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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 15:03

   Le Conseil d'État a le sens de l’actualité. Ce 16 février 2011, en ouverture du Salon International de l'Agriculture à Paris, il vient d’annuler rétroactivement les décisions du ministre Bruno Le Maire autorisant la mise sur le marché de l’insecticide Cruiser 350 pour les années 2008 et 2009. Cette procédure fait suite à la saisine du Conseil par l'Union Nationale de l'Apiculture Française, la Confédération Paysanne et France Nature Environnement, qui contestaient cette autorisation pour le traitement des semences de maïs. Lesquels percevront de l’État, au passage, la somme rondelette de 10 500 €  (au total) au titre de remboursement de leurs frais de justice.

Mise en cause des procédures d’autorisation

Dans leurs attendus, les magistrats du Conseil d'État ne se prononcent pas sur le fond, à savoir le risque encouru par les abeilles avec ce pesticide, mais sur les procédures de sa mise sur le marché qui n'ont été conformes aux règlements [1]. Celui-ci stipule, en effet, que « Si le seuil de mortalité prévu par les textes est dépassé lors des tests, l’autorisation ne peut pas être accordée, à moins qu’une évaluation appropriée ne permette d’établir concrètement que, dans les conditions proposées, l’usage du produit n’a pas d’impact inacceptable à court et à long terme sur la population des abeilles. Dans un tel cas, un produit peut, à titre dérogatoire, être autorisé alors même que la méthode dite des quotients de danger avait conduit à un résultat négatif... ».

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Voici l'une de six affiches placardée dans le métro parisien par l'association écologique  France Nature Environnement du 15 au 21 février, durant le Salon international de l'Agriculture. Cette campagne dénonçant, par des images volontairement provocatrices, les méfaits de l'agriculture industrielle (pesticides, OGM, algues vertes) a provoqué la colère du syndicat agricole FNSEA, du ministre de l'agriculture Le Maire, de l'association Farre pour une agriculture raisonnée (issue en partie des industriels de l'agrochimie) et même de la région Bretagne qui vient de porter plainte contre FNE. Cette affiche concernant les abeilles, inspirée du film Kill Bill de Quentin Tarantino, fait partie des trois affiches censurées par la régie publicitaire de la RATP (Métrobus) des transports parisiens. Cette dernière a, en effet, estimé qu'elle n'avait pas les autorisations requises pour reprendre ce thème (sur l'abeille) et que les messages de ces trois affiches étaient "trop agressifs" ou "dénigrants" pour la profession agricole. Profession dont certains représentants sont montés au créneau auprès de la RATP pour obtenir cette suppression proprement scandaleuse. Car cette campagne choc constitue une interpellation nécessaire du monde agricole. © FNE

Or, selon les magistrats du Conseil d’État, la méthode d’évaluation du risque utilisée par l’Afssa (aujourd’hui l'Anses, agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) pour donner son avis favorable à la mise sur le marché du Cruiser n’a pas été conforme à cette réglementation. En particulier, il reproche à l’autorité politique de s’être contentée des avis de l’Afssa quant « à l’absence d’impact inacceptable du Cruiser que sur le court terme, faute de données disponibles sur les effets à long terme ».

La sanction des fortes critiques sur la toxicologie du pesticide ?

Si cette guérilla juridique ne met pas forcément un terme à la carrière du Cruiser 350, qui a obtenu son autorisation de mise sur le marché (AMM) en janvier 2008, elle devrait contraindre en tout cas les pouvoirs publics à plus de prudence quant aux AMM de l’ensemble des substances neurotoxiques pour les insectes. Appartenant à la famille chimique des néonicotinoïdes, comme le Gaucho (imidaclopride) suspendu lui en 1999 sur tournesol et en 2001 sur maïs, le Cruiser 350 est destiné à lutter contre plusieurs ravageurs majeurs du maïs (les taupins, les oscinies, les cicadelles) et contre les attaques précoces de pucerons sur maïs. Utilisé comme le Gaucho en enrobage de semence et diffusé dans différentes parties de la plante via la sève, on l’appelle pour cette raison un pesticide « systémique ». Et sa matière active (le thiamétoxam) est considérée comme trop perturbatrice pour les abeilles (leur orientation, leur capacité de mémorisation ou d’apprentissage, voire pour se nourrir) par plusieurs écotoxicologues et la plupart des apiculteurs.

   Cette substance a d’ailleurs été retirée du marché en Italie puis en Allemagne. Embarrassé, le ministre de l’Agriculture a alors accordé des autorisations limitées dans le temps - année par année – alors que la loi française et la législation européenne imposent que les homologations soient données pour dix ans lorsque la certitude de l’innocuité du produit est démontrée préalablement par le fabricant. Le ministère a, en outre, placé ce pesticide sous la surveillance d’observatoires eux-mêmes contestées dans leurs méthodologies et leurs résultats par plusieurs syndicats apicoles... En champs, la preuve de la toxicité du Cruiser n'a pas été apportée clairement, pas plus que celle de son innocuité. Ce qui est un terreau prospère aux controverses.

   Cette précaution bien ambiguë du ministère contourne d’une certaine manière la règle commune (démontrer l’innocuité préalable du produit diffusé). Ce qui a provoqué non seulement la colère des apiculteurs et des écologistes, mais aussi l’incompréhension des industriels de l’agrochimie. Pour leurs représentants de l’UIPP (le syndicat professionnel des industriels de la protection des cultures), soit un produit est sans risque et on lui accorde une AMM pour dix ans, soit il est jugé inacceptable et il n'accède pas au marché.

Un sérieux coup dur pour Syngenta Agro  

La décision rendue mercredi par le Conseil d’État a dû rendre furieuse la firme Syngenta Agro, qui commercialise Cruiser 350 et s’efforce par différentes initiatives de redorer son image auprès des apiculteurs. En outre, la suspension probable de son produit sur maïs représente un coup dur pour l’industriel dans ce marché très concurrentiel. Surtout qu’en décembre dernier, elle claironnait qu’en 2010, une année à très forte pression des taupins dans les champs de maïs, Cruiser 350 avait fait des miracles ! « En 2010, Cruiser 350 a prouvé sa robustesse même en conditions difficiles ( 25 à 75 % de plantes attaquées par les taupins dans 5 essais Syngenta). » Avec « plus de 25 % de plantes épargnées par rapport à la référence du marché » et un rendement de 38 quintaux à l’hectare dans ses champs de suivi, le Cruiser 350 a « confirmé un haut niveau d’efficacité sur taupins et un avantage très net par rapport à certaines protections insecticides microgranulées, souligne son communiqué en ligne en décembre. Ce constat est valable quelle que soit la zone géographique concernée. »

   La stratégie apicole et des écologistes a donc payé. Et la campagne "Urgence abeilles" de l'Unaf et du mouvement Avaaz a rencontré un très large écho : le 17 février, il étaient pas moins de 1.173.231 à avoir signé leur pétition réclamant l'interdiction des pesticides en général et de Cruiser en particulier.

   Cette victoire des écologistes ne pouvait pas mieux tomber : à l'heure où s'ouvre le Salon international de l'agriculture, elle vient rappeler au monde agricole, comme une piqûre de rappel, que la profession doit s'engager activement dans une agriculture moins polluante. Elle constitue ainsi une pression supplémentaire pour le respect "plein et entier" du plan Ecophyto 2018, qui prévoit de réduire de moitié le nombre de traitements à l'horizon 2018. « On sera très vigilant pour 2012, a promis le président de l’Unaf Henri Clément, parce que les intoxications se multiplient avec le Cruiser, le Proteus pour le colza, les démoustications etc., des traitements chimiques qui agressent sans cesse les abeilles. » Or, en 2012, le calendrier agricole recouvre celui des élections présidentielles... Cela promet un nouvel exercice de haute voltige pour le ministre de l’Agriculture ! 


[1] Dans son arrêt, le Conseil d'État rappelle que « la procédure d’autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques est encadrée par les dispositions du décret du 5 mai 1994 relatif au contrôle des produits phytopharmaceutiques et par son arrêté d’application du 6 septembre 1994, qui transposent les dispositions de la directive 91/414/CEE du 15 juillet 1991 » concernant la mise sur le marché de ces produits. Plus précisément, les magistrats du Conseil d’État estime que « l’Afssa n’a pas recouru à la méthode des quotients de danger. L'agence a directement procédé à une évaluation des risques présentés par le produit selon les conditions d’usage proposées. La décision écarte l’argumentation selon laquelle la méthode des quotients de danger ne serait pas pertinente pour les produits dits « systémiques », qui, comme le Cruiser, ne sont pas appliqués par pulvérisation mais par enrobage, au motif juridique qu’une telle distinction ne se trouve pas dans les textes définissant la méthode d’évaluation. Il incombait donc à l’AFSSA de procéder en premier lieu à une telle évaluation. » D’autre part, « il n’est pas établi que la méthode retenue par l’AFSSA, dont les évaluations ne concluent d’ailleurs à l’absence d’impact inacceptable du Cruiser que sur le court terme, faute de données disponibles sur les effets à long terme, constituerait une évaluation appropriée du risque, telle qu’exigée par la réglementation. » Pour lire cet arrêt dans sa totalité,  cliquez ici.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 11:39

 

Pour sauver les abeilles et les autres animaux des campagnes, changez de focale ! C’est, en résumé, le conseil que délivre un groupe de chercheurs anglo-saxons aux politiques en charge de la conservation, après plusieurs années d’études menées en Allemagne puis en Grande-Bretagne. Aujourd’hui rattachée à l’Université anglaise de Leeds, cette équipe vise en fait à comparer l’impact sur la biodiversité rurale des cultures “bios” et conventionnelles. Et leurs observations, conduites dans un grand nombre de fermes, ne manquent pas nuances ni d’intérêt. Présentation de trois de leurs récentes publications. 

Andrena curvungula - Saint Maurice Dargoire 12052007 1                          L'espèce d'abeille Andrena curvungula serait spécialisée dans le butinage des campanules... © Denis Bourgeois

Un cercle végétal vertueux grâce à l’agriculture biologique

« Pour vérifier si les cultures biologiques profitent aux espèces végétales pollinisées par les insectes, nous avons comparé 20 parcelles de céréales et leurs bordures traitées en conventionnel avec 20 autres parcelles cultivées en “bio”, ceci dans trois régions d’Allemagne. » décrivent Doreen Gabriel et ses collègues dans un premier article, paru en 2007 [1].

Premier constat : la diversité des « mauvaises herbes », ou plantes adventices, est nettement plus élevée dans les cultures “bios” (85 espèces d’herbacées) que dans les parcelles conventionnelles (56 espèces identifiées), et davantage en bordure qu’au centre. Rien d’étonnant car l’usage d’herbicides et les fauchages précoces des bords de champs en agriculture industrielle ont eu raison des « salissures » herbacées des milieux ruraux.

Deuxième enseignement, malgré une nette variabilité régionale, les chercheurs trouvent davantage de plantes butinées et pollinisées par les insectes parmi les plantes adventices des parcelles “bios” (34 espèces) qu’au sein des champs conventionnels (21 espèces) où dominent des espèces végétales non pollinisées par les insectes. Là encore, cette différence s’explique par le plus grand nombre d’insectes au sein des cultures (“bios”) que ne viennent pas décimer  les pesticides. L’étudiante Andrea Holzschuh a d’ailleurs trouvé sept fois plus d’abeilles dans ces mêmes parcelles que dans les champs conventionnels étudiés.

4446040157 acc3f2b901 o                                                                                                                         L'espèce d'abeille Anthidium lythrum © Hugues Mouret

Ce double effet des traitements chimiques, tant sur les insectes que sur les plantes qu’ils visitent et dispersent, confirme l’analyse des données historiques sur un très grand nombre de sites, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, dont nous avions déjà parlée ici même [2]. Dans cette étude datant de 2006, Jacobus Biesmeijer et ses collègues de la même université anglaise attestaient alors d’un appauvrissement parallèle des populations d’abeilles sauvages dans ces deux pays – de 30 à 60 % en nombre d’espèces, selon les sites - , mais aussi des plantes à fleurs. Ainsi, au Royaume-Uni, 75 espèces de plantes sauvages pollinisées par les insectes ont régressé tandis que 30 espèces fertilisées grâce au vent ou à l’eau ont gagné du terrain.

 

LA SUITE...


[1] Gabriel D. et Tscharntke T. (2007) Insect pollinated plants benefit from organic farming, Agriculture, Ecosystems and Environment, 118, 43–48.

[2] Biesmeijer J. G. et al. (2006) “Parallel declines in pollinators and insect-pollinated plants in Britain and the Netherlands”, Science, 313 : 351-354.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 11:38

    Dans une deuxième publication [1], le groupe de chercheurs s’attaque à un dogme défendu jusqu’ici par les écologistes, mais jamais vérifié à grande échelle. À savoir que pour accroître la biodiversité des zones rurales il faut convertir les exploitations traditionnelles en fermes biologiques.

   En premier lieu, ces chercheurs de Leeds montrent que si cette conversion intervient dans des zones d’agriculture traditionnelle mais extensive, encore bocagées et où persistent des éléments semi-naturels comme les haies, les bosquets ou des talus en friches – précieux nichoirs et sources alimentaires pour quantités d’espèces -, le gain de cette conversion sera faible en terme d’augmentation des populations de plantes et d’animaux. Et cela même alors que l’impact sur les niveaux de production alimentaire sera, lui, très élevé : en gros, les auteurs retiennent que la productivité à l’hectare des cultures biologiques est deux fois inférieure à celle des parcelles conventionnelles.

England-travel-Yorkshire-hchalkley                                                                                                            La campagne anglaise boccagée du Yorkshire © H. Chalkley

   Découpage du territoire en zones d'intérêts contradictoires.

   D’où l’idée, ici suggérée, qu’un pays s’étant converti à l’agriculture biologique ne parviendrait plus à nourrir sa population (ou à maintenir ses exportations agricoles). À moins de doubler ses surfaces cultivées... Ce qui réduirait d’autant ses espaces naturels. Pas sûr que les abeilles et les autres insectes pollinisateurs y gagnent au change !

    « Pour assurer la demande de production alimentaire future, mieux vaut conserver une agriculture la plus intensive possible dans les aires les plus productives du pays et compenser comme nous le pourrons son impact en mettant en réserve pour la vie sauvage une partie des terres restantes. » conclue le Professeur d’écologie des populations Tim Benton, qui a dirigé cette étude, dans le communiqué de presse qui accompagne cette publication [2]. Cette partition du territoire entre espaces surexploités et aires protégées n’est pas nouvelle. Cela fait, en réalité, des décennies qu’on s'y emploie, avec le bonheur que l’on sait pour la biodiversité. Et l’augmentation, à la marge, des réserves n’y changera rien. C’est bien de logique de gestion du territoire rural qu’il faut modifier. Et cela en profondeur !

    Une estimation bien partielle...

    Il reste, au demeurant, que cette équipe n’a pas véritablement étudié les systèmes productifs des deux types d’exploitation agricole. Elle constitue ainsi la photographie figée et limitée dans le temps de ces différences de productivité. Les scientifiques soulignent seulement que, pour la plupart d’entre elles, les fermes “bios” anglaises s’implantent dans des sites aux faibles potentiels d’intensivité agricole, pour des raisons topographiques ou des causes climatiques. Ce serait particulièrement le cas dans le centre-sud de l’Angleterre alors que les grandes exploitations industrielles se concentrent plutôt dans la partie orientale du pays.

    Pourtant, si l’on intègre l’ensemble des coûts écologiques, les ressources en eau et en sol notamment, jamais pris en compte dans ce type d’étude comparative, les performances économiques des exploitations industrielles risquent fort de pâlir. Car souvent les fermes biologiques gèrent plus durablement les ressources du sol (par des rotations de culture, notamment) et hydriques (par différents types de couverts des cultures, par exemple).

   Prendre en compte les « services écologiques ».

   À l’inverse, les « services écologiques » apportées par l’agriculture biologique et intégrée – je pense notamment à la lutte biologique contre les ravageurs des cultures grâce à des insectes auxiliaires préservés dans le paysage rural, ou à la conservation des insectes pollinisateurs – ne sont pas davantage comptabilisés dans ce bilan comparatif. Or, ces services ont, à plus ou moins court terme, une réalité économique mesurable. Ne serait-ce que par la pollinisation, qui améliore la production des cultures butinées.

Butineuse d'une crucifère sauvage.jpg                                                                                                                            Le butinage d'une crucifère © Aiguebrun Photoblog 

   Un seul exemple : le colza. En France, la production en semences de colzas hydrides est passée de 2 000 hectares en 2006 à 12 000 ha en 2009 (source GNIS). Et les abeilles sont un levier pour accroître les rendements. C’est ce qu’a établi la firme Syngenta à la suite d’essais réalisés dans le cadre de son programme Bee Partners : ces rendements « peuvent être majorés de 5 à 30 % grâce aux abeilles » assure l’industriel [3]. Les tests montrent également que les butineuses, sauvages et d’élevage, contribuent à augmenter la teneur en huile des graines.

   Même Syngenta l'affirme : les abeilles sont bonnes pour les rendements !

    D’où le lancement par la firme, au Royaume-Uni en 2002, de ce programme Bee Partners. Et les résultats sont spectaculaires, assure-t-elle ! En trois ans, les populations de bourdons, qui avaient considérablement chuté au cours des trente dernières années, ont vu leurs effectifs multipliés par six. « Les Anglais, qui pratiquent un recensement précis de leur entomofaune depuis 1750, s'étaient rendu compte que la disparition des pollinisateurs était liée à la baisse vertigineuse des cultures de légumineuses qui servaient auparavant de nourriture pour le bétail», précise André Fougeroux, responsable biodiversité chez Syngenta [4].

    Il a suffi pour parvenir à ce résultat que les agriculteurs britanniques sèment des mélanges de trèfles, de vesce et de luzerne en bordure de leurs champs pour assister à ce grand retour des insectes butineurs, mais aussi des papillons, des araignées et de certains oiseaux. L'abeille domestique a, elle aussi, profité de la manne en pollen et nectar. Ces bandes fleuries représentent aujourd'hui un millier d'hectares au Royaume-Uni. Et aujourd'hui, la firme a élargi cette opération aux États-Unis et à neuf pays européens, dont la France. Il ne reste plus à Syngenta qu’à produire des semences biologiques et à renoncer à l’agriculture industrielle pour être tout à fait crédible...

4446814788 ce105f25bc o                                                                                           Un bourdon mâle Bombus lapidarius © Hugues Mouret

    Dernière réserve sur les conclusions du groupe de la Faculté des Sciences biologiques de Leeds : ce bilan ne prend pas la mesure des énormes marges de progression dont l’agriculture biologique, trop longtemps délaissée par la recherche agronomique académique, dispose. Plusieurs programmes d’amélioration des techniques, des semences et des performances agronomiques globales sont aujourd’hui à l’œuvre, tant en France que dans un grand nombre de pays européens.

   À l’inverse, de plus en plus de terres exploitées depuis cinquante ans d'une façon industrielle ont bien du mal à garantir les mêmes rendements, sinon à un coût de plus en plus élevé. Aussi, on peut parier, ou du moins espérer, que les données économiques relevées aujourd’hui par cette équipe anglo-saxonne soient à corriger dans quelques années...

 

LA SUITE...


[1] Gabriel D. et al. (2009) The spatial aggregation of organic farming in England and its underlying environmental correlates, Journal of Applied Ecology, n° 46, pages 323–333.  Pour télécharger cette étude, cliquez ici.

[2] Pour lire ce communiqué du 5 mai 2010, cliquez ici.

[3]  Le site de L'Opération Pollinisateur de Syngenta.

[4] Marc Mennessier,  Le Figaro du 13 mai 2010.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 11:37

      La troisième et toute nouvelle étude [1], toujours publiée par Doreen Gabriel et ses collègues de Leeds, s'interroge précisément sur quelle est la meilleure échelle pour mettre en œuvre des mesures de conservation de la faune et flore rurale. Pour y répondre, l’équipe a utilisé une méthode d’échantillonnage allant de la parcelle au paysage. Et cela sur seize sites de 10 km x 10 km, répartis dans deux régions d’Angleterre, l’une méridionale et l’autre plus au nord du pays. Ils y ont relevé tout ce qui passait, oiseaux et papillons, ainsi que les plantes, et ils ont piégé les insectes pollinisateurs (syrphes, bourdons et abeilles solitaires), les arthropodes rampant au sol, et les vers de terre. Leurs collectes et comptages visuels des différents taxons ont eu lieu, deux fois dans l’été, au centre et en bordure des 192 champs des 32 fermes sélectionnées.

   Les organismes sauvages ne réagissent pas tous de la même façon.     

   Deux enseignements principaux s'en dégagent. D’abord le fait que les alentours et les bordures des champs renferment davantage d’animaux que le centre des champs. Guère surprenant ! C’est particulièrement net pour les papillons et les arthropodes du sol, respectivement quatre fois et trois fois plus nombreux, qu’au cœur des parcelles. De même, le facteur latitudinal est également net pour certains groupes : c’est le cas des abeilles solitaires cinq fois plus abondantes dans le sud du pays.

    Quant à l’impact  des cultures biologiques pour la biodiversité, le bilan est finalement contrasté en fonction des groupes d’animaux et des échelles spatiales considérées. Et c'est cela le véritable intérêt de leur étude. Ainsi, l’avantage est très net pour les plantes, bien plus denses dans les parcelles “bios” que dans les champs conventionnels (la différence est moins marquée pour les alentours des deux types de champs), de même qu’à l’échelle du paysage dans un site dominé par les cultures biologiques. Comme si l’usage de désherbants et d’insecticides bloquait, en quelque sorte, la dynamique du développement des plantes adventices. De la même façon, les arthropodes du sol, les papillons, ainsi que les abeilles solitaires ou les bourdons des cultures sont plus abondants dans les zones “bios”. Notons que cet effet positif des cultures “bios”est particulièrement net sur les abeilles solitaires au centre des champs ou des prairies dans les sites du Nord de l’Angleterre.

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 Les champs conventionnels peuvent être bénéfiques pour certains animaux...

Cet avantage est toutefois pour les abeilles moins marqué aux alentours des champs, et il disparaît ou s’inverse dans le cœur et les alentours des prairies méridionales. La variabilité est encore plus forte pour les bourdons qui ne trouvent réellement avantage avec le système “bio” qu’au centre des cultures de l’ensemble du pays et des prairies du Nord. Leur abondance est, en revanche, plus forte dans les marges des champs conventionnels partout en Angleterre, de même qu’aux alentours des prairies méridionales du pays. Dernier groupe de pollinisateurs, les syrphes sont finalement plus communs au sein et autour des prairies traités d'une façon conventionnelle, tout en demeurant plus abondants au centre et aux marges des champs “bios”.

    Quant à la diversité des oiseaux champêtres, elle demeure également plus grande dans les zones conventionnelles – sauf pour les corvidés. Curieux, alors que leurs proies (insectes, arthropodes et vers de terre) se concentrent davantage dans les aires converties au “bio” ! « Il semble d’après nos résultats, qui confirment deux autres études récentes, que les caractéristiques du paysage, la proportion des surfaces cultivées et des prairies semi-naturelles, la longueur des bordures et alentours de champs, sont en réalité plus déterminantes pour l’abondance des oiseaux des champs, fortement mobiles, que le fait qu’il s’agisse de cultures biologiques ou pas » avancent les auteurs de l’étude en guise d’explication. La domination des corvidés, farouches compétiteurs de l’avifaune rurale et prédateurs de leurs nids, dans les espaces biologiques plus boccagés, où demeurent de nombreux bosquets et bois, pourraient également être à l'origine de ce résultat inattendu.

    Moduler les efforts de conservation selon les échelles spatiales.

    Au final, en Angleterre, le bénéfice des cultures “bios” apparaît « globalement positif », mais plus contrasté qu’on ne l’a prétendu jusqu’ici – évalué, toute espèce confondue, à un modeste + 12,4 %. Le paramètre primordial pour favoriser la biodiversité est plutôt la diversité des structures du paysage et la présence d’éléments semi-naturels (haies, bosquets, friches, buttes fleuries, prairies extensives...) pour plusieurs groupes d’animaux. Il faut donc, insistent à raison les chercheurs anglo-saxons, concevoir des mesures agro-environnementales adaptées à différentes échelles et dépasser le seul cadre des exploitations, si l’on veut améliorer la conservation de la biodiversité rurale. C’est un message analogue qu’apportaient déjà en 2008 leurs collègues français de l’INRA à la suite de l’expertise collective sur la “Biodiversié et l’Agriculture” [2].

    Au-delà de l’échelle à laquelle il convient de concevoir et appliquer les programmes de préservation de la biodiversité, on peut considérer effectivement que si le paysage rural continue à être parsemé d’un chapelet d’oasis sans traitements chimiques au milieu d’un vaste océan de parcelles industrielles, rien ne s’améliorera durablement. Car la dynamique des populations animales, qui ont des capacités de déplacement, s’effectue bien à une échelle plus vaste : celle du paysage.

   L’objectif est donc, selon moi, d’enrichir ce paysage d'une mosaïque de structures physiques et biologiques, sans attendre le “grand soir” écologique, c’est-à-dire qu’une révolution culturelle et économique remette en cause partout le modèle agricole dominant. Outre les réductions indispensables d’engrais et de pesticides, et ce remodelage soutenu du paysage rural, il faut apprendre à hybrider les approches et les techniques, à décloisonner les systèmes et les filières agricoles, à réintroduire plus de polyactivité, plus de souplesse et davantage de sécurité des revenus. Plus que des recettes, c’est une nouvelle approche qu’il s’agit d’introduire dans le monde agricole : il est urgent de multiplier les essais agricoles, sociaux et commerciaux – véritable recherche-développement agronomique à grande échelle – en rendant leur créativité aux agriculteurs.

biodiversite_Lautaret--S_Aubert-.jpg                                                                                                           Prairie fleurie au Col du Lautaret dans les Alpes © S. Aubert

    Des réalisations récentes en France qui vont dans le bon sens.

Dans le Gers, l’association Arbre & Paysage 32  diffuse des techniques d'agroforesterie consistant à planter des arbres au sein même des champs cultivés. Et le bilan d’une étude conduite sur trois ans avec l'aide d'apiculteurs gersois et Virginie Britten de l'association de développement de l'apiculture en Midi-Pyrénées, a permis de confirmer que ces éléments boisés au sein des parcelles sont plus favorables aux abeilles que des monocultures homogènes.

Toujours dans les campagnes, en plus de L’Opération Pollinisateurs de Syngenta lancée ce mois-ci sur dix sites du centre et sud-est de la France, et la création sur 1 500 hectares de friches apicoles analogues par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, soutenu cette fois par l’industriel BASF, ce sont des agriculteurs du Haut-Rhin qui ont semé des plantes sauvages mellifères au sein de jachères. Et cela grâce à un partenariat avec le conseil général et les établissements Gustave Muller qui fournissent les semences. L’expérience a débuté il y a trois ans sur 20 hectares, retrace le quotidien L’Alsace [3], puis sur 80 ha l’an dernier. Cette année, 300 ha ont été plantés ainsi. Et selon les observateurs, en plus des insectes pollinisateurs, on voit déjà réapparaître une belle diversité d’animaux dans ces prairies de fleurs sauvages : des papillons, des coléoptères, des  lézards, des oiseaux... L’expérience vient d’être étendue aux services des Espaces Verts d’une centaine de communes du Haut-Rhin qui créent des bandes fleuries et des haies d’arbustes mellifères à la place des gazons et massifs horticoles.

Cela viendra-t-il contrer les fortes pertes d’abeilles que déplorent cette année encore les apiculteurs alsaciens – plusieurs ruchers auraient perdu cet hiver 50 % et plus de leurs effectifs ? Pas sûr, hélas.



[1] Gabriel D. et al. (2010) Scale matters: the impact of organic farming on biodiversity at different spatial scales, Ecology Letters, doi: 10.1111/j.1461-0248.2010.01481.x. 301 espèces de plantes et 19 espèces d’oiseaux des champs ont été identifiées au cours de cette étude, et 9026 vers de terre collectés, ainsi que 119 121 arthropodes de la litière, 4 451 papillons, 10 420 syrphes, 4 399 bourdons et 5 751 abeilles solitaires. Pour télécharger cette étude, cliquez ici.

[2] Le Roux X. et al. (éditeurs), 2008. “Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies.” Expertise scientifique collective, INRA (France). Pour télécharger la synthèse de 116 pages, cliquez ici , ou explorer le lien web consacré à cette expertise collective.

[3] L’Alsace, E. S., le 15 mai 2010.

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 11:36

L’Opération Pollinisateurs, lancée en France par Syngenta après huit ans d’expérimentation concluante au Royaume-Uni, vise à rétablir des insectes butineurs sauvages aux abords des champs. Et cela grâce à des friches composées de plantes mellifères.

En Angleterre, ces parcelles apifriendly ont atteint le millier d’hectares. Et il aurait permis, selon la firme, de multiplier par 600 les effectifs de bourbons et de régénérer des populations d’espèces rares comme celui de Bombus ruderatus. Globalement, le nombre des autres pollinisateurs sauvages aurait été multiplié par dix. Devant ce succès, Syngenta lance,  depuis janvier, cette opération dans de nouveaux pays, dont les États-Unis et la France [1].

BombusRuderatusAvonDassettL'espèce rare du bourdon Bombus ruderatus prospère à nouveau en Angleterre, ici sur la fleur d'un pois sauvage. © Steve Falk

Dans l’Hexagone, l’industriel s’est associé à des producteurs de melons et des multiplicateurs de colza hybride, deux cultures dont les rendements et la qualité dépendent en partie des pollinisateurs. Et si la profession reste dubitative sur cet avantage économique, l’industriel bénéficie d’un atout réglementaire nouveau : depuis le 1er janvier dernier, les agriculteurs ont l'obligation de consacrer au moins 1 % de leur exploitation à la préservation de la biodiversité, s'ils veulent percevoir certaines subventions européennes. Et le seuil devrait passer à 5 % en 2012.

Sur dix sites, Syngenta pilote l’ensemencement de bandes enherbées expérimentales par divers mélanges de plantes mellifères, en particulier des légumineuses (trèfle, luzerne, lotier, mauve, bourrache, vipérine, vesce, phacélie, sainfoin). Ni usage débridé de pesticides sur ces friches apicoles, ni labour pour replanter des annuelles afin de ne point détruire les nids au sol de la plupart des abeilles sauvages. Ce programme d’une durée de cinq ans doit déboucher sur le meilleur cocktail végétal possible. Celui qui offrira à la fois le couvert aux abeilles durant toute la belle saison et améliorera les sols par un apport d’azote. « Nous ferons l’inventaire des pollinisateurs apportés par ces jachères et nous étudierons leur intérêt pour les cultures », précise dans Le Figaro [2] Alain Treil, responsable de la recherche sur les productions de colza. «Les abeilles domestiques et les pollinisateurs sauvages ont des plages d’activité complémentaires. La combinaison des deux s’annonce comme une solution avantageuse pour sécuriser les rendements», ajoute le représentant de la firme.

On le voit, l’opération de Syngenta se veut exemplaire. Il en faudra sans doute davantage pour convaincre les apiculteurs que le fabriquant du Cruiser veut seulement le bien des abeilles. De toutes les abeilles...



[1] Le site web de L'Opération Pollinisateurs de Syngenta.

[2] Marc Mennessier, Le Figaro du 13 mai 2010.

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 17:34

 

Dans les mois à venir, de nouvelles enquêtes apicoles nous diront si l’année 2009 aura été plus clémente ou pire pour les cheptels d’abeilles mellifères en Europe que l’année précédente. Aux États-Unis, la dernière enquête nationale montre que la série noire se poursuit, voire s’aggrave ! Rien ne permet donc de penser que ces données modifieront l’inquiétante tendance tracée en 2009 par les deux bioéconomistes Marcelo Aizen et Lawrence Harder : celle d’une difficulté à satisfaire les besoins agricoles mondiaux de pollinisation[1]. Et cela malgré une croissance de 45 % dans le monde du nombre des colonies d’Apis mellifera entre 1961 et 2005 - essentiellement en Chine, en Argentine, au Canada et en Espagne. La raison ? À la même période, les surfaces de cultures dépendantes des pollinisateurs ont littéralement explosé, s’accroissant de plus de... 300 % ! Déjà, 62 à 73 % des cultures étudiées témoignent de carences de pollinisation.

Récemment, un groupe de spécialistes européens et américains des abeilles a mis en lumière les menaces qui pèsent plus particulièrement sur les communautés de pollinisateurs sauvages du fait des élevages apicoles[2].  Rien de vraiment nouveau, si ce n’est leur insistance sur le rôle supposé négatif des élevages. Après avoir rappelé les dernières données alarmantes sur les abeilles, les bourdons et les papillons sauvages dans plusieurs pays d’Europe, ces chercheurs reviennent sur l’impact que peuvent avoir les élevages d’abeilles mellifères pour les communautés natives.

 

     L’abeille d’élevage : une pique-assiette pour ses congénères sauvages ?

Ils rappellent que l’introduction de milliers d’abeilles dans un territoire, pour la pollinisation des cultures ou la production de miel, peut avoir un impact sur les pollinisateurs sauvages indigènes à travers la compétition pour les ressources floristiques ou du fait d’interactions directes[3]. Ainsi, le butinage de 90 % des mêmes plantes par Apis mellifera et les différentes espèces locales de bourdons peut durc la compétition entre pollinisateurs, comme le rapporte Dan Thomson aux États-Unis. Même chose au Japon, entre l’espèce de bourdon introduite Bombus terrestris et certaines espèces natives visitant plus de 70 % des mêmes plantes[4].

Rucher Bize-Minervois.jpg                                                                                               Rucher dans la garrigue languedocienne, à Bize-Minnervois © V. Tardieu

Rien ne prouve pour autant que cette compétition accrue soit à l’origine des pertes de viabilité des communautés natives, rappellent d’autres chercheurs[5], qui pointent de nombreuses observations contradictoires sur le sujet : certaines études ne montrent aucun impact significatif sur les pollinisateurs indigènes[6], tandis que d’autres attestent d’effets préoccupant sur la reproduction et la taille des pollinisateurs autochtones[7], mais aussi l'existence d'hybridations entre abeilles sauvages et d'élevage conduisant à un appauvrissement de la diversité génétique, voire à une disparition de races locales[8].

                                                                                       

Des pourvoyeurs de nouvelles maladies ?

Les auteurs anglo-saxons de l'étude insistent encore sur la nécessité de connaître l’importance et l’impact des pathogènes diffusées par les élevages d’abeilles parmi la faune sauvage. Tout en reconnaissant la faiblesse des études sur les transferts de maladies entre populations d’élevage et sauvage, ils assurent que ce problème est sous-estimé ou simplement ignoré [9]. Ainsi, par exemple, l’introduction du virus des ailes déformées (DWV) pourrait s’avérer beaucoup plus virulent parmi deux espèces de bourdons que chez son hôte d’origine, l’abeille A. mellifera [10]. On ne peut pas, pour autant, assurer que ce virus menace la viabilité des populations de bourdons. De même, on sait que les abeilles d’élevage dispersent plusieurs parasites dangereux pour les pollinisateurs, tels l’acarien Varroa destructor, les champignons Ascosphaera apis  ou ceux du genre Nosema, ainsi que le petit coléoptère des ruches (Aethina tumida), parmi plusieurs populations de bourdons ou d’abeilles sauvages[11]. Mais, là encore, leur impact sanitaire n’est pas démontré. 

Champ de tournesol à Joline.jpg

                                                                                                  Champ de tournesols à Joline © Framboise Roy

Mieux hiérarchiser les menaces pour les abeilles   

Dans un contexte agro-écologique (fragmentation des habitats, moindres ressources floristiques et expansion des épandages de pesticides) peu favorable aux insectes pollinisateurs, toute compétition accrue pour disposer des ressources alimentaires et toutes charges parasitaires nouvelles renforcent a priori les difficultés de survie des insectes sauvages. Cela paraît évident. Je reste toutefois perplexe sur cette tendance qu’ont certains chercheurs à insister sur ce point mal étayé depuis quelques années – et à faire ainsi « porter  le chapeau » du déclin des pollinisateurs aux abeilles d’élevage. Ces dernières passent alors du statut de victimes des excès de l’agriculture intensive à celui de coupables du déclin des pollinisateurs sauvages. Curieuse façon de jouer une catégorie de victimes contre une autre !

« S’il est douteux que l’on puisse remplacer l’abeille mellifère par d’autres espèces, il serait bénéfique de disposer d’alternatives en élargissant l’offre d’insectes pollinisateurs, tempère, dans les colonnes du quotidien Salt Lake Tribune du 19 avril, le jeune entomologiste David Tanner à l’Université de l’État de l’Utah, qui vient de découvrir deux nouvelles espèces d’abeilles dans une réserve de Californie (lire notre brève). Cela suppose de toute façon bien d’autres études pour déterminer quelles espèces pourraient jouer ce rôle. D’où l’importance de préserver toutes les espèces de pollinisateurs actuelles et d'identifier de nouvelles espèces »

Mieux connaître les processus de pollinisation dans l’espace rural ou les milieux naturels, et préciser la compétition entre communautés pour accéder aux ressources et aux sites de nidification, s’avèrent effectivement indispensables si l'on veut adopter des politiques de conservation efficaces. Mais pour éviter d’ajouter de la confusion aux méconnaissances actuelles, on aurait pu espérer que les auteurs de cette publication rappellent clairement la hiérarchie des facteurs à risque connus actuellement pour l’ensemble des pollinisateurs : le fait que sont bien les composantes des systèmes agricoles eux-mêmes (les pesticides, les monocultures extensives, la destruction des habitats semi-naturels...) qui initient le déclin des différentes communautés de pollinisateurs, et non certains maillons (affaiblis) de ces réseaux de pollinisateurs.

 


[1] Aizen, M.A. et Harder, L.D. (2009) The global stock of domesticated honey bees is growing slower than agricultural demand for pollination. Curr. Biol. 19, 1–4.

[2] Simon G. Potts et al. (2010) Global pollinator declines: trends, impacts and drivers. Trends in Ecology and Evolution (sous presse). Cliquez ici pour lire cette publication.

[3]Thomson, D.M. (2006) Detecting the effects of introduced species: a case study of competition between. Apis and Bombus. Oikos 114, 407–418.

[4] Matsumura, C. et al. (2004) Invasion status and potential ecological impacts of an invasive alien bumblebee, Bombus terrestris L. (Hymenoptera: Apidae) naturalized in Southern Hokkaido, Japan. Glob. Environ. Res. 8, 51–66.

[5] Stout, J. et Morales, C.L. (2009) Ecological impacts of invasive alien species on bees. Apidologie 40, 388–409.

[6]Steffan-Dewenter, I. et Tscharntke, T. (2000) Resource overlap and possible competition between honey bees and wild bees in central Europe. Oecologia 122, 288–296 ; Roubik, D.W. et Wolda, H. (2001) Do competing honey bees matter? Dynamics and abundance of native bees before and after honey bee invasion. Popul. Ecol. 43, 53–62.

[7]Thomson, D.M. (2006) ; Goulson, D. et Sparrow, K. (2009) Evidence for competition between honeybees and bumblebees; effects on bumblebee worker size. J. Insect Conserv.13, 177–181.

[8]Franck, P. et al. (1998) The origin of west European subspecies of honeybees (Apis mellifera): new insights from microsatellite and mitochondrial data. Evolution 52, 1119–1134.

[9]Woolhouse, M.E.J. et al. (2005) Emerging pathogens: the epidemiology and evolution of species jumps. Trends Ecol. Evol. 20, 238–244.

[10] Genersch, E. et al. (2006) Detection of deformed wing virus, a honey bee viral pathogen, in bumble bees (Bombus terrestris and Bombus pascuorum) with wing deformities. J. Invertebr. Pathol. 91, 61–63.

[11] Goulson, D. (2003) Effects of introduced bees on native ecosystems. Annu. Rev. Ecol. Syst. 34, 1–26.


 

 

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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 11:00

Grain de pollen.jpg   Coup double pour l’INRA d’Avignon ! Et pour Cédric Alaux en particulier, un tout jeune chercheur décidément brillant, en post-doctorat dans ce centre, qui est le principal auteur de ces deux études. En effet, en plus des preuves apportées sur l’impact d’une combinaison délétère de deux agresseurs chez l’abeille, l’équipe d’Avignon vient de démontrer dans une étude publiée ce 20 janvier l’importance des qualités de pollen sur la santé des hyménoptères[1]. « Nous nous sommes rendus compte, au cours de nombreux tests avec six préparations de pollen, qu’il vaut mieux donner aux abeilles des pollens polyfloraux (issus de différentes espèces végétales) que monofloraux (d’une seule espèce). Et cela même lorsque le pollen monofloral est plus riche en protéines. », résume Yves Le Conte de l’INRA d’Avignon. Ce qui revient à dire que la clé d’une bonne santé pour l’insecte n’est pas la quantité de pollen (et de protéines associées), mais bien sa diversité !

   Évident ? Peut-être. Encore fallait-il le démontrer. Et cette étude étaye deux affirmations pas toujours bien établies, du moins pour l’abeille. D’une part que l’impact des monocultures florales réduit la qualité du bol alimentaire de nos chères butineuses. D’autre part qu’il faut toujours privilégier une source diversifiée de micronutriments. Car au-delà des protéines essentielles pour la résistance des abeilles aux maladies, les pollens offrent aussi quantité d’acides aminés (protides), d’amidon (glucides), de lipides (en particulier des stérols), de vitamines (A, D, E et K, l’acide folique et la biotine) et d’éléments minéraux.

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                                 Un bourdon sur les premières fleurs de romarin dans la garrigue héraultaise © V. Tardieu

   « Consommez donc cinq fleurs différentes par jour !» Voilà le nouveau précepte alimentaire qu’il va falloir placarder sur chaque ruche de France. Car les chercheurs d’Avignon se sont aperçus qu’une diversité florale favorise nettement la sécrétion du principal marqueur d’immunité sociale (la gluco-oxydase, essentielle pour aseptiser les nourritures stockées dans la ruche).

   Pour les autres marqueurs immunitaires, cette fois individuels, telle la concentration des hémocytes (phagocytant et encapsulant les parasites qui envahissent le corps de l’abeille), des corps gras ou l’activité phenoloxidase, l’impact est moins net. « On observe néanmoins un léger effet au niveau des corps gras, qui sont des tissus situés dans l'abdomen des abeilles », me précise Cédric Alaux. Leur rôle ? « C’est dans ces tissus que sont généralement produits les peptides antimicrobiens, l'hormone vitelleogénine (jouant un rôle clé dans la longévité) et où sont stockés les réserves énergétique et protéininiques. Et il semble que la diversité en protéines alimentaires, par les pollens, favorise un meilleur développement de ces tissus. Une expérience réalisée sur l'alimentation des larves de bourdons a montré des résultats similaires[2]. Les larves nourries avec plusieurs pollens étaient en effet plus grosses que celles ayant été nourries avec un seul pollen »

   Ainsi, en composant un bouquet pollinique plus ou moins riche en protéines et autres micronutriments, l’abeille parvient à satisfaire l’essentiel de ses besoins biologiques et immunitaires. Tout comme nous avec une alimentation diversifiée, c’est-à-dire équilibrée ! À noter, au passage, que la quantité de pollen consommée par abeille et par jour, durant ces dix jours d’expérience, fut à peu près équivalente.

 

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                                                                                                                                                                 © Stéphanie Booth

Fleurir les bords de route

   Est-ce que la constitution de friches apicoles, dans les zones de grandes cultures, à dominante monoflorale, constitue la solution d’avenir pour obtenir une diète équilibrée ? LA solution ? Sans doute pas. L’une d’elle, certainement. C'est surtout l’enrichissement du paysage agricole partout en France d’éléments semi-naturels (haies, bosquets, friches de bordure..), riches en diversité floristique, qui demeure la clé de cette alimentation diversifiée.

   Dernier effet en tout cas du Grenelle de l’Environnement, l’annonce faite la semaine dernière par les ministères de l’Écologie et des Transports de semer des graines de plantes mellifères dès le printemps prochain le long des routes de France. « Les bords de route, chemins, talus et fossés, représentent plus de 500.000 hectares en France (soit 47 villes comme Paris). » rappelle le Réseau Biodiversité pour les abeilles, à l’origine de cette mesure et qui milite depuis quatre ans pour la multiplication des friches mellifères partout dans le paysage.

   Les ministères s’engagent pour le moment sur une zone test de 250 km de routes nationales dans les régions du nord, du nord-ouest, du sud-ouest, du massif central et de l’Atlantique. Puis, si au bout de trois ans le bilan est jugé positif par le Réseau Biodiversité pour les abeilles, l’expérience sera étendue le long de 12 000 km d’axes routiers. Un fauchage tardif dans la saison sera également expérimenté aux bords de ces routes afin de laisser se développer une pleine floraison. « Je me demande bien si ça sera efficace ça, s’interroge, dubitatif, Yves Le Conte : si c’est pour que les abeilles finissent écrasées sur le pare-brise des voitures en cherchant à rejoindre l’autre bord... »

Floraison massive de grande marguerite, fin mai, au bord d'une autoroute                                                     Floraison massive de grande marguerite, fin mai, au bord d'une autoroute © UCL  

   Cohérence... pour tous !

   Plus critique, l’Union Nationale de l’Apiculture Française pointe l’incohérence des politiques actuelles : « ré-autoriser le Cruiser[3] au cours de l’Année Internationale de la Biodiversité et dans le même temps engager une action de communication sur “ le fleurissement des accotements routiers” s’avèrent contradictoires » souligne Henri Clément. Peut-être. De même, l'on peut légitimement s'interroger sur le fait de savoir si les bords de route, plutôt pollués, constituent vraiment la priorité des espaces anthropisés à remettre en "fleurs"... Cela ne me saute pas aux yeux ! Pour autant, ces jachères de bord de route n’ont-elles aucun intérêt pour l'abeille ? « L’UNAF demande une véritable réorientation de l’agriculture afin qu’à une vaste échelle, des cultures mellifères également pertinentes pour le monde agricole (sainfoin, trèfle, luzerne) soient semées. Alors que la France préfère importer des quantités colossales de tourteaux d’Amérique du Sud pour alimenter le bétail. » Et accepte de réduire considérablement ses cultures de luzerne au profit de l’importation de tourteaux de soja américain.

   À l’appui de ce souci de cohérence tout à fait salutaire, on espère entendre désormais plus souvent l’UNAF  défendre les jachères fleuries en milieu agricole et s’opposer plus fermement aux politiques d’intensivité agricole défendues par les syndicats agricoles majoritaires avec lesquels ils ont longtemps été liés[4]...

 



[1] Alaux C. et al (2010) Diet effects on honeybee immunocompetence, Biology Letters.
Cliquez sur l'icône pour télécharger cette étude. .

[2] Tasei, J. N. & Aupinel, P. (2008) Nutritive value of 15 single pollens and pollen mixes tested on larvae produced by bumblebee workers (Bombus terrestris, Hymenoptera: Apidae). Apidologie 39, 397–409.

[3] Le ministre Bruno Le Maire vient de proroger, très discrètement, d’une année supplémentaire ce pesticide protégeant les semences de maïs après deux ans d’observation. Malgré la forte hostilité des mouvements apicoles, ce suivi n’a pas montré d’effet nocif évident sur les colonies d’abeilles. Mais l’évidence, on le sait à présent en matière d’impact des pesticides, est une notion à manier avec circonspection... Disons qu’au regard des études de l’Afssa et des observations de terrain, le Cruiser ne semble pas entraîner de mortalité massive et brutale des colonies.  D’où l’avancée hésitante du Ministre.

[4] Cette critique nouvelle de l’UNAF serait-elle liée au fait que la FNSEA vient très récemment de faire du petit SPMF (le Syndicat des producteurs de miel de France), concurrent de l’UNAF, sa branche apicole officielle ?

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 01:45


   Un déclin, oui, mais lequel ? De nombreuses populations d’abeilles sauvages et d’autres insectes pollinisateurs disparaissent localement, cela ne fait aucun doute. Mais on connaît fort mal l’importance de ce dépérissement, ainsi que la répartition et l’évolution de l’abondance des insectes qui visitent les fleurs à l’échelle du territoire national. Et c’est bien l’un des handicaps majeurs de la recherche sur la conservation et des professionnels de l’apiculture qui en sont réduits le plus souvent à extrapoler des données – limitées, elles aussi – issues des colonies d’élevage de notre abeille mellifère. Très peu de recensements locaux existent sur les autres insectes pollinisateurs, aucun en tout cas à l’échelle hexagonale. D’où l’idée alléchante qu’ont eue plusieurs associations naturalistes et organismes de recherche de lancer une sorte d’observatoire national des insectes floricoles qui fasse appel aux simples citoyens. En fait, un Observatoire des bourdons existe déjà depuis un an et un Suivi photographique des insectes pollinisateurs (SPIPOLL) va démarrer en mars prochain. Ces deux programmes naturalistes d’un genre nouveau sont, en partie, organisés par le Muséum national d’Histoire naturelle.

 

                                                                                         Bombus sylvarum © L-R. Hurstel-SAJF

Des oiseaux aux hippocampes en passant par les frênes : les nouveaux observatoires-citoyens de la science naturaliste...

   Comme vient de le montrer, à Montpellier, le remarquable colloque sur les Sciences Citoyennes, organisé par le réseau Téla Botanica les 22 et 23 octobre dernier, ces observatoires participatifs coordonnés par des associations et des institutions scientifiques, sont devenus une aide précieuse à la connaissance de notre biodiversité, de sa répartition et son évolution. Basés sur le bénévolat et l’observation directe de différents organismes dans son jardin ou autour de chez soi, ils se multiplient en France, alors qu’ils existent depuis plusieurs décennies dans le monde anglo-saxon. Ils permettent non seulement aux citadins de maintenir un lien avec la « vie sauvage », mais ils offrent aussi à chacun d’être l’acteur d’une recherche expérimentale et de terrain, d’expérimenter la complexité des processus naturels et leurs échelles d’évolution dans le temps et l’espace.

 © Philippe Pulce

   Les suivis les plus populaires ? Incontestablement ceux qui portent sur les oiseaux. C’est le cas de STOC, le Suivi Temporel des Oiseaux Communs, un programme pionnier en France qui fête cette année ses vingt ans d’existence. Celui-ci a pu montrer (voir notre schéma), pour 95 espèces d’oiseaux, une légère érosion (-10%) au niveau national, plus marquée dans les zones urbaines et agricoles. Différemment, l’opération Des nichoirs dans la plaine, qui regroupe depuis trois ans de très nombreux enfants, élus, retraités et chercheurs (CNRS de Chizé) dans la plaine céréalière au sud de Niort, a autant l’objectif d’améliorer les connaissances sur l’abondance des oiseaux qui nichent dans cette région agricole que de sensibiliser les enfants à la vie sauvage.

On pouvait s'y attendre, mais les très nombreuses données récoltées par les ornithologues amateurs au cours de ces vingt ans permettent de le confirmer : les espèces d'oiseaux les plus spécialisées à un type de milieu naturel sont les premières victimes des changements écologiques globaux... Comme pour les insectes pollinisateurs ! © MNHN

 

    Notons également l’existence de deux autres excellents programmes participatifs, dédiés cette fois aux arbres : Phénoclim, qui assure le suivi phénologique de la végétation en zone de montagne – essentiellement dans les Alpes - et son équivalent français pour les plaines (l’Observatoire des Saisons, coordonné par le CNRS de Montpellier). En observant  autour de chez soi les périodes de formation ou d’ouverture des bourgeons, des fleurs ou des fruits d’arbres, chacun peut mesurer au fil des ans l’impact des changements climatiques. Ces suivis s’exercent à la fois sur des organismes faciles à reconnaître et bons indicateurs de l’état écologique des milieux où ils nichent. C’est ce à quoi répondent également les suivis d’organismes marins en Méditerranée coordonnés par les associations Cybelle Planète et Peau Bleue sur les hippocampes par photographies sous-marines.


Quel est l'intérêt d'un observatoire des insectes floricoles de France ? Un début de polémique...

                                                                                                                Guêpe Symphyte © R. Hurstel/SAJF

   Directement impliqué dans huit programmes participatifs (sur les oiseaux, les papillons, les escargots, les chauves-souris...), lorsqu’il n’en est pas le principal coordinateur, le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) continue à développer ces opérations qu’il a baptisées  “Vigie Nature”. Et c’est encore l’Institut parisien qui lance ce nouveau suivi des insectes "visitant les fleurs" avec l’Office pour la protection des insectes et de l’environnement (OPIE), les fondations Nicolas Hulot et Nature & Découverte.


   On peut espérer que l'engouement du grand public pour Maya l'abeille favorise la collecte de nombreuses informations dans la durée sur ces visiteurs des calices, qu'ils soient des pollinisateurs ou pas. Il reste que, comme me l'ont fait remarquer plusieurs apidologues professionnels, ce suivi photographique par les amateurs de l'ensemble des insectes présents sur les fleurs ne permettra certainement pas de révéler la disparition de telle ou telle espèce d'abeilles ou de bourdons. Non seulement parce que l'identification par photos ainsi que par les amateurs promet d'être bien alléatoire - des tentatives britanniques analogues n'ont d'ailleurs pas apporté grand chose d'exploitable à la science apidologique. Mais aussi parce qu'une espèce d'apoïde (abeilles, bourdons et quelques guêpes) rare ne sera précisément pas repéré sur les fleurs. Ainsi, sa disparition du paysage passera inaperçue...


   Alors, ce programme des insectes floricoles - abusivement peut-être baptisé "des pollinisateurs" - n'est-il qu'une façon habile pour le Muséum national et d'autres organisations et fondations de surfer sur la vague médiatique du déclin des abeilles ? De quoi récupérer, au passage, d'importants financements ? C'est le sentiment de nombreux apidologues qui rament aujourd'hui pour trouver les fonds à l'établissement de suivis et atlas dans plusieurs régions des espèces d'abeilles menacées en France (lire les commentaires à cet article). Ces critiques ne sont pas sans fondements. Néanmoins, un tel programme participatif peut contribuer à une éducation du public au monde des insectes, grâce à une observation directe et sur la durée. En outre, ces photographies de terrain au cours du temps peuvent apporter des renseignements utiles sur les interactions entre les plantes à fleurs et les insectes, éventuellement sur les processus de pollinisation et la compétition entre pollinisateurs , sur l'impact des zones de grandes cultures pour les populations d'insectes, sur la prédation au sein du règne des arthropodes, et peut-être sur l'évolution croisée des insectes floricoles et du climat (en croisant les données de l'Observatoire des Saisons, si cela est faisable).

   Nous avons voulu en savoir plus sur ce projet SPIPOLL en interrogeant l’un de ses coordinateurs Romain Julliard du MNHN. Spécialiste des oiseaux auxquels il a consacré sa thèse de doctorat (sur les mésanges migratrices), il est maître de conférence au Muséum depuis 2005, dans l’équipe “Conservation des espèces, restauration et suivi des populations”.



Notre entretien enregistré : cliquez sur les mini-lecteurs

(désolé pour le bruit de fond, il est parfois un peu pénible... Bon, pour Noël j'achète un micro cravate : des idées de cadeaux ?!)

1 - Sur la présentation générale de trois récents programmes d’observation des papillons (2006), des escargots (2009) et des bourdons (2008) de son jardin :

2 - Sur le suivi de douze morphotypes de bourdons  dans 22 départements du quart nord-ouest de la France :

 

Sur le  projet d’observatoire des pollinisateurs par photographie (SPIPOLL) lancé début mars 2010 :

3 - Quelles espèces seront suivies par cet observatoire ?

4 - Sur le procédé de suivi des insectes par photographies mises en ligne.

5 - Quel nombre et types de  participants sont attendus ?

6 - Quels sont les objectifs scientifiques de cet observatoire des insectes pollinisateurs ?

7 - Quel est le système de validation des données mises en ligne ?

8 - Peut-on espérer relier un jour ces différents programmes de suivi de la biodiversité et croiser leurs résultats pour mieux évaluer l’impact des changements écologiques majeurs ?

9 - Y aura-t-il un soutien direct des apiculteurs à cet observatoire ?

                                                        Mouches Chiastochètes pollinisant un Trolle d'Europe © S. Aubert /SAJF
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:05

  
Si l’une ne peut plus assurer la pollinisation des plantes et des cultures, d’autres le feront à sa place ! Si notre abeille d’élevage est à l’agonie, remplaçons la par les abeilles sauvages et les problèmes agricoles seront réglés. Voici ce que suggèrent de plus en plus ouvertement une série de chercheurs et de naturalistes outre-Atlantique. Pertinent ? Efficace ? Souhaitable ?
© Ermes - Fotolia.com

    Aux États-Unis, la double crise des colonies d’Apis mellifera, l’abeille d’élevage, et des grandes cultures pollinisées par celle-ci, a mis la planète agricole en émoi. En particulier dans la Vallée Centrale de la Californie où  s’étend un réseau de vergers d’amandiers sur 650 km de long. Véritable coulée rose crème entre le 15 février et la fin mars, cette vallée en fleurs accueille à cette saison encore fraîche quelque 50 milliards d’abeilles provenant de tout le pays en camions-remorques. Un drôle de Woodstock apicole, qui tient plus du rodéo éprouvant et risqué pour l’abeille et ses bergers que du festival Flower Power !

LA SUITE :


(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:04
Activité absurde et en péril

© Jean-Luc / Picasa album

   En dix ans, l’amande est devenue la première source d’exportation agricole de ce puissant État américain, qui lui rapporte plus de 40 milliards de dollars chaque année. C’est dire si la pénurie de pollinisateurs depuis 2005 inquiète arboriculteurs, exportateurs et agronomes. Aujourd’hui, cette lucrative monoculture paraît menacée. Menacée et surtout peu « durable », ni pour les apiculteurs ni pour les arboriculteurs.

   Au fil des ans, ce modèle agricole totalement artificiel s’est en effet grippé. Connaissant une extension irrésistible, ces vergers industriels dont la surface totale a été multipliée par sept en quarante ans ont transformé cet immense espace rural en désert apicole onze mois sur douze. Les populations locales d’abeilles sont à présent exsangues. Or, les colonies mellifères du pays, soumises depuis plusieurs années à divers stress, intoxications et maladies, manquent à présent à l’appel. Pire, sur place, dans cette promiscuité inouïe, elles échangent leurs miasmes morbides qu’elles dispersent ensuite aux quatre coins du pays. Une vraie tornade épidémique ! Leur déclin oblige les éleveurs commerciaux à importer chaque année d’Australie des milliers de colonies clé en main, et les arboriculteurs à réduire sensiblement leurs surfaces à polliniser. Aberrant !

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À chaque mois de février, une noria incessante de plus de 2 000 semi-remorques, chargés de près des deux-tiers des ruches du pays, convergent vers la Vallée centrale californienne. C’est la plus vaste migration de travailleurs au monde. Plus de 4 000 km pour venir de la côte est des États-Unis : ce pèlerinage sur deux jours n’a rien d’une croisière de luxe ni d’un voyage d’agrément. Et les premières évaluations conduites par Jeff Pettis de l’USDA du Maryland et son collègue de Pensylvanie, Dave vanEngelsdorp, confirment les données que nous publions dans L’étrange silence des abeilles sur le stress des abeilles lors des transports de colonies pour remplir des contrats de pollinisation. Le couvain (rayons où se développent les larves d’abeilles) des colonies voyageant entre la Californie et la Floride présente une élévation de leur température de 2 à 3 °C, et leur mortalité est dix fois supérieure à celle des colonies restées en Californie.

LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(4) RECOURIR AUX POLLINISATEURS SAUVAGES.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.
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Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
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