réduire les mortalités des colonies du fait de cette contamination croisée. Pour étayer leurs affirmations sur ce couple délétère, Robert Cramer m’a précisé qu’ils ont volontairement infecté, en milieu contrôlé, plusieurs lots d’abeilles saines avec cette souche du virus IIV-6 et le micro-champignon. Soit d'une façon séparée, soit en addition. Et « les deux pathogènes ont causé plus de maladies que pris séparément chez les abeilles vivantes. »

   Origine asiatique pour ce « nouveau » virus

   D’où vient ce virus quasiment inconnu des abeilles américaines ? On sait assez peu de chose à son sujet, si ce n’est que sa souche IIV-24 a été associée à de sévères pertes d’abeilles asiatiques (Apis cerana) dans le nord de l’Inde en 1976 et 1978. Et cela, déjà, en co-infection avec des micro-champignons du genre Nosema.

C’est peut-être bien par l’importation de lots d’abeilles contaminées d’Asie ou d’Australie que ce virus s’est implanté en Amérique. Car, comme le dit Bob Cramer du Montana,  « nous sommes dans un monde global où l’isolation ne dure pas longtemps. » Sa transmission au sein de la ruche se ferait, d’après les observations indiennes, à travers les œufs des abeilles, leurs excréments et leurs sécrétions glandulaires dans le miel et il provoquerait l’affaiblissement, l’inactivité puis la mort en « grappes » des abeilles. On soupçonne ce même type de virus irisé des invertébrés d’avoir causé des pertes en 1998 dans le nord-est des États-Unis, de l’ordre de 25 à 40 % parmi les ruchers (ce virus a été identifié sur des acariens Varroa présent dans les ruches). Et en 2000, en Espagne, l’équipe de Mariano Higes l’a également repéré dans de nombreuses colonies effondrées qu’il a étudiées. Dans la foulée des études du Montana, le leader du Centre apicole régional des Communautés  de la Castille et de la Manche semble également l’associer à l’action du micro-champignon Nosema ceranae qu’il a identifié dans son pays et dans plusieurs régions d’Europe depuis 2002. 

LA SUITE EN 3 VOLETS...


[1] Jerry J. Bromenshenk et al., "Iridovirus and Microsporidian Linked to Honey Bee Colony Decline", PLoS ONE 5(10): e13181. doi:10.1371/journal.pone.0013181, 6 octobre 2010 (pour lire et télécharger cette publication, en anglais, cliquez sur ce lien)

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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commentaires

François 25/10/2010 21:08


Il me semble avoir entendu, à propos de cette étude scientifique, qu'elle avait été financée en partie par un vendeur - je ne me rappelle plus le nom - de pesticides, dont l'un d'eux serait accusé
de participer au CCD. Et que du coup, les scientifiques auraient "oublié" de mentionner l'effet multiplicateur (dans la chute de la colonie) qu'aurait ce pesticide !
Si l'auteur de cet article avait le temps de fouiller par là, histoire de vérifier s'il ne s'agit que d'une rumeur ou bien de la réalité...


Vincent Tardieu 26/10/2010 13:06



Cher François, lisez donc le quatrième volet de mon article... et vous saurez tout ! Enfin, presque...


Merci pour votre intérêt. V.T.



Méliophile 21/10/2010 23:39


Vous connaissez sans doute cette citation, probablement apocryphe d'ailleurs, attribuée au Général de Gaulle: "Des chercheurs qui cherchent, on on trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en
cherche!" En tant que méliophile eh oui, me revoilà!), (et je rappelle que j'ai imaginé de donner ce nom à toute personne qui aime les abeilles, puisqu'à ce jour il n'en existe officiellement pas
encore), je ne peux que me réjouir de toute avancée dans la recherche des causes de la disparition de ces "chères petites", comme j'aime les appeler, sans lesquelles s'effondreraient nos ressources
alimentaires! Il me semble toutefois qu'il faut savoir raison garder et ne pas céder trop hâtivement à la joie, les découvreurs des effets conjugués du champignon et du virus reconnaissant
eux-mêmes qu'ils ne savent pas encore si le caractère mortel de ces deux agents est la cause première du fléau ou la conséquence d'une fragilisation des abeilles par d'autres facteurs. Si c'est le
cas, il y a fort à parier que tout sera fait pour nous le cacher, trop d'intérêts économiques à courte vue sont en jeu dans tout cela (voir la confirmation récente du non-lieu dans la célèbre
affaire du pesticide Régent en France, est-ce un hasard si cette décision de justice intervient si peu de jours après l'annonce de cette découverte que l'on dit si décisive?)... Dans la même
logique, citons aussi l'arrêté ministériel rejetant, sur la foi d'études menées sur des variétés de plantes qui n'intéressent pas les abeilles puisque cultivées en saison apicole creuse,
l'abrogation de la mise sur le marché d'un autre pesticide, du nom de Proteus celui-là, sur les dangers duquel on ne dispose d'aucun recul... Lorsque les politiques conseillés par des experts à
l'indépendance discutable prennent des décisions inspirées, voire arrachées, par des groupes de pression issus du pouvoir de l'argent, on connaît les résultats, du sang contaminé à la vache folle
en passant par l'hormone de croissance... ce sont les abeilles qui font à présent l'objet de cet aveuglement ou de cette incurie dans le meilleur des cas, ou de cette corruption dans le pire, et
cela ne se limite bien entendu pas à la France mais revêt une dimension mondiale. Et si on parlait par exemple, de l'hybridation, fruit des géniales idées du mal nommé Homo Sapiens Sapiens, entre
des abeilles européennes et d'autres, génétiquement adaptées à des latitudes plus chaudes que les nôtres, engendrant une nouvelle espèce beaucoup plus agressive envers l'Homme, alors que le mode de
fonctionnement naturel des abeilles est de ne faire que du bien? Quant au frelon asiatique, lui aussi lourdement mis en cause dans la surmortalité de nos chères petites, j'ai lu récemment qu'il
aurait été introduit en Europe, également par l'irresponsabilité des apprentis sorciers que nous sommes, avec l'importation des bonzaïs! Cela abonde bel et bien dans le sens d'une possible
contamination par le duo infâme, via une autre importation tout aussi incontrôlée venue de la même région du monde !Quand laissera-t-on faune et flore là où les a semées Mère Nature? Je conclurai
donc en redisant mon mot d'ordre, plus que jamais d'actualité: vive les abeilles, et vive les... méliophiles!


Vincent Tardieu 22/10/2010 00:33



Merci pour ce plaidoyer sensible et ardent pour nos chères petites...


VT



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