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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:02
Recourir aux pollinisateurs sauvages

   La démonstration de Claire Kremen à l'Université californienne de Berkeley est implacable. Mais la solution esquissée – recourir aux pollinisateurs sauvages – mérite qu’on y réfléchisse à deux fois. Cette approche est d’autant plus en vogue parmi les spécialistes de l’abeille que plusieurs quantifications récentes tendent à relativiser les performances de pollinisation d’A. mellifera jugées jusqu’ici mirifiques, comme nous le racontons dans L’étrange silence des abeilles.

 © Elfronto / Picasa album

  En vérité, notre abeille mellifère ne serait pas la mieux taillée pour le job ! Ne serait-ce parce qu’elle a tendance à confisquer trop de grains de pollen récoltés en les agglutinant avec du nectar dans les corbeilles de ses deux pattes arrières pour nourrir le reste de sa colonie[1]. Un précieux butin dont elle prive du même coup les plantes femelles. Trop efficace dans sa récolte, en somme ! Alors que la plupart de ses cousines sauvages constellent la toison soyeuse de tout leur corps de grains de pollen sans pouvoir les fixer aussi efficacement.

   En outre, l’espèce d’élevage ne peut butiner qu’avec une température extérieure supérieure à 12°C, alors que les bourdons peuvent sortir dès 7°C. Bref ! A. mellifera, cette excellente butineuse, n’est donc pas la Rolls de la pollinisation que l’on croyait...

Les bourdons, ici sur du romarin dans les garrigues de l'Hérault, sortent butiner à partir de 7°C. Ils sont alors plus précoces que la plupart des abeilles (© V. Tardieu).

   Et Claire Kremen n’est pas la seule à suggérer le recours à ses parentes sauvages. Dans son dernier rapport, publié fin juin, le Groupe de travail américain sur le  CCD (Colony collapse disorder ou syndrome d’effondrement de colonie)[2] glisse à son tour que le NRAES (Natural Resource, Agriculture and Engineering Service, une organisation inter-universitaire) a édité en début d’année un fascicule à destination des apiculteurs, des naturalistes et des agriculteurs[3]. Rédigé par des chercheurs de l’Université du Minnesota et du programme de conservation des pollinisateurs de la Société Xerces,  il s’agit en fait d’un guide pour élever des bourdons et diverses abeilles Mégachile.

   Dans l’impasse angoissante dans laquelle se débattent apiculteurs et agriculteurs, certains considèrent aujourd’hui les abeilles sauvages comme une alternative, voire LA solution au problème du CCD. C’est nettement l’approche d’une équipe du Michigan qui vient d’achever trois années d’étude dans quinze fermes afin d’identifier les communautés de pollinisateurs associées aux cultures de myrtilles dans cet État du Middle West. « Le piégeage et l’observation nous ont permis d’identifier au moins 166 espèces d’insectes (30 genres et 5 familles) sur cette culture dont 112 les pollinisent activement. La plupart des abeilles présentes sont des espèces solitaires nichant au sol ou dans des cavités », précisent Julianna K. Tuell et ses collègues[4]. Et ces abeilles sauvages n’étant « pas affectées par le désordre d'effondrement des colonies (CCD), elles pourraient servir d’alternative aux abeilles d’élevage. » écrivent ces chercheurs dans un communiqué du 24 mars 2009 de la Société entomologique d’Amérique (ESA)[5]. D’ailleurs, en confectionnant à leur intention des niches artificielles en roseau ou en bambou, les cultivateurs devraient pouvoir les contrôler, au moins pour les espèces vivant dans des cavités, estime Julianna K. Tuell. Laquelle pointe qu’au-delà des myrtilles, plusieurs espèces d’abeilles relevées dans leur étude visitent également des cerisiers, des pommiers et les cultures de canneberges. Voilà de quoi prendre au sérieux une telle alternative dans ce contexte d’effondrement des colonies.


LA SUITE :


(1) INTRODUCTION.
(2) ACTIVITÉ ABSURDE ET EN PÉRIL.
(3) UN PROBLÈME DE GESTION DU TERRITOIRE RURAL.
(5) LES ESPÈCES SAUVAGES SONT-ELLES MOINS MENACÉES  QUE L’ABEILLE D’ÉLEVAGE ?
(6) DES ESPÈCES SAUVAGES DÉJÀ EXPLOITÉES POUR L’AGRICULTURE.
(7) LA SUBSTITUTION ENTRE ESPÈCES EST-ELLE SI PERTINENTE ?
(8) COMPLÉMENTAIRES, IL FAUT PRÉSERVER TOUTES LES SORTES D'ABEILLES.



[1] Hargreaves A. et al. (2009)  Biol. Rev., 84, 259–276.
[2] CCD Steering Committee, “Colony Collapse Disorder”. Progress Report. June 2009.
[3] NRAES “Managing alternative pollinators: a handbook for beekeepers, growers, and conservationists”, 2009.
[4] Tuell J. K. et al (2009), “Wild bees (Hymenoptera: Apoidea: Anthophila) of the Michigan Highbush blueberry agroecosystem”, Ann. Entomol. Soc. Am. 102(2): 275-287.
[5]
Entomological Society of America “Wild bees can be effective pollinators”, communiqué de presse du 24 mars 2009, PRLog.Org.

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Published by Vincent Tardieu - dans Espace rural et pollinisateurs
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