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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 00:17

On savait le monde champêtre riche en diversité de pollinisateurs - quelques 21 000 espèces différentes d'abeilles, bourdons et autres guêpes butineuses prospèrent dans le monde, que l'on appellent des apoïdes. On avait bien observé ici et là, sur un bouquet de romarins, au sommet d'une fleur de chardon ou dans un champ de tournesols, virevolter un assemblage hétéroclite d'insectes, parfois groupés sur la même inflorescence, presqu'à se disputer son contenu sucré ou ses grains de pollen. Plusieurs chercheurs, dont l'équipe de Bernard Vaissière à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) d'Avignon, avaient même montré sur tournesols que ce ballet entre apoïdes autour des capitules favorisait la pollinisation des plantes visitées. Et bien, l'on sait depuis le 22 décembre que ces merveilleuses interactions ne sont pas sans risque pour ces "visiteuses des corolles"... 

Dans une publication mise en ligne en fin d'année par PloS ONE [1](1), les entomologistes Rajwinder Singh et Abby L. Levitt de l’Université de l’État de Pennsylvanie apportent en effet, avec leurs collègues de la Columbia à New York et de l’Université de l’Illinois, une nouvel éclairage sur ces relations entre espèces de pollinisateurs. Ils démontrent que les pollen sont un réservoir de virus, voire un foyer de transmission entre pollinisateurs, chez lesquels on retrouve divers virus. Il ne suffisait donc pas que l'on repère des contaminants chimiques dans les pollens, voici qu'on y découvre aussi des virus !  

Butinage sauvage.jpg                 © Dominique A.

Toutes les abeilles et les bourdons sont infectés ?

L’infection de pollinisateurs sauvages par certains virus n’est pas, en soi, une découverte. Déjà, en 1964, deux chercheurs anglais, L. Bailey et A.J. Gibbs, avaient déjà mentionné sa possibilité chez des bourdons par le virus de la paralysie aiguë de l’abeille (l’ABPV) ; et en 1991, un autre virus (le KBV, le virus de l’abeille du Cachemire) fut détecté en Australie chez la guêpe Vespula germanica. Plus récemment, en 2006, c’est un groupe d’Allemands et de Suédois qui a trouvé en Europe deux espèces de bourdons (Bombus terrestris et B. pascuorum) avec des ailes déformées – le symptôme classique du virus DWV du même nom, frappant l’abeille mellifère (Apis mellifera). Et l’an dernier, des zoologistes belges et allemands ont confirmé que ces trois virus cités infectent bien les bourdons [2]. En France, un projet commun à l'INRA et l'ANSES (l'Agence nationale de sécurité sanitaire) pour connaître la prévalence des virus parmi plusieurs hyménoptères sauvages pourrait voir le jour cette année. Si le projet, déjà soumis l'an dernier et retoqué par les autorités scientifiques, est révisé et le financement trouvé... 

L'équipe américaine a pris une sacré longueur d'avance sur ce front. Et l’étude actuelle amplifie nettement la portée des infections déjà identifiées parmi les insectes sauvages. Car ce ne sont pas moins de cinq à sept virus à ARN, parmi les plus communs des ruches d’élevage [3], que les apidologues ont identifié parmi onze espèces sauvages d’abeilles, de bourdons et de guêpes collectées dans les États de Pennsylvanie, New York et l’Illinois. 

Grain de pollen.jpg                                        © DR

Les pollens sont des réservoirs à virus !

Originale, cette étude l'est avant tout par le fait que les chercheurs ont identifié une source nouvelle, et sans doute majeure, de transmission de ces virus : le pollen des plantes, qui servirait alors de réservoir au moins à trois de ces virus, et que les insectes ramènent au nid, souvent dans des pelotesEn effet, les séquences virales ont été retrouvées sur les grains de pollen de ces pelotes, et ces virus conservent leur capacité infectieuse durant plusieurs mois.

Ainsi, à travers cet article,  les virus et les pollens deviennent un formidable révélateur des dynamiques entre espèces de pollinisateurs. Ils sont, nous révèlent ces chercheurs de Pennsylvanie, de véritables signatures des échanges sociaux dans les champs et les prés, les « traceurs » des interactions entre abeilles, sociales et solitaires, bourdons et guêpes. Joli modèle ! Et c’est bien cela qui constitue l’attrait majeur de ce nouveau champ d’investigation, ouvert sur PLoS ONE, sur l’écologie et l’éthologie des pollinisateurs. Un domaine fort mal exploré.

« Moi j’aime beaucoup cette étude, salue l’apidologue Yves Le Conte, directeur du Laboratoire de Biologie et Protection de l'abeille à l’INRA d’Avignon, interrogé hier par téléphone, car elle nous ouvre les yeux sur le fait que contrairement à ce que l’on pense souvent, la nature n’est pas cloisonnée, avec l’abeille domestique d’un côté et les sauvages de l’autres. Là, ils montrent très bien qu’ils appartiennent au même écosystème et que tous ces pollinisateurs sont en lien, en interaction. Également, leur travail phylogénétique sur ces virus renforce cette lecture dynamique des échanges entre espèces. Car ils attestent qu’il n’y a pas de grandes différences entre le virus de l’abeille et celui du bourdon, que la plupart des séquences sont communes. »

Et les abeilles d'élevage des « empoissonneuses » ?!

Ramené à la ruche par les abeilles d’élevage (A. mellifera), ce pollen contaminé peut devenir un foyer de transmission de virus pour l’ensemble de la colonie. De même,  a priori, pour les autres pollinisateurs. En effet, ces chercheurs de Pennsylvanie, de New York et de l'Illinois ont pu démontrer expérimentalement que ces virus se transmettent entre espèces sauvages et d’élevage. « Dans le cas où des ruchers frappés par le CCD [le fameux syndrome d'effondrement des colonies, qui défraient la chronique apicole depuis 2007] abritent des abeilles infectées par le virus IAPV, les pollinisateurs voisins et sauvages (d’autres genres qu’Apis) portaient également ce virus, alors que ce n’était pas le cas lorsque des ruchers proches en étaient exempts. » indiquent les auteurs de l'étude.

En situation de confinement, sous serres, le groupe d’apidologues a observé que l’IAPV passe bien de l’abeille d’élevage infectée aux bourdons sains. Et inversement. Ce qui atteste qu’une grande partie des apoïdes peut s’échanger quantité de microbes et déclencher de véritables épidémies à l’échelle du paysage et des écosystèmes. Ainsi, le virus présent dans une ruche peut voyager sur de grandes distances grâce aux butineuses de la colonie - sur un rayon d'au moins 1,5 à 2 km autour de la ruche. Surtout à la faveur des transhumances ou des migrations pour polliniser des champs et des vergers, comme cela se fait couramment aux États-Unis. Ce qui pourrait contaminer, via les pollens, leurs cousines sauvages.

Premières abeilles sur romarin.jpg© V. Tardieu

C'est d'ailleurs une véritable mise en garde que lancent les auteurs de l'étude : « On ne sait pas combien de temps les virus restent vivants sur les fleurs, notent-ils, mais les visites des butineuses sont tellement fréquentes que des contaminations doivent se produire. » Et « nous prévenons clairement que l'installation de toute espèce de pollinisateurs domestiques contaminés dans un milieu donné peut potentiellement y introduire de nouveaux virus chez les autres espèces », indiquait hier au Figaro la coordinatrice de l’étude, Diana Cox-Foster.

Déjà accusées par certains écologues américains de voler le nectar et le pollen de la « bouche » des abeilles sauvages, et de n'être à ce titre qu'une espèce invasive et parasite dans l'écosystème rural, voici qu'Apis mellifera pourrait désormais devenir une contaminatrice... Et de victime, se transformer en redoutable tueuse d'abeilles ! Il y a là un changement de perspective qui doit, à tout le moins, nous rendre prudent. Car avant de jouer une espèces contre les autres, ou de pointer du doigt les apiculteurs qui déplacent ces colonies, il faut encore établir avec soin les circuits de contaminations et les dynamiques virales à l'échelle des écosystèmes et des populations de pollinisateurs. Ce qui demeure un chantier à déblayer, essentiel et passionnant.  

 

Un mode de transmission encore flou.

Dernier point à relever dans cette publication : les virus retrouvés chez les abeilles et ceux identifiés dans le pollen qu’elles transportent ne sont pas nécessairement identiques. Ainsi, une abeille peut être infectée sans que le pollen de ses pelotes ne le soit, ou par le même virus. Inversement, un virus retrouvé dans des pelotes ou au nid ne correspond pas nécessairement à celui de la butineuse, qui peut même ne pas être contaminée. Est-ce à dire que ces pollens ont été infectés avant la formation des pelotes, lors de la défécation sur les fleurs par d’autres butineuses virosées ? Difficile à certifier.

Car, comme pointe à juste titre l’apidologue Yves Le Conte, cette étude ne permet pas de résoudre ce mystère : « Je me suis étonné qu’ils n’aient pas prélevé des pollens in situ, sur les anthères des fleurs visitées par ces insectes contaminés, pour voir précisément à quel stade ces pollens se chargent en virus. Le fait qu’ils n’aient analysé que les pollens retrouvés sur les insectes, dans les pelotes de pollen ou dans leurs nids, laissent certaines questions en suspens sur les modes de transmissions virales. C’est dommage. »

Notons, pour finir, que ce mécanisme de contamination par les pollens et les chiures d'insectes a déjà été pointé pour les spores du micro-champignon Nosema ceranae, réputé virulent pour les abeilles. De même, le découvreur de ce parasite, l'Espagnol Mariano Higes, avait déjà montré en 2006 que des pelotes de régurgitations du guêpier d'Europe (Merops apiaster), après un festin d'abeilles parasitées par ce Nosema, contenaient des spores du champignon encore infectieux pendant des semaines.

  LA SUITE...


[1] Rajwinder Singh et al. (2010) “RNA Viruses in Hymenopteran Pollinators : Evidence of Inter-Taxa Virus Transmission via Pollen and Potential Impact on Non-Apis Hymenopteran Species.” PLoS ONE 5, 12, e14357 doi:10.1371/journal.pone.0014357. Pour lire cette étude, cliquez ici.

[2] Ivan Meeus et al. (2010) “Multiplex RT-PCR with broad-range primers and an exogenous internal amplification control for the detection of honeybee viruses in bumblebees.” Journal of Invertebrate Pathology,  105, 2, 200-203.

[3] Sur les 18 espèces de virus déjà identifiées chez notre Apis mellifera, les chercheurs ont détecté en quantité le KBV (Kashmir Bee Virus ou virus de l’abeille du Cachemire), le BQCV (Black Queen Cell Virus ou virus des cellules noires de reine), le DWV (Deformed Wing Virus ou virus des ailes déformées), le SBV  (Sac Brood Virus ou virus du couvain en forme de sac) et l’IAPV (Israeli Acute Paralysis Virus) le virus de la paralysie aiguë identifié en 2002 par une équipe israélienne et mis en cause par cette équipe de Pennsylvanie dans le syndrome d’effondrement des colonies. Deux autres virus communs de l’abeille ont également été identifiés, mais moins fréquemment : l’ABPV (Acute Bee Paralysis Virus ou le virus de la paralysie aiguë de l’abeille) et le CBPV (Chronic Bee Paralysis Virus ou le virus de la paralysie chronique de l’abeille).

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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commentaires

Urchidée 07/04/2011 22:25


Bonjour!
Je trouve que votre article est objectif et non inquisiteur, seulement c'est un sujet très sensible chez les apiculteurs ( c'est aussi légitime les groupes comme Bayer, Basf... nous resservent pour
leur défense le même letmotiv: Vos abeilles vont mal à cause de vos mauvaises pratiques) ... Je vois votre article plutôt comme un sujet à réfléchir... en profondeur. Et si ces recherches sont
dirigées dans un but louable, je ne trouve rien à y redire. Je me posais justement la question (en tant qu'amoureuse de la nature et apicultrice) où en sont tous les autres pollinisateurs? Donc
c'est avec intérêt que je vais vous suivre. Merci.


Vincent Tardieu 10/04/2011 14:51



merci bien chère Urchidée pour votre commentaire.


Vous avez bien compris le sens de ce blog, destiné à retisser le fil du dialogue entre différents acteurs du monde l'abeille, rendre compte des dernières nouvelles sur le déclin des
pollinisateurs et sur certaines découvertes les concernant, ainsi que vous donner mon sentiment sur tous ces sujets. Désolé de ne pouvoir être plus assidu sur ce blog, car je n'ai plus guère de
temps de l'alimenter.


V.T. 



eric 15/02/2011 15:28


Bonjour M. Tardieu,

Je vous laisse un message pour vous féliciter pour votre livre qui permet au lecteur d'avoir une vue d'ensemble des problèmes de l'apiculture aujourd'hui.

Surtout, je trouve que vous faites preuve de beaucoup de déontologie et d'esprit critique contrairement à l'ensemble de vos confrères pour qui seuls les pesticides sont coupables.

Je trouve votre blog très intéressant également. Etant passionné par les abeilles solitaires, je ne peux que vous encourager à en parler car, pour moi, certaines espèces sont beaucoup plus en
danger que Apis mellifera qui a la chance(ou la malchance?) d'être élevée par l'homme qui peut la mettre où il veut.
Chalicodoma parietina (muraria) en est l'illustration parfaite. Elle était très commune du temps de Fabre qui a décrit beaucoup de ses comportements. Aujourd'hui, elle est au bord de l'extinction
en France dans l'indifférence générale.

Ma seule critique (minime): je trouve dommage que des photos d'abeilles solitaires illustrent certains de vos articles sur l'abeille domestique par exemple dans"Vrai couple de tueur ou coup
médiatique"(on y voit une Amegilla et une Halicte). Les causes de régression ne sont pas toutes liées à celles des abeilles domestiques. Sans compter que l'abeille domestique peut être très
concurrentielle pour les espèces sauvages là où elle est présente en nombre.
Merci beaucoup pour votre travail et continuez à parler des abeilles solitaires inconnues du grand public et, un comble, de la plupart des apiculteurs.


Vincent Tardieu 15/02/2011 19:12



Merci bien Éric pour vos encouragements. Malheureusement, m'étant lancé dans une nouvelle enquête éditoriale au long cours - encore sur des enjeux agroécologiques - je n'ai plus guère de temps
pour nourrir ce blog. Mais vos commentaires me poussent à poursuivre...


Quant aux photos, je ne dispose pas d'un large choix en fait, et cherche par l'insertion d'illustration sur des espèces sauvages à montrer la diversité de ce groupe des Apinés. Mais bon, vous
avez raison, cela peut laisser penser que les problèmes des unes sont ceux de toutes les autres, ce qui est effectivement discutable. Tout de même, je me refuse depuis le début de cette aventure
journalistique à opposer le sort des unes à celui des autres, considérant que, malgré une diversité de situation, l'état écologique de l'espace rural et des espaces semi-naturels avaient des
impacts pour l'ensemble des insectes. 


Merci encore et... à bientôt !


V.T.



Sabench Jean 09/01/2011 20:40


Monsieur Tardieu,
Je pense que vous n'avez pas conscience de ce que, pour un apiculteur, signifie votre réponse. Je vais donc essayer de vous l'expliquer.

1- Le métier d'apiculteur est avant tout un métier d'observation. Depuis bientôt 15 ans des gens qui s'appuient sur des certitudes scientifiques, administratives, ou journalistiques, nous disent
"ce que vous voyez n'existe pas". Les connaissances de ceux qui travaillent avec des abeilles depuis 10, 20 ou 30 ans ne comptent pas!
C'est absolument inacceptable.
2- Vous dites que demander la suspension des insecticides systémiques, c'est accorder trop d'importance à un seul facteur. Il y a certainement plusieurs facteurs qui interviennent, mais c'est le
seul sur lequel on puisse agir efficacement. Voyons les autres :
VARROA : oui il faut continuer la recherche pour avoir d'autres traitements, si possibles plus efficaces et moins nocifs pour l'abeille. Mais on ne supprimera jamais le varroa. D'une part de
nombreux apiculteurs parviennent à maintenir un taux d'infestation acceptable par la colonie d'abeilles. D'autre part, il m'est arrivé, en juin 1991 d'avoir un rucher complétement infesté avec des
ruches affaiblies et des tapis d'abeilles aux ailes froissées rampant devant les ruches. IL a suffit de faire un traitement pour que les colonies se rétablissent. Actuellement des ruches aussi
atteintes ne repartent plus, ne sont plus récupérables. Il y a quelque chose de changé au niveau des capacités de la colonie d'abeilles à réagir.

NOSEMA : comme vous le dites noséma est présent dans de nombreuses ruches qui ne sont pas malades. Bien sur il est souhaitable d'avoir un médicament pour soigner les ruches atteintes de nosémose, à
la condition que les effets secondaires ne soient pas trop préjudiciables pour la ruche. Mais il vaut mieux essayer d'éviter le déclenchement de la maladie. Et justement une cause à été bien
identifiée, c'est la synergie avec les néonicotinoïdes!

BIODIVERSITE : c'est devenu la "tarte à la crême", de ceux qui ne veulent pas remettre en cause le reste. Bien sur il vaut qu'il y ait de la biodiversité, et cette biodiversité est nécessaire pour
pouvoir réduire fortement l'usage des pesticides. Mais là encore, permettez moi de vous exposer ce que nous avons constaté, avec plusieurs collègues apiculteurs dans le Lauragais,et d'autres
ailleurs, jusqu'au début des années 90. Le Lauragais est une zone de grandes cultures, tournesol, céréales, maïs. La biodiversité florale se situe en bordure de champs et dans quelques bosquets
isolés, pas de quoi nourrir des ruches. Pourtant c'est là que nous avons installé des ruchers fixes, les ruches produisaient un minimum de 50 kg de miel de tournesol, et une quinzaine de kg en
juin. Elles avaient leur provision pour l'hiver, ne nécessitaient aucun pourrissement et se portaient bien.
Alors comprenez que lorsqu'on rend la perte de biodiversité responsable de l'état actuel des colonies je soit plus que sceptique.

Et les PESTICIDES bien sur il n'y a pas que les néonics' qui posent problème aux abeilles, et bien d'autres provoquent des effets sublétaux.
Mais il y a une différence qui ne vous aura pas échappé : ce sont des systémiques, de plus très persistants dans les sols . La demie vie de l'imidaclopride est de 1 à 2 ans selon la nature du sol,
donc la molécule est présente de 3 à 5 ans. Période pendant laquelle elle passera dans la plante et contaminera pollen et nectar. Lors d'une étude réalisée sur de nombreux ruchers dans divers
départements, l'AFSSA a constaté une contamination par l'imidaclopride de 69% des pollens récoltés tout au long de l'année par les abeilles. Et depuis l'usage en a été étendu, ce sont des millions
d'hectares qui sont traitées tous les ans en France, et on continue, l'usage vient d'être accordé pour les plantations forestières.
Par conséquent les possibilités que l'abeille soit au contact de ces produits sont bien supérieures à celles pour les autres pesticides utilisés ponctuellement.
Là aussi permettez moi de vous rappeler le vécu des apiculteurs. Pour la première fois des comportements anormaux des ruches ont été constatés par la DSV de Charentes en 1994, dans la zone ou ont
été effectués les premières cultures de tournesol traité au Gaucho. On a vu s'étendre le phénomène au fur et à mesure de l'extension des zones traitées.
Ces pesticides sont toxiques pour l'abeille à des doses indécelables à l'analyse, les DL50 chroniques sont de l'ordre du centième de nanogramme/ abeille, la dose sans effet doit donc se situer au
niveau du picogramme (1x10-12g, ou 1 millionième de millionième de gramme).

Alors pourquoi ne pas faire comme en Italie, où l'usage de tous ces produits est suspendu ?
Nos collègues italiens constatent que leurs ruches se portent bien mieux depuis.
Ne pas vouloir faire cela, c'est ne pas accorder d'importance à la disparition de l'apiculture, et de l'abeille mellifère.

Cordialement


Vincent Tardieu 09/01/2011 23:06



Cher Jean Sabench, je n'ai aucune envie, ni le temps, de me lancer avec vous dans une polémique que je crains fort stérile. Si vous aviez pris le temps de lire avec
attention ma réponse à votre première interpellation, avec le même soin que j'ai mis à l'écrire, vous éviteriez, je pense, les procès d'intention.


Je n'ai jamais écris que demander la suspension des insecticides systémiques, c'est accorder
trop d'importance à un seul facteur (sous-entendu, les pesticides). Relisez mieux, M. Sabench : j'ai dis et réécris, en m'appuyant sur les données de nombreuses équipes scientifiques, que de se
focaliser sur les seuls systémiques me paraît trop réducteurs et que de nombreuses autres molécules chimiques présentent également un problème pour les pollinisateurs. Des pesticides agricoles et
apicoles divers, mais aussi des désherbants et des fongicides.


Au passage, les systémiques nicotinoïdes ne sont pas les seuls à demeurer persistant, en partie,
dans l'environnement, savez-vous...? Et sur la persistance de l'imidaclopride (Gaucho) et du fipronil (Regent TS), et sur leur risque potentiel, j'ai écris deux pages sur le sujet dans mon livre
auxquelles je vous réfère. Enfin, sur ces pesticides, j'ai écris (dans mon livre comme dans ma dernière réponse, ici) que compte-tenu des effets perturbateurs (sublétaux) obtenus en labos, sur
l'abeille avec des systémiques néonicotinoïdes (Gaucho, Cruiser, Proteus, Poncho), j'étais favorable au principe de précaution. Ce qui signifie donc leur retrait des champs et une mise en
observation (essais contrôlés) et la poursuite de recherches, y compris pour leur trouver des substituts chimiques vraiment sans risque pour les pollinisateurs ou, mieux, par de la lutte intégrée
dans le cadre de l'agroécologie. Donc, pas de faux procés SVP.


Quant aux autres causes, je persiste à penser qu'il faut agir sur certaines d'entre elles plus
énergiquement, tant au niveau de la recherche que des conduites agricoles et apicoles. Vous présentez ces causes (Varros, Nosema, carences alimentaires) comme des facteurs secondaires, découlant
d'un affaiblissement des abeilles du aux pesticides. Pourtant de nombreuses études, ici en France - notamment à l'INRA d'Avignon chez Luc Belzunce et Yves Le Conte -, mais aussi aux États-Unis
(dans de nombreux laboratoires, dont je rend compte ici depuis deux ans) montrent bien des synergies entre ces facteurs là et les pesticides, SANS POUVOIR CONCLURE que ce sont les pesticides, qui
plus est les seuls systémiques néonicotinoïdes, qui sont les facteurs primaires qui initient le problème (affaiblissent les abeilles). Et d'ailleurs, mille exemple de dépeuplement de ruches ou
d'affaiblissement (baisse de production et de reproduction) interviennent en France, comme ailleurs en Europe et aux USA, dans des endroits qui n'ont pas eu de traitement avec ces molécules... Et
bien des apiculteurs m'en ont fait le témoignage.


Voilà pourquoi, je crains fort que si nous les suspendons nous n'aurons pas régler le problème des
dépeuplements à l'œuvre. Nous aurons seulement améliorer un peu l'environnement des abeilles. Ce qui est un début - et c'est pourquoi j'y souscris - mais cela demeurera insuffisant. Alors j'ai
envie de vous dire : chez Monsieur Sabench, encore un effort !


 Bien cordialement,


V.T.



Jean Sabench 06/01/2011 14:26


Les chercheurs constatent quelque chose qui est nouveau pour eux, mais qui me semble absolument évident : la transmission de virus (et peut être plus) entre abeilles domestiques et pollinisateurs
sauvages. Tous mangent "à la même assiette", même si tout n'est pas si simple, ce n'est pas surprenant qu'il y ait des échanges
Ces échanges ont lieu depuis bien longtemps, et ces virus existent certainement depuis lontemps eux aussi.
Au fur et à mesure de la sortie de nouvelles études on constate une complexificati on de la problématique du déclin des abeilles.Les facteurs intervenant étant nombreux, il sera difficile de
désigner une ou des causes incontestées.
Dans ces études sur les bourdons, là encore on ne prend pas en compte les insecticides. Les néonicotinoïdes sont parmi les plus problématiques (toxicité, persistance ) L'AFSSA a montré, en 2005 que
69% de tous les pollens récoltés étaient contaminés par l'imidaclopride. Ce pesticide provoque des effets sublétaux, et des synergies avec noséma à des doses indécelables.
Les pesticides sont le seul des éléments néfastes pour l'abeille qui soit maitrisable.
Comme cela a été fait en Italie, on devrait suspendre l'autorisation de tous les insecticides systémiques, en attendant une évaluation sérieuse , qui n'a jamais été faite, de leurs effets sur
l'abeille.
On pourrait alors peut être faire la constatation que , comme en Italie, les abeilles vont bien mieux...


Vincent Tardieu 06/01/2011 15:32



Cher Jean Sabench, merci pour votre réaction.


Les échanges entre pollinisateurs sauvages et d'élevage ne sont pas une découverte pour les apiculteurs, mais ils ne le sont pas non plus, je vous rassure, pour les chercheurs. Simplement, cet
aspect, aussi intéressant qu'il soit du point de vue de l'étude écologique des écosystèmes ruraux, qu'importants pour comprendre les dynamiques des populations de pollinisateurs, voire les
problèmes qu'ils rencontrent, cet aspect n'a pas été vraiment étudié à grande échelle et dans la durée par les laboratoires scientifiques. Et j'ai trouvé ce "premier" travail suffisamment
pertinent pour devoir être rapporté.


Quant aux problèmes posés par les pesticides pour les pollinisateurs, et les bourdons en l'occurrence, cette question n'a pas été pris en compte car j'imagine qu'étant pour l'essentiel des
insectes sauvages, ils sont censés - je dis bien censés...- être moins exposés aux pesticides agricoles et apicoles que l'abeille d'élevage que l'on traite contre ses propres parasites des ruches
et que l'on déplace sur des cultures. Aussi les données dans la littérature sur ce point (les pesticides et les bourdons) doivent être rares. Toutefois, on peut raisonnablement penser que les
bourdons sont tout de même exposés à des pesticides agricoles car ils visitent eux aussi des plantes cultivés (ou des fleurs sauvages qui ont essuyé des épandages !), comme les autres
pollinisateurs sauvages.


Je ne crois pas, en revanche, que l'on règlera le problème du déclin actuel des pollinisateurs, sauvages et d'élevage, uniquement en "suspendant l'autorisation de tous les pesticides
systémiques". Ce peut être justifié du point de vue du principe de précaution, auquel je souscris. Mais cela ne serait pas suffisant malheureusement. Et cela pour au moins deux raisons. D'une
part, parce que diverses études récentes, menées en Europe et aux États-Unis, montrent qu'ils ne sont pas les seules molécules mises en cause pour leur effet sublétaux sur l'abeille, qu'une large
gamme de contaminants chimiques (y compris des herbicides et des fongicides), et parfois à des doses infimes, semblent engendrer des effets perturbateurs. Par ailleurs, on a pu montré de plus en
plus souvent que l'action de ces toxines chimiques est décuplée avec des cofacteurs (des pathogènes ou parasites, mais aussi des carences alimentaires). Et inversement. Vous noterez, au
passage, que de nombreuses études issues d'instituts très divers pointent également les effets néfastes des acaricides utilisés par les apiculteurs eux-mêmes - des pesticides non sytémiques...


Aussi, agir seulement sur l'un des paramètres qui apparaît clés dans le déclin des abeilles (en l'occurrence les ou certains pesticides), sans tenter de combattre les deux autres facteurs clés
(certains parasites comme l'acarien Varroa destructor et le micro-champignon Nosema ceranae, mais aussi le manque de ressources mellifères dans plusieurs régions
d'agriculture intensive), me paraît vouer à l'échec à terme.


Je n'ignore pas la difficulté que l'existence de synergies entre tous ces facteurs pose aux professionnels. Mais, comment faire face autrement à ces réalités complexes de l'écologie des
pollinisateurs si ce n'est par l'action conjuguée contre les différents facteurs clés, et la mobilisation de tous les acteurs du territoire rural (apiculteurs, agriculteurs, écologistes,
agronome-biologistes, colelctivités territoriales...) ?


En vous remerciant à nouveau pour votre contribution.


V.T.



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