Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Feuilletez cet ouvrage

Pour découvrir le premier chapitre... un clic sur la couverture !

Recherche

Archives

25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 08:00

   L’Agence fédérale de protection de l’environnement (l’EPA) aux États-Unis fait du zèle pour protéger les abeilles. Le 22 juin dernier, cet équivalent de notre ministère de l’Écologie annonçait la création d'un groupe de recherche interdisciplinaire (la Pollinator protection team). L’objectif ? « Mener une évaluation des risques pour les pollinisateurs » aux États-Unis, me précisait hier Dale Kemery de l’agence fédérale, et notamment des normes et des procédures d’homologation des pesticides (le Federal Insecticide, Fungicide and Rodenticide Act). Ce groupe réunira pour cela des spécialistes de leurs programmes sur les pesticides, de leur bureau des homologations des produits phytosanitaires,  ainsi que des représentants d’agences régionales. Quoi de plus normal, me direz-vous, pour une agence fédérale de l’environnement ?

 

   Cette initiative fera pourtant rire jaune les premières concernées, à savoir les abeilles – mais l’insecte rie-t-il...? - ou plutôt leurs gardiens. Car cela fait déjà deux ans que ces derniers se mobilisent pour percer à jour l’origine des effondrements de leurs colonies. Et ils ont réussi, à la faveur d’une bruyante campagne médiatique en liaison avec les équipes de recherche spécialisée sur l’abeille, à convaincre le Congrès américain de financer un plan de travail sur le phénomène d’effondrement des colonies (baptisé le CCD pour Colony Collapse Disorder). Ainsi, comme nous le racontons dans L’étrange silence des abeilles,  le Congrès a voté en juin 2007 un budget de 100 millions de dollars sur cinq ans  - mais avec la crise financière rognera-t-il cette dotation ? - pour mettre en œuvre un plan de bataille très ambitieux qui regroupe un grand nombre de laboratoires et d’organismes [1]. Cela pour passer en revue les différents facteurs à risque des colonies (maladies, contaminants, pratiques apicoles, sélection génétique, etc.) et assurer une surveillance rapprochée des ruchers américains. Aussi, même si le représentant de l'EPA m'assure que leur nouveau « groupe de protection des pollinisateurs n'est pas focalisé sur le CCD », on peut s'étonner qu'il ait fallu attendre deux ans et demi à l'agence fédérale sur l'Environnement pour se décider à rendre compatible ses décisions en matière d'homologation des pesticides et la protection des pollinisateurs... 

 

Poster du North American Pollinator Protection Campaign. Le NAPPC est une coordination d'associations naturalistes et d'instituts de recherche pour protéger les pollinisateurs d'Amérique du Nord. Ce poster a été diffusé pour sensibiliser l'opinion américaine sur i'importance des pollinisateurs pour l'alimentation et la biodiversité.


  Car c'est bien le fond du problème. En effet, aux États-Unis, c’est cette agence qui est chargée d’évaluer l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement et notamment sur les abeilles. Et cette annonce intervient au moment même où les organisations d'apiculteurs américains bataillent ferme contre la nouvelle famille de pesticides agricoles, les fameux néonicotinoïdes – les neonics, comme ils les nomment - autorisée par l'EPA. Et en particulier contre le Poncho (dont la molécule active est le clothianidine) et le Gaucho (l’imidaclopride), son frère jumeau, tous deux fabriqués par B’er – traduisez la firme Bayer, qui commence à devenir aux USA ce que Monsanto est pour les OGM en Europe : un repoussoir pour tous les écolos !

 

    Plus précisément, le Conseil national américain de défense des ressources naturelles (NRDC), un groupe de pression en faveur de l’environnement composé de 350 juristes, scientifiques et autres professionnels, a porté plainte contre l’EPA pour dissimulation d’informations sur les risques toxiques encourus par les abeilles mellifères. Bigre! La raison ? Les dossiers d'évaluation et de mise sur le marché de ces « nouveaux » pesticides demeurent pour l’essentiel confidentiels sinon opaques. « Notre action en justice  à l’encontre de l’EPA pour la liberté d’information concernant les pesticides néonicotinoïdes est en cours, m’indiquait le 17 août le porte-parole du NRDC, Josh Mogerman. Si l’EPA a accepté de rendre public sur leur site internet la moitié des documents que nous réclamions, nous n’avons toujours pas pu accéder au cœur du dossier sur ces molécules au moment de leur homologation, ni sur les échanges qui ont eu lieu entre l’EPA et les agences étrangères [européennes] de régulation des pesticides. Nous espérons que ce procès sera achevé d’ici à la fin de l’année. »    

 

   Au-delà de ce procès spectaculaire contre le ministère fédéral de l’Environnement, c’est l’ensemble du système d’homologation des produits phytosanitaires qui est désormais mis en cause. Et en particulier l’obligation faite aux tiers (citoyens, associations et professionnels des milieux ruraux) d’apporter la preuve par eux-mêmes que telle ou telle molécule constitue un danger pour l’environnement ou la santé animale. En Europe, les systèmes d’évaluation sont plus contraignants pour les industriels, qui ont le devoir de prouver l’innocuité de leurs pesticides pour un certain nombre d’organismes non ciblés par leurs molécules (les hommes, mais aussi les abeilles, les oiseaux ou les papillons).

 

   Ainsi, ce zèle manifesté aujourd'hui par l’EPA n’est sans doute pas sans relation avec ses actuels déboires judiciaires et politiques sur le sujet. Parions également que la présence de Carol Browner à la tête de la green team à la Maison-Blanche n’est pas non plus étrangère à la mobilisation de l’EPA : cette coordinatrice, pour le président Obama, de la lutte contre le réchauffement climatique a, en effet, dirigé pendant huit ans l’EPA au cours des années 90. L’agence fédérale  voudra sans doute devenir exemplaire en matière d’environnement. Ce qui est en soi une excellente nouvelle !

 

Cliquez ici pour consulter les documents – en anglais - mis en ligne en juillet par l’EPA sur le clothianidine. Et sur l’imidaclopride autorisé aux USA depuis 1994.



[1] Ce groupe de travail réunit des scientifiques des quatre laboratoires sur l’abeille du ministère de l’Agriculture (l’USDA) et des universités de Pennsylvanie, de Floride, du Montana, de l’Illinois, de Caroline du Nord, d’Arizona et de la Columbia à New York, ainsi que les représentants de plusieurs départements des ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Défense.

Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
commenter cet article
21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 11:00
                                                                      © Xinhuanet
   Une passion sans limites... Li Wenhua et Yan Hongxia sont un couple comblé. Apiculteurs tout les deux près de la ville de Ning’an, dans le nord de la Chine, ils se sont mariés en tenue d’Apis. Plus dix-mille de leurs protégées ont, en effet, composé leurs costumes de noce. « Cela fait vingt ans que je travaille avec les abeilles, il était bien naturel que je les choisisse pour marquer cet évènement unique dans notre vie » a justifié Li, le mari qui voulait aussi battre un record : celui du plus grand vêtement en abeilles du monde.
                                                                        © Xinhuanet
   Le jeune prétendant a expliqué avoir placé une reine sur chacun d’eux afin que toutes les autres abeilles des deux colonies les rejoignent. Ainsi furent créés leurs costumes de noce ! On dit que la mariée a particulièrement apprécié les délicieuses caresses offertes sur tout le corps par ces milliers de pièces en mouvement composant cette robe d’un jour. « Tout à fait surprenant ! », s’est-elle écriée au cours de la cérémonie tenue en juillet dernier. Seuls, quelques invités ont marqué leur réserve face à cette bucolique célébration en tenant les noceurs apicoles à distance.
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Elles sont formidables !
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:05

  
Si l’une ne peut plus assurer la pollinisation des plantes et des cultures, d’autres le feront à sa place ! Si notre abeille d’élevage est à l’agonie, remplaçons la par les abeilles sauvages et les problèmes agricoles seront réglés. Voici ce que suggèrent de plus en plus ouvertement une série de chercheurs et de naturalistes outre-Atlantique. Pertinent ? Efficace ? Souhaitable ?
© Ermes - Fotolia.com

    Aux États-Unis, la double crise des colonies d’Apis mellifera, l’abeille d’élevage, et des grandes cultures pollinisées par celle-ci, a mis la planète agricole en émoi. En particulier dans la Vallée Centrale de la Californie où  s’étend un réseau de vergers d’amandiers sur 650 km de long. Véritable coulée rose crème entre le 15 février et la fin mars, cette vallée en fleurs accueille à cette saison encore fraîche quelque 50 milliards d’abeilles provenant de tout le pays en camions-remorques. Un drôle de Woodstock apicole, qui tient plus du rodéo éprouvant et risqué pour l’abeille et ses bergers que du festival Flower Power !

LA SUITE :


(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:04
Activité absurde et en péril

© Jean-Luc / Picasa album

   En dix ans, l’amande est devenue la première source d’exportation agricole de ce puissant État américain, qui lui rapporte plus de 40 milliards de dollars chaque année. C’est dire si la pénurie de pollinisateurs depuis 2005 inquiète arboriculteurs, exportateurs et agronomes. Aujourd’hui, cette lucrative monoculture paraît menacée. Menacée et surtout peu « durable », ni pour les apiculteurs ni pour les arboriculteurs.

   Au fil des ans, ce modèle agricole totalement artificiel s’est en effet grippé. Connaissant une extension irrésistible, ces vergers industriels dont la surface totale a été multipliée par sept en quarante ans ont transformé cet immense espace rural en désert apicole onze mois sur douze. Les populations locales d’abeilles sont à présent exsangues. Or, les colonies mellifères du pays, soumises depuis plusieurs années à divers stress, intoxications et maladies, manquent à présent à l’appel. Pire, sur place, dans cette promiscuité inouïe, elles échangent leurs miasmes morbides qu’elles dispersent ensuite aux quatre coins du pays. Une vraie tornade épidémique ! Leur déclin oblige les éleveurs commerciaux à importer chaque année d’Australie des milliers de colonies clé en main, et les arboriculteurs à réduire sensiblement leurs surfaces à polliniser. Aberrant !

© Eric Isselée - Fotolia.com

À chaque mois de février, une noria incessante de plus de 2 000 semi-remorques, chargés de près des deux-tiers des ruches du pays, convergent vers la Vallée centrale californienne. C’est la plus vaste migration de travailleurs au monde. Plus de 4 000 km pour venir de la côte est des États-Unis : ce pèlerinage sur deux jours n’a rien d’une croisière de luxe ni d’un voyage d’agrément. Et les premières évaluations conduites par Jeff Pettis de l’USDA du Maryland et son collègue de Pensylvanie, Dave vanEngelsdorp, confirment les données que nous publions dans L’étrange silence des abeilles sur le stress des abeilles lors des transports de colonies pour remplir des contrats de pollinisation. Le couvain (rayons où se développent les larves d’abeilles) des colonies voyageant entre la Californie et la Floride présente une élévation de leur température de 2 à 3 °C, et leur mortalité est dix fois supérieure à celle des colonies restées en Californie.

LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:03
Un problème de gestion du territoire rural

   Gérés autrement, ces immenses vergers d’amandiers pourraient demeurer un territoire vertueux : ils pourraient nourrir les insectes pollinisateurs qui, en retour, assureraient leur pollinisation et la production d’amandes. C’est ce que démontre très bien Claire Kremen de l’Université californienne de Berkeley : « Dans les exploitations “bios” de Californie, nous avons mesuré que 50 à 80 % des besoins de pollinisation concernant les amandiers, les pastèques ou les choux-fleurs sont satisfaits naturellement par des abeilles sauvages, ce qui n’est quasiment jamais le cas dans les champs et les vergers conventionnels », me précisait cette écologue en novembre dernier.
 
© Kramkom - Fotolia.com

   Elle a également démontré que cette « autosuffisance » en abeilles existe dans 90 % des petites exploitations de melons du New Jersey et de Pennsylvanie grâce aux pollinisateurs sauvages locaux[1] - la faible intensivité de ces exploitations et le maintien des haies, des bosquets et des friches fleuries, expliquent certainement ce résultat. Conclusion : « Les plantations d’amandiers californiens pourraient se passer en grande partie des colonies d’abeilles d’élevage si l’espace agricole était mieux géré. Ainsi, ce système, très artificiel, est aujourd’hui clairement menacé par le déclin des colonies d’abeilles domestiques. »



LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Rachael Winfree et al. (2007) “Native bees provide insurance against ongoing honey bee losses”, Ecology Letters, 10: 1105–1113.

Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:02
Recourir aux pollinisateurs sauvages

   La démonstration de Claire Kremen à l'Université californienne de Berkeley est implacable. Mais la solution esquissée – recourir aux pollinisateurs sauvages – mérite qu’on y réfléchisse à deux fois. Cette approche est d’autant plus en vogue parmi les spécialistes de l’abeille que plusieurs quantifications récentes tendent à relativiser les performances de pollinisation d’A. mellifera jugées jusqu’ici mirifiques, comme nous le racontons dans L’étrange silence des abeilles.

 © Elfronto / Picasa album

  En vérité, notre abeille mellifère ne serait pas la mieux taillée pour le job ! Ne serait-ce parce qu’elle a tendance à confisquer trop de grains de pollen récoltés en les agglutinant avec du nectar dans les corbeilles de ses deux pattes arrières pour nourrir le reste de sa colonie[1]. Un précieux butin dont elle prive du même coup les plantes femelles. Trop efficace dans sa récolte, en somme ! Alors que la plupart de ses cousines sauvages constellent la toison soyeuse de tout leur corps de grains de pollen sans pouvoir les fixer aussi efficacement.

   En outre, l’espèce d’élevage ne peut butiner qu’avec une température extérieure supérieure à 12°C, alors que les bourdons peuvent sortir dès 7°C. Bref ! A. mellifera, cette excellente butineuse, n’est donc pas la Rolls de la pollinisation que l’on croyait...

Les bourdons, ici sur du romarin dans les garrigues de l'Hérault, sortent butiner à partir de 7°C. Ils sont alors plus précoces que la plupart des abeilles (© V. Tardieu).

   Et Claire Kremen n’est pas la seule à suggérer le recours à ses parentes sauvages. Dans son dernier rapport, publié fin juin, le Groupe de travail américain sur le  CCD (Colony collapse disorder ou syndrome d’effondrement de colonie)[2] glisse à son tour que le NRAES (Natural Resource, Agriculture and Engineering Service, une organisation inter-universitaire) a édité en début d’année un fascicule à destination des apiculteurs, des naturalistes et des agriculteurs[3]. Rédigé par des chercheurs de l’Université du Minnesota et du programme de conservation des pollinisateurs de la Société Xerces,  il s’agit en fait d’un guide pour élever des bourdons et diverses abeilles Mégachile.

   Dans l’impasse angoissante dans laquelle se débattent apiculteurs et agriculteurs, certains considèrent aujourd’hui les abeilles sauvages comme une alternative, voire LA solution au problème du CCD. C’est nettement l’approche d’une équipe du Michigan qui vient d’achever trois années d’étude dans quinze fermes afin d’identifier les communautés de pollinisateurs associées aux cultures de myrtilles dans cet État du Middle West. « Le piégeage et l’observation nous ont permis d’identifier au moins 166 espèces d’insectes (30 genres et 5 familles) sur cette culture dont 112 les pollinisent activement. La plupart des abeilles présentes sont des espèces solitaires nichant au sol ou dans des cavités », précisent Julianna K. Tuell et ses collègues[4]. Et ces abeilles sauvages n’étant « pas affectées par le désordre d'effondrement des colonies (CCD), elles pourraient servir d’alternative aux abeilles d’élevage. » écrivent ces chercheurs dans un communiqué du 24 mars 2009 de la Société entomologique d’Amérique (ESA)[5]. D’ailleurs, en confectionnant à leur intention des niches artificielles en roseau ou en bambou, les cultivateurs devraient pouvoir les contrôler, au moins pour les espèces vivant dans des cavités, estime Julianna K. Tuell. Laquelle pointe qu’au-delà des myrtilles, plusieurs espèces d’abeilles relevées dans leur étude visitent également des cerisiers, des pommiers et les cultures de canneberges. Voilà de quoi prendre au sérieux une telle alternative dans ce contexte d’effondrement des colonies.


LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Hargreaves A. et al. (2009)  Biol. Rev., 84, 259–276.
[2] CCD Steering Committee, “Colony Collapse Disorder”. Progress Report. June 2009.
[3] NRAES “Managing alternative pollinators: a handbook for beekeepers, growers, and conservationists”, 2009.
[4] Tuell J. K. et al (2009), “Wild bees (Hymenoptera: Apoidea: Anthophila) of the Michigan Highbush blueberry agroecosystem”, Ann. Entomol. Soc. Am. 102(2): 275-287.
[5]
Entomological Society of America “Wild bees can be effective pollinators”, communiqué de presse du 24 mars 2009, PRLog.Org.
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:01
Les espèces sauvages sont-elles moins menacées que l'abeille d'élevage ?

   Il est très séduisant d’imaginer un système agricole « naturel », dont la reproduction est l’œuvre des seuls pollinisateurs sauvages. Encore faut-il s’assurer que ces espèces échappent non seulement au CCD, mais au déclin global des colonies d’élevage. Et notamment à leurs causes.

   Sans doute, ces abeilles ne constituent-elles pas la cible privilégiée des pires pathogènes d’A. mellifera (Varroa destructor et Nosema ceranae), mais il reste à prouver que les abeilles sauvages évitent également les intoxications par pesticides qui sont largement diffusés dans l’espace rural. D’autant que leur aire de butinage étant bien plus modeste que celle de notre abeille d’élevage, ces espèces auront du mal à échapper à un champ arrosé de pesticides ou à une zone contaminés. On peut admettre toutefois qu’étant solitaires pour l’essentiel, ces abeilles n’accumulent pas ou peu de pollen ni de nectar (miel) pollués dans leur nid, ce qui suffit à les rendre moins vulnérables aux intoxications par ingestion. Mais cela demande à être vérifié.
                                                                       © V. Tardieu

   On peut d’ores et déjà noter que les quelques suivis à long terme des insectes, aux États-Unis (par le National Research Council[1]) comme en Europe (par Jacobus Biesmeijer[2]), attestent d’une réduction dans le paysage rural actuel de la taille des populations d’abeille sauvages, en particulier de certaines espèces d’apoïdes spécialisées. Ceci s’explique par la place très particulière qu’occupent les abeilles dans les réseaux écologiques (trophiques) à l’œuvre dans ces agrosystèmes.

   Dans cette dernière étude, Jacobus Biesmeijer et ses collègues montrent l’appauvrissement de la richesse biologique des populations d’abeilles sauvages – de 30 à 60 % en nombre d’espèces. Cela dans 52 % des zones étudiées en Grande-Bretagne et dans environ 67 % des sites en Hollande. « Plusieurs de ces espèces peu communes [souvent spécialisées pour un habitat ou une ressource alimentaire donnés] sont devenues aujourd’hui si rares qu’elles auront probablement disparu dans les prochaines décennies », prédit cet écologue néerlandais travaillant à l’université anglaise de Leeds.

   En croisant les relevés entomologiques historiques avec les inventaires botaniques réalisés dans ces deux pays, son équipe a pu constater deux évolutions parallèles chez les pollinisateurs et les plantes à fleurs qui dépendent d’eux pour se reproduire : au Royaume-Uni, 75 espèces de plantes sauvages pollinisées par les insectes ont régressé tandis que 30 espèces fertilisées grâce au vent ou à l’eau ont gagné du terrain. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que la nature a horreur du vide : la régression des uns profite à d’autres. Et, comme dans l’histoire de la poule et de l’œuf, entre plante et pollinisateur, on ne peut dire lequel des deux a, le premier, entamé sa chute et entraîné celle de l’autre.
         
                                                                                                                                     © F. Zehar

LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Committee on the Status of Pollinators in North America, National Research Council (2006), “Status of pollinators in North America”, Washington. ISBN: 0-309-66642-2, 396 pages, 6 x 9.
[2] Biesmeijer JG et al. (2006) “Parallel declines in pollinators and insect-pollinated plants in Britain and the Netherlands”, Science, 313 : 351-354.

Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:00
Des espèces sauvages déjà exploitées pour l'agriculture

   Première postulante au titre de meilleure pollinisatrice d’Amérique : Osmia lignaria, l’abeille maçonne de la famille des Mégachiles, très commune en Amérique du Nord. Étudiée depuis dix ans par le laboratoire de biologie de l'insecte de l'USDA, à l'Université d’État de l’Utah (Logan), cette abeille est une pollinisatrice incroyablement efficace pour de nombreux fruitiers (amandiers, pêchers, pruniers, cerisiers, pommiers...). Selon James Cane de l’USDA de l’Utah, sur un seul acre (un demi-hectare) de verger 2 000 O. lignaria feront le boulot de 100 000 abeilles mellifères[1]... Et en 2009, 120 hectares d’amandiers ont d’ailleurs été confiés à près d’un million d’abeilles maçonnes en Californie. Rappelons toutefois que ce chantier de la pollinisation des amandiers court sur 267 000 hectares dans ce seul État...

   Même « succès » relatif avec Osmia aglaia, une autre Mégachile de la côte ouest du pays bien meilleure pollinisatrice pour les framboises et les mûres - deux cultures qui rapportent quelque 200 millions de dollars au total chaque année aux USA - que notre abeille mellifère. L’équipe de James Cane a mis au point un nid bon marché et réutilisable pour cette espèce, à destination des agriculteurs. Et, en 2007, dans l’Oregon les populations nicheuses d’O. aglaia ont pu atteindre un effectif de 10 000 abeilles. Ce qui reste néanmoins dérisoire par rapport à l’effectif d’une seule colonie d’A. mellifera comprenant deux fois plus de butineuses au début de l’été !
Osmia lignaria femelle © Stephanie Kolski et Natalie Allen / Discover Life
 
    Bien d’autres espèces d’abeilles et de bourdons sont déjà mis à contribution pour polliniser de nombreuses cultures, aux États-Unis comme en Europe : Nomia melanderi de la famille des Halictes et diverses Mégachiles sur les cultures  de luzerne - ces espèces contribuent à la production annuelle de près de 2 000 tonnes de graines de cette légumineuse dont on nourrit le bétail. Or,  A. mellifera a du mal à visiter les fleurs fermées de la luzerne.

   Diverses mouches et syrphes sont également utilisées par les agriculteurs pour polliniser les fleurs de carottes ou des plantes aromatiques que la forme et la taille des fleurs rendent peu pollinisables ou attractives pour l’abeille mellifère. De même, depuis 1989 on a recours régulièrement à cinq espèces de bourdons, notamment en Europe, pour fertiliser certains fruitiers et surtout des tomates sous serre (40 000 hectares en 2004), dont les fleurs présentent là encore des caractéristiques particulières[2].



LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE?
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D’ABEILLES.



[1] Mims C., “Plan Bee: as honey bees die out, will other species take their place ?”, Scientific American, 31 mars 2009.
[2]
L’ouverture des anthères – les sacs qui contiennent les grains de pollen – de ces fleurs est inversée et le pollinisateur doit les faire vibrer à haute fréquence pour qu’elles libèrent leur pollen. Accrochés à elles, tête en bas, les bourdons émettent alors un son très caractéristique pour obtenir un paquet de pollen sur le ventre. Ils recommencent plusieurs fois la manœuvre pour récupérer de nouveaux paquets.
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 15:59
La substitution entre espèces est-elle si pertinente ?

   Aujourd’hui quelques chercheurs poussent le bouchon plus loin encore en assurant, tels les bioéconomistes argentin Marcello Aizen et canadien Lawrence Harder, que « les abeilles mellifères sont des espèces envahissantes dans pratiquement toutes les zones où elles ont été introduites ; elles volent généralement le pollen des espèces de plante autochtone sans les polliniser ou, tout en les pollinisant sans grande efficacité, elles réduisent leur production de graines »[1]... Bigre !
Écologiquement illégitime et agronomiquement nulle,  Apis mellifera ne serait plus cette frêle victime à défendre, mais plutôt une espèce nuisible à éliminer. Quel retournement de situation !

                                                                                                                       © Framboise / Picasa album

   Il reste que même si l’on décidait que les abeilles sauvages sont la relève des colonies mellifères du futur, contrairement à l’espoir que forment ces différents chercheurs, ces espèces semi-domestiquées demeureront « incontrôlables » par les cultivateurs – A. mellifera est déjà si peu domestiquée...

   Et pour intéressantes que soient leurs contributions à la pollinisation agricole, elles représentent une goutte d’eau par rapport à la diversité des cultures visitées par l’abeille mellifère. Surtout, contrairement à la rumeur, ces élevages ne sont pas prêts de décoller rapidement. La raison? Leur reproduction. Revenons à l’exemple d’Osmia lignaria : l’espèce présente un sérieux handicap pour l’apiculture, car étant une espèce solitaire les éleveurs auront du mal à accroître sa population au-delà d’un facteur huit en un an, là où une reine d’A. mellifera peut transformer en quelques mois une ruche de quelques douzaines d’ouvrières en une colonie de 20 000 butineuses !
Et il n’est pas bien sûr que l’on parvienne à en produire suffisamment à un coût raisonnable. D’ailleurs, même James Canes, l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du genre, ne croit guère à son destin national : « Le nombre d’O. lignaria dont un cultivateur a besoin – au moins 500 par acre (un demi-hectare) -  est tel qu’elle ne remplacera jamais l’abeille mellifère ! »

   Sans compter que ne produisant pas de miel, l’abeille maçonne ne doit compter que sur la pollinisation pour faire le bonheur de son berger.

   Ainsi, en résumé, on peut dire qu’A. mellifera n’est peut-être pas la plus apte à disperser la précieuse semence mâle (le pollen) sur les fleurs femelles, mais elle a pour elle trois atouts clés pour l’agriculture et la reproduction de la diversité végétale : la force du nombre, le généralisme (diversité des plantes et des arbres visités), et la persévérance dans son travail de butinage.


LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Aizen M. A. et Harder L. D. (2009) "The global stock of domesticated honey bees is growing slower than agricultural demand for pollination." Current Biology, 19 (sous presse).
Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article
19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 15:58
Complémentaires, il faut préserver toutes les sortes d'abeilles.

   On l’a vu, le service de la pollinisation dispensé par les apoïdes sauvages est précieux, indispensable même, mais trop aléatoire. Ce qui n’est guère compatible avec le modèle actuel de production commerciale qui, pour la pollinisation, exige la mobilisation rapide d’un très grand nombre de butineuses à la fois.

   Aussi, à moins de tourner le dos aux modèles industriels de production alimentaire – il faut alors l’annoncer clairement et savoir qui y est prêt... -, pour sortir de cette crise nous devons plutôt parier sur le maintien des deux populations d’abeilles dans notre environnement. Les abeilles sauvages comme d’élevage, sans jouer les unes contre les autres. Car, comme nous le précisons dans notre livre L’étrange silence des abeilles, chacune joue sa partition, un rôle complémentaire (en pollinisant des plantes différentes) et parfois additionnel, en pollinisant de concert les mêmes plantes, ce qui améliore leur fécondation.

© Patrick Bonnor - Fotolia.com

   Voilà pourquoi l’action conjuguée des deux types d’abeilles demeurent bien la meilleure garantie offerte aux cultivateurs d’obtenir de bons rendements et des produits de qualité d’une façon durable. Pour l’amandier comme pour les myrtilles, pour les melons comme pour les pommiers. Et la façon la plus sûre de conserver ces précieux « auxiliaires des cultures », sauvages ou d’élevage, est encore de multiplier les habitats semi-naturels, les sources de nourritures, leurs sites de pontes et de nids. C’est d’ailleurs ce à quoi s’atèle Claire Kremen de Berkeley depuis 2006 dans la Vallée Centrale, avec une série de tests sur d’autres types d’aménagements agronomiques et de cultures mellifères. Il reste que cette approche est plus exigeante écologiquement et économiquement que la simple substitution d’une catégorie d’insectes par une autre...

   Pas de doute : face à l’agriculture intensive, toutes les abeilles sont bien dans la même galère !


LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.

(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?


Repost 0
Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
commenter cet article

Liens