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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:56
Le rôle du micro champignon Nosema ceranae demeure incertain

   Dans ce pré-rapport de bilan des études sur le CCD américain, les équipes de l’Université du Nebraska, de l’USDA du Texas et du Maryland ainsi que par l’Université d’État de Washington (WSU) confirment la forte présence du micro champignon Nosema ceranae en terre yankee. Son étendue géographique - du Middle West à l’État de Washington, à l'extrême nord-ouest du pays – n’a d’égal que son développement très élevé dans plusieurs colonies où les chercheurs ont relevé plus d’un million de spores par abeille.


   Identifié en 2005 par l'équipe de l'Espagnol Mariano Higes, coordinateur du Centre apicole régional des communautés  de la Castille et de la Manche, cette espèce de microsporidie peut être fatale pour l'abeille [1]. Ses spores parviennent, en effet, à envahir l’intestin de notre abeille d’élevage et entraînent des lésions irréversibles des cellules épithéliales du ventricule, dans l’intestin moyen de l’abeille. Des bouleversements métaboliques aussi, comme l’altération des acides gras de l'hémolymphe (sang) de l'abeille et, au niveau du cerveau, la réduction des glandes hypopharyngiennes [2].

 

Vues microscopique des cellules épithéliales du ventricule, dans l’intestin moyen de l’abeille, au 7ème jour de leur parasitage par le micro champignon Nosema apis (A) et par l’espèce N. ceranae (B). Difficile à discerner, même par les spécialistes ! Cette dernière espèce dévelope toutefois une plus grande proportion de cellules au stade immature (en rose) que matures (en rouge) que N. apis. Une confirmation par technique génétique, par PCR, est toutefois requise (Martín-Hernandez et al. 2009).


    Il y a quelques jours, l'équipe espagnole montrait dans une nouvelle étude [3] que ce micro champignon résiste à tout ou presque. À la sécheresse comme à des températures élevées (jusqu'à 60 °C durant six heures), ou au froid, puisqu'à 4°C ses spores demeurent viables. Ce qui n'est pas le cas de l'espèce apparentée Nosema apis. Increvable ceranae ? Sa bonne « thermotolérance » explique en tout cas sa prolifération et son maintien dans les ruchers durant toute l'année. En outre, 60°C est souvent la température à laquelle l'apiculteur fond la cire de ses vieux cadres pour la récupérer et faire des amorces de nouveaux cadres. Or, vu la thermotolérance de N. ceranae, il est à craindre, soulignent les auteurs de cette étude, que des microsporidies réinfectent de nouvelles colonies...

 

   Il n’empêche, alors que ce parasite a décimé un grand nombre de ruchers en Espagne,  il semble qu’aux États-Unis ce micro champignon n'est pas systématiquement associé aux pertes d'abeilles. Sur les colonies échantillonnées en 2007 [4], N. ceranae n’a été retrouvé que dans la moitié environ des échantillons d’abeilles prélevées, autant dans les ruchers « sains » (témoins) que dans ceux frappés par le CCD, et cela dans des proportions très variables. Aussi, le groupe d’étude sur le CCD demeure divisé sur la responsabilité de ce parasite dans les effondrements de colonies. Tout comme leurs collègues français. Je vous renvoie, une fois encore, à la lecture de L'étrange silence des abeilles pour mieux comprendre l'importance de ce micro parasite et des mystères qui l'entoure...


Demain 11 septembre, la suite : L’acarien Varroa destructor n’est pas le tueur unique


LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(8) DES  CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1]  Son faux jumeau, l’espèce Nosema apis, largement répandue en Europe est, elle, rarement mortelle, mais elle peut provoquer de sévères dysenteries chez l’abeille.

[2] Les glandes hypopharyngiennes ont pour fonction principale de produire et de sécréter la partie protéinique de la gelée royale (l'autre partie étant fournie par les glandes mandibulaires et les glandes salivaires céphaliques), à partir de la digestion partielle du pollen et du miel.

[3] S. Fenoy et al. (2009), “High resistance of Nosema ceranae, a parasite of honeybee, to temperature and desiccation”, Appl. Environ. Microbiol. (sous presse).

[4] vanEngelsdorp D et al. (2009) op. cit.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:55
L’acarien Varroa destructor n’est pas le tueur unique
 

   On le savait depuis longtemps, l’acarien Varroa destructor est une vraie plaie pour les ruchers d’Amérique comme d’Europe. Introduit sur le Vieux continent puis les deux Amérique depuis l'Asie entre les années 1950 et 80, cet acarien de la taille d'une tête d'épingle, qui parasitent les larves des colonies, provoque plusieurs malformations visibles à l'œil nu, notamment des ailes, chez la jeune abeille. Se nourrissant de son sang (l'hémolymphe), il entraîne aussi une réduction de ses réserves de graisse et de la concentration en protéines de son sang, affaiblissant ainsi son système immunitaire et sa capacité à résister aux maladies, aux contaminants et aux stress. Pire, il peut aussi, comme nous l'avons déjà évoqué, lui transmettre une série de virus. Charmant mini vampire !


                                      Un varroa sur une larve d'abeille

 

Aux États-Unis, s'il a envahi un grand nombre d’exploitations apicoles, sa présence n’a toutefois été retrouvée que dans la moitié environ des colonies décimées par le CCD.  Il ne permet donc pas d’expliquer, à lui seul, l’hécatombe et les disparitions d’abeilles d’élevage qui frappent un tiers à un quart du cheptel américain chaque hiver depuis 2005 (lire notre encadré). À moins, ajoutent prudemment les auteurs de l’étude conduite sur des colonies de 2007, que des traitements par acaricide aient été effectués avant les prélèvements scientifiques dans ces ruches : dans ce cas, ils auraient pu masquer une forte invasion initiale de varroas et son impact sanitaire radical...

 

   Cette présence relativement faible de l’acarien au moment où les apiculteurs ont découvert leurs ruches effondrées (CCD), de même que l'absence ou le peu de spores de Nosema ceranae à l'intérieur, devrait d’ailleurs compléter, selon ces même chercheurs, la caractérisation du CCD. Initialement, ce syndrome a été décrit en 2007 comme vidant brutalement les colonies de la plupart de leurs ouvrières, alors même que l'on retrouve encore la reine à l'intérieur, de même que le couvain et des provisions de miel presque intacts. Ce critère supplémentaire permettrait ainsi de distinguer les épisodes de CCD des mortalités plus communes dues aux varroas ou à d’autres pathogènes ordinaires.


                    Grâce à des ventouses, l'acarien s'accroche à l'abeille ! © Scott Bauer ARS/USDA

 

 

Demain 12 septembre, la suite : Des résidus de pesticides aussi nombreux que variés

 

LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(8) DES  CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:54
Des résidus de pesticides aussi nombreux que variés

   Un temps minimisée par le groupe de travail américain sur le CCD, la responsabilité des pesticides s’est précisée au fil des études. Et plusieurs scientifiques ont révisé leur opinion. C’est que l’importance et la diversité des toxiques chimiques retrouvés au sein des ruches américaines sont impressionnantes. « Sur les 108 échantillons de pollens analysés, 46 pesticides différents ont été identifiés. Nous avons même trouvé 17 molécules dans un seul échantillon de pollen provenant d'une colonie et 24 pesticides dans un seul échantillon d’abeilles ! indiquait en novembre 2008 Maryann Frazier de l’Université de Pennsylvanie qui a identifié des résidus de 73 molécules et 9 de leurs métabolites (produits de leur transformation) dans des pollens, de la cire, du miel et des abeilles de nombreux ruchers [1].

 

Types de pesticides identifiés dans 108 échantillons de pollen prélevés en 2007. (Frazier et al. 2008)

 

   Plus spectaculaires encore sont les résultats de Jerry Bromenshenk de l’Université du Montana et ses collègues travaillant pour la Défense : ils assurent, dans ce pré-rapport du groupe de travail sur le CCD, avoir identifié pas moins de... 400 molécules chimiques différentes au sein des ruches américaines ! Des pesticides agricoles comme les fameux systémiques (Poncho et Gaucho) ou divers fongicides, mais aussi, en fortes concentrations, des  insecticides utilisés par les apiculteurs contre le varroa et d’autres parasites de l’abeille. L’équipe de May Berenbaum de l’Université de l’Illinois précise dans ce même rapport d'étape que l’accumulation de deux acaricides (le tau-fluvalinate et le coumaphos) dans les cires pourraient fort bien bloquer chez l’abeille l’action de détoxification d’enzymes contre divers autres insecticides. Serait-ce l'explication des résultats de l'équipe de May Berenbaum, qui  n'a pas observé d'activation particulière des gènes de détoxification d'abeilles malades du CCD ?

 

   L’analyse récente des résidus de pesticides, effectuée dans les ruches de 2007  par le groupe de chercheurs américains et belges [2], confirme cet environnement relativement toxique dans lequel vivent nos abeilles : 50 molécules différentes et leurs métabolites ont été ainsi identifiés par eux dans 70 échantillons de cire, 20 molécules dans 18 échantillons de pain d’abeille (pollen frais agglomérés avec du nectar, du miel et des enzymes par les abeilles pour nourrir la colonie), 5 molécules dans 24 échantillons de couvain, et 28 molécules dans 16 abeilles adultes testées. Les auteurs précisent toutefois qu’« il n’y avait pas de différences sur le nombre moyen de pesticides détectés dans les cires [pas plus que dans le pain d’abeille, le couvain ou les abeilles adultes] issues des colonies des ruchers touchées par le CCD et des colonies des ruchers de contrôle. »

 

   Seule différence notable : l’insecticide agricole de la famille des pyréthrinoïdes (l’Esfenvalerate ou Asana XL) a été retrouvé dans 32 % des colonies de contrôle (saines) contre... 5 % seulement chez celles qui ont été frappées par le CCD. Même différence pour l’acaricide coumaphos aux dépens des colonies saines. Curieux, alors qu’on attendait l’inverse ! Est-ce à dire, comme le suggèrent les auteurs de cette étude, que ce résultat est le signe, sinon la preuve, que les pesticides ne sont pas la cause du CCD ? Du fait d’un impact plus subtil sur l’immunité des abeilles qui absorbent parfois ces contaminants à faibles doses dans le nectar et le pollen jour après jour, comme nous le montrons dans notre livre, il est tout de même plausible que ces résidus ont une action négative sur ces insectes. Mais laquelle et de quelles manières ? Sans doute n’impactent-ils pas seuls les colonies et combinent-ils leurs effets avec certains parasites. Nous détaillons dans L’étrange silence des abeilles plusieurs mécanismes très surprenants et parfaitement imprévisibles mis en évidence par plusieurs équipes, dont celle de Luc Belzunce à l’INRA d’Avignon (effets de synergie et de potentialisation entre molécules, effet des faibles doses, mécanisme d’action de type hormonaux...).

 

On teste en laboratoire (dans des tunnels avec des obstacles ou des repères visuels) l'orientation des abeilles exposées à des contaminants (© J. Tautz, tirée du livre "L'étonnante abeille", de boeck éditeur).

 

   Le 29 juillet dernier, Steve Sheppard du Centre de recherche agricole de l’Université d’État de Washington (WSU) rapportait également avoir trouvé d’« assez hauts niveaux de résidus de pesticide » (en particulier d’acaricides) dans les cires des cadres de ruches examinées [3]. Et « les abeilles élevées dans ces ruches [contaminées] ont eu une durée de vie réduite » ajoutait-il, avant de recommander aux éleveurs américains de changer leurs cadres de ruches plus souvent, au moins tous les trois ans. Plusieurs équipes sont encore en train d’évaluer la toxicité de ces acaricides anti-varroa. Ces résultats rappellent, là encore, ceux qui ont été obtenus à plusieurs reprises dans les ruches françaises. Ils confirment qu’il y a bien lieu de revoir les pratiques phytosanitaires apicoles aux États-Unis comme en Europe. Et pour cela d’apporter aux éleveurs des alternatives chimiques à la fois moins toxiques et plus efficaces.

 

   Effet collatéral de cette « guerre contre les pesticides » menée par les mouvements apicoles de part et d'autre de l'Atlantique, on a le sentiment que de nombreuses équipes de recherche et groupements professionnels ont pris la mesure des dégâts causés dans les ruchers du monde par l’acarien Varroa destructor et de l'urgence à se mobiliser contre lui. Ainsi, un groupe du département d’État de l’agriculture (USDA) de Baton Rouge, en Louisiane, conduit par Tom Rinderer, est parti il y a une quinzaine d’années pour la Sibérie à la recherche de lignées d’abeilles locales tolérantes à cet acarien. Ayant identifié puis sélectionné une lignée résistante, il a diffusé des abeilles hybrides russo-américaines aux USA avec un relatif succès. Bien d’autres équipes universitaires tentent aujourd'hui d’isoler des gènes de tolérance à cet acarien (mais aussi à certains virus ou à Nosema ceranae)  et de les intégrer au génome des lignées d’abeilles mellifères performantes pour leur production de miel ou leur rusticité.


   Certains privilégient la lutte biologique, comme je le détaille dans mon livre. Aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni ou en Nouvelle-, plusieurs équipes s'efforcent ainsi de sélectioner un parasite de l’acarien - la plupart du temps une souche du champignon Beauvaria bassiana. C'est cette piste que présentera, le 15 septembre prochain à Montpellier, la branche languedocienne du Centre national du développement apicole (ADAPRO-LR)Enfin, comme l'indique ce nouveau rapport,  un groupe texan de Weslaco (USDA) teste avec différents industriels des méthodes de rotation d’acaricides pour retarder les résistances du varroa au sein des ruchers. Par ailleurs, un autre laboratoire de l’USDA, celui de Peter Teal à Gainesville (Floride), s’efforce actuellement de trouver un procédé de lutte non chimique, cette fois par piégeage, contre un autre parasite de l’abeille : le petit coléoptère qui fait, aux États-Unis, de gros dégât dans les ruchers.


Demain 13 septembre, la suite :
Combinaisons explosives !

LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(8) DES  CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1] Melissa Beattie-Moss, “Colonies in collapse: What's causing massive honeybee die-offs?”, Research Penn State (magazine en ligne), 10 novembre 2008.

[2] vanEngelsdorp D et al. (2009) op. cit.

[3] “Scientists untangle multiple causes of bee colony disorder”, Environment News Service, ProMED (International Society  for Infectious Diseases), 29 juillet 2009.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:53
Combinaisons explosives !

   Les très nombreux résidus de pesticides découverts à l'ombre des ruches ne permettent pas d'expliquer partout et à eux seuls les effondrements de colonies observés à l’échelle des États-Unis. Pas plus en France d’ailleurs ou dans le reste de l’Europe. Responsables mais pas seuls coupables ? De même que Varroa destructor, Nosema ceranae ou les nombreux virus de l’abeille, retrouvés en quantité très variable aussi bien dans les ruches malades (CCD) que saines (témoins) ? 

                                                                                                                     © Arehn / Picasa Album

   « Comme toutes études descriptives, nous ne pouvons tirer aucune conclusion définitive concernant les facteurs qui contribuent ou pas, ou causent le CCD, concluent en août les auteurs de l’étude des colonies de 2007 [1]. Toutefois nos résultats nous permettent de dresser plusieurs constats (...) Alors que nous n’avons pas retrouvé un agent pathogène unique dans toutes les colonies frappées par le CCD, et bien que les abeilles issues de colonies à CCD étaient infectées par plus de pathogènes que leurs comparses provenant de colonies saines (témoin), nous suspectons que ces infections pouvant causer les symptômes d’effondrement sont ici secondaires et [que le CCD] résultent d’autres facteurs ou d’une combinaison de facteurs qui réduit la capacité des abeilles à contrôler ces agents pathogènes. » En clair, il n'y a pas un seul tueur d'abeilles, mais une bande de scélérats qui agissent de concert ! À l’appui de leur hypothèse qui s'impose aujourd'hui dans la plupart des laboratoires occidentaux, ces chercheurs notent que les colonies des ruchers frappés par le CCD en 2007 présentaient 2,6 fois plus de co-infections (par quatre virus ou plus, et les microsporidies Nosema ceranae) que celles des ruchers témoin.


L'acarien Varroa destructor © M.E.B de G.Chauvin


                                   Le micro champignon Nosema (ici,N. apis)

   C’est à présent évident : ce sont des synergies, parfois subtiles, entre plusieurs facteurs délétères pour la santé des pollinisateurs qui explique ce dépérissement. Et le déclin des abeilles d’élevage semble bel et bien découler des combinaisons entre certains pesticides, les parasites Varroa destructor et Nosema ceranae, voire certaines conduites apicoles comme les migrations intensives aux USA. À moins qu'il s'agisse de l'action conjuguée du varroa et des virus de l'abeille, comme nous l'assure l'équipe de May Berenbaum dans son entretien.

 

   Sur les pratiques dites intensives d'une certaine apiculture, disons deux mots. Jeff Pettis de l’USDA du Maryland et son collègue de Pennsylvanie, Dave vanEngelsdorp, confirment dans ce nouveau rapport d'étape les données que nous publions dans L’étrange silence des abeilles sur le stress des abeilles lors des transports de colonies pour remplir des contrats de pollinisation. À savoir que le couvain (rayons où se développent les larves d’abeilles) des colonies empilées sur des semi-remorques et voyageant entre la Californie et la Floride présente une élévation de leur température de 2 à 3 °C. Et leur mortalité est dix fois supérieure (jusqu’à 30 % de pertes) à celle des colonies restées en Californie.

 

   Précisons enfin que les combinaisons entre facteurs délétères pour l’abeille évoluent selon les ruchers, les années et les saisons. Ils se conjuguent également avec des processus d’amplification ou de contrôle des maladies et des intoxication, encore mal étudiés et compris,  mais spécifiques aux colonies d’insectes sociaux.  Inutile dans ces conditions de vouloir attribuer à un seul scénario des pertes de nature fort diverses. Je vous renvoie à notre ouvrage pour mieux comprendre l’ensemble de ces mécanismes très étonnants.


Demain 14 septembre, la suite : Des carences nutritionnelles inquiétantes

 

LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(8) DES  CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1] vanEngelsdorp D et al. (2009) op. cit.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:52
Des carences nutritionnelles inquiétantes

   La qualité, la richesse et la diversité de l’alimentation des abeilles jouent un rôle primordial pour leur santé. On savait déjà, par exemple, que le pollen riche en protéines aide les colonies à lutter contre les pathogènes. May Berenbaum de l’Université de l’Illinois montre à présent, dans ce rapport préliminaire du groupe de travail sur le CCD, qu’il existe dans le pollen, le miel et la propolis [1], des enzymes comme des flavanols (quercetine) permettant d’améliorer la tolérance des abeilles à l’égard de certains acaricides. Or ces composés sont absents des compléments alimentaires apportés aux colonies par les apiculteurs commerciaux, notamment pour les préparer à polliniser les amandiers en Californie dès le mois de février.

 

(© V. Tardieu)

Afin d'améliorer les performances de leur cheptel apicole, pour remplir les contrats de pollinisation signés avec des cultivateurs ou simplement pour aider une colonie à passer l'hiver, les éleveurs d'abeilles apportent régulièrement des compléments alimentaires et notamment du pollen, sources de protéines. Ici, il s'agit d'une réserve de pollen prélevée au sein de ruches fortes. Mais souvent ces compléments alimentaires sont manufacturés et n'apportent pas les mêmes bénéfices nutritionnels à l'abeille, voire transmettent certains virus.


   De son côté, Rufus Isaacs de l’Université d’État du Michigan, a sélectionné 29 espèces de plantes pérennes de l’espace rural très attractives pour l’abeille. Ces végétaux sont donc à préserver si l'on veut améliorer la santé des colonies et maintenir des populations d’abeilles sauvages indispensables pour polliniser les cultures et la flore naturelle. En France, le Réseau biodiversité pour les abeilles [2], animé par l’apiculteur Philippe Lecompte en Champagne, vise également à « améliorer le bol alimentaire des pollinisateurs». Pour cela, son réseau soutenu par l’industriel BASF développe des jachères apicoles plantées d’espèces visitées par les hyménoptères, en premier lieu dans les zones de grandes cultures comme la Beauce ou la Champagne-Ardenne. Si Philippe Lecompte table sur un potentiel de plus de 2 millions d’hectares dans l’Hexagone (jachère agricole, bord de rivières et de routes, espaces verts des villes...), en 2007  les surfaces de jachères apicoles ne dépassaient par 1 000 hectares, répartis dans 41 départements. On reste donc bien loin du compte ! Or, dans le même temps, les surfaces cultivées avec certaines plantes visitées par les abeilles (luzerne et tournesol) sont en nette régression dans l’Hexagone... – lire notre encadré.

 

   D’une façon globale, plusieurs études conduites en France et aux États-Unis (notamment par Claire Kremen à l’Université de Berkeley en Californie) attestent que le maintien des haies, des bosquets et des friches agricoles demeure le meilleur moyen de préserver le cortège des pollinisateurs sauvages et d’élevage dans le paysage rural. Après avoir analysé 54 études scientifiques publiées entre 1945 et 2007,  un groupe de chercheurs américano-argentins vient toutefois d’indiquer [3] que « le seul type de perturbation montrant un effet négatif significatif, la perte d’habitat et  sa fragmentation, est significatif uniquement dans le cas où il resterait très peu d’habitats naturels au sein de l’écosystème considéré. En conséquence de quoi, il serait très prématuré de conclure que c’est la perte d’habitats [pour les abeilles] qui a causé le déclin global des pollinisateurs ».

 

   En d’autres termes, et comme nous le montrons dans L’étrange silence des abeilles, jusqu’à un certain niveau de perturbations, les changements écologiques dans le paysage rural n’engendrent pas d’effets négatifs perceptibles sur l’abondance et la diversité des espèces d’abeilles. Mieux, certaines fragmentations et ouvertures des milieux forestiers ont multiplié et diversifié les micro-habitats ainsi que les ressources des pollinisateurs.  Tout est, une fois de plus, une question de mesure : si la disparition des espaces fleuris (haies, friches, bords de champs et de rivières, bosquets...) est totale et les monocultures courent à perte d’horizon, les abeilles déclineront rapidement. Et en premier lieu, semble-t-il d’après les auteurs de cette étude américano-argentine, les abeilles sociales comme Apis mellifera ou les petites mélipones tropicales qui nichent dans les arbres.


Demain 15 septembre, la fin de notre série :
 Un marqueur du CCD bien étonnant !

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(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1] La propolis est fabriquée par les ouvrières à partir d’une résine collectée par les butineuses sur les bourgeons de certains arbres. Elle sert de mortier pour la ruche et de désinfectant aux abeilles. Ses diverses propriétés pharmacologiques sont utiles à l’homme.

[2] http://www.jacheres-apicoles.fr/index/

[3] Winfree R. et al (2009), “A meta-analysis of bees’ responses to anthropogenic disturbance” Ecology, 90 (8),  pp. 2068–2076.

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 08:00
 Un marqueur du CCD bien étonnant !

   Au terme de ce qui ressemble furieusement à un empilement d'abstracts - des résumés de publications scientifiques - , le groupe de travail sur le CCD n'a pas mis (pas encore ?) en perspective ses avancées réelles. Dommage ! Notons, tout de même, ce résultat inédit sur les indicateurs du fameux CCD.
 
 
   Un marqueur du CCD, plutôt insolite. Les sons émis par les abeilles changeraient, en effet, lors d'une intoxication ou d'une infection par un pathogène... En enregistrant ces différentes empreintes sonores de l’état des colonies, une équipe de techniciens du Montana (Bee Alert Technology) espère ainsi pouvoir dépister « à la fois la présence et la sévérité d’une infection ou d'une infestation rapidement et sans difficulté. » Robert Seccomb et Jerry Bromenshenk de ce groupe assurent même  pouvoir mettre au point un enregistreur-diagnostic portable destiné aux apiculteurs. À suivre donc.


LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(8) DES CARENCES NUTRITIONNELLES INQUIÉTANTES.
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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 08:00

   L’Agence fédérale de protection de l’environnement (l’EPA) aux États-Unis fait du zèle pour protéger les abeilles. Le 22 juin dernier, cet équivalent de notre ministère de l’Écologie annonçait la création d'un groupe de recherche interdisciplinaire (la Pollinator protection team). L’objectif ? « Mener une évaluation des risques pour les pollinisateurs » aux États-Unis, me précisait hier Dale Kemery de l’agence fédérale, et notamment des normes et des procédures d’homologation des pesticides (le Federal Insecticide, Fungicide and Rodenticide Act). Ce groupe réunira pour cela des spécialistes de leurs programmes sur les pesticides, de leur bureau des homologations des produits phytosanitaires,  ainsi que des représentants d’agences régionales. Quoi de plus normal, me direz-vous, pour une agence fédérale de l’environnement ?

 

   Cette initiative fera pourtant rire jaune les premières concernées, à savoir les abeilles – mais l’insecte rie-t-il...? - ou plutôt leurs gardiens. Car cela fait déjà deux ans que ces derniers se mobilisent pour percer à jour l’origine des effondrements de leurs colonies. Et ils ont réussi, à la faveur d’une bruyante campagne médiatique en liaison avec les équipes de recherche spécialisée sur l’abeille, à convaincre le Congrès américain de financer un plan de travail sur le phénomène d’effondrement des colonies (baptisé le CCD pour Colony Collapse Disorder). Ainsi, comme nous le racontons dans L’étrange silence des abeilles,  le Congrès a voté en juin 2007 un budget de 100 millions de dollars sur cinq ans  - mais avec la crise financière rognera-t-il cette dotation ? - pour mettre en œuvre un plan de bataille très ambitieux qui regroupe un grand nombre de laboratoires et d’organismes [1]. Cela pour passer en revue les différents facteurs à risque des colonies (maladies, contaminants, pratiques apicoles, sélection génétique, etc.) et assurer une surveillance rapprochée des ruchers américains. Aussi, même si le représentant de l'EPA m'assure que leur nouveau « groupe de protection des pollinisateurs n'est pas focalisé sur le CCD », on peut s'étonner qu'il ait fallu attendre deux ans et demi à l'agence fédérale sur l'Environnement pour se décider à rendre compatible ses décisions en matière d'homologation des pesticides et la protection des pollinisateurs... 

 

Poster du North American Pollinator Protection Campaign. Le NAPPC est une coordination d'associations naturalistes et d'instituts de recherche pour protéger les pollinisateurs d'Amérique du Nord. Ce poster a été diffusé pour sensibiliser l'opinion américaine sur i'importance des pollinisateurs pour l'alimentation et la biodiversité.


  Car c'est bien le fond du problème. En effet, aux États-Unis, c’est cette agence qui est chargée d’évaluer l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement et notamment sur les abeilles. Et cette annonce intervient au moment même où les organisations d'apiculteurs américains bataillent ferme contre la nouvelle famille de pesticides agricoles, les fameux néonicotinoïdes – les neonics, comme ils les nomment - autorisée par l'EPA. Et en particulier contre le Poncho (dont la molécule active est le clothianidine) et le Gaucho (l’imidaclopride), son frère jumeau, tous deux fabriqués par B’er – traduisez la firme Bayer, qui commence à devenir aux USA ce que Monsanto est pour les OGM en Europe : un repoussoir pour tous les écolos !

 

    Plus précisément, le Conseil national américain de défense des ressources naturelles (NRDC), un groupe de pression en faveur de l’environnement composé de 350 juristes, scientifiques et autres professionnels, a porté plainte contre l’EPA pour dissimulation d’informations sur les risques toxiques encourus par les abeilles mellifères. Bigre! La raison ? Les dossiers d'évaluation et de mise sur le marché de ces « nouveaux » pesticides demeurent pour l’essentiel confidentiels sinon opaques. « Notre action en justice  à l’encontre de l’EPA pour la liberté d’information concernant les pesticides néonicotinoïdes est en cours, m’indiquait le 17 août le porte-parole du NRDC, Josh Mogerman. Si l’EPA a accepté de rendre public sur leur site internet la moitié des documents que nous réclamions, nous n’avons toujours pas pu accéder au cœur du dossier sur ces molécules au moment de leur homologation, ni sur les échanges qui ont eu lieu entre l’EPA et les agences étrangères [européennes] de régulation des pesticides. Nous espérons que ce procès sera achevé d’ici à la fin de l’année. »    

 

   Au-delà de ce procès spectaculaire contre le ministère fédéral de l’Environnement, c’est l’ensemble du système d’homologation des produits phytosanitaires qui est désormais mis en cause. Et en particulier l’obligation faite aux tiers (citoyens, associations et professionnels des milieux ruraux) d’apporter la preuve par eux-mêmes que telle ou telle molécule constitue un danger pour l’environnement ou la santé animale. En Europe, les systèmes d’évaluation sont plus contraignants pour les industriels, qui ont le devoir de prouver l’innocuité de leurs pesticides pour un certain nombre d’organismes non ciblés par leurs molécules (les hommes, mais aussi les abeilles, les oiseaux ou les papillons).

 

   Ainsi, ce zèle manifesté aujourd'hui par l’EPA n’est sans doute pas sans relation avec ses actuels déboires judiciaires et politiques sur le sujet. Parions également que la présence de Carol Browner à la tête de la green team à la Maison-Blanche n’est pas non plus étrangère à la mobilisation de l’EPA : cette coordinatrice, pour le président Obama, de la lutte contre le réchauffement climatique a, en effet, dirigé pendant huit ans l’EPA au cours des années 90. L’agence fédérale  voudra sans doute devenir exemplaire en matière d’environnement. Ce qui est en soi une excellente nouvelle !

 

Cliquez ici pour consulter les documents – en anglais - mis en ligne en juillet par l’EPA sur le clothianidine. Et sur l’imidaclopride autorisé aux USA depuis 1994.



[1] Ce groupe de travail réunit des scientifiques des quatre laboratoires sur l’abeille du ministère de l’Agriculture (l’USDA) et des universités de Pennsylvanie, de Floride, du Montana, de l’Illinois, de Caroline du Nord, d’Arizona et de la Columbia à New York, ainsi que les représentants de plusieurs départements des ministères de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Défense.

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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