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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 07:52
Des carences nutritionnelles inquiétantes

   La qualité, la richesse et la diversité de l’alimentation des abeilles jouent un rôle primordial pour leur santé. On savait déjà, par exemple, que le pollen riche en protéines aide les colonies à lutter contre les pathogènes. May Berenbaum de l’Université de l’Illinois montre à présent, dans ce rapport préliminaire du groupe de travail sur le CCD, qu’il existe dans le pollen, le miel et la propolis [1], des enzymes comme des flavanols (quercetine) permettant d’améliorer la tolérance des abeilles à l’égard de certains acaricides. Or ces composés sont absents des compléments alimentaires apportés aux colonies par les apiculteurs commerciaux, notamment pour les préparer à polliniser les amandiers en Californie dès le mois de février.

 

(© V. Tardieu)

Afin d'améliorer les performances de leur cheptel apicole, pour remplir les contrats de pollinisation signés avec des cultivateurs ou simplement pour aider une colonie à passer l'hiver, les éleveurs d'abeilles apportent régulièrement des compléments alimentaires et notamment du pollen, sources de protéines. Ici, il s'agit d'une réserve de pollen prélevée au sein de ruches fortes. Mais souvent ces compléments alimentaires sont manufacturés et n'apportent pas les mêmes bénéfices nutritionnels à l'abeille, voire transmettent certains virus.


   De son côté, Rufus Isaacs de l’Université d’État du Michigan, a sélectionné 29 espèces de plantes pérennes de l’espace rural très attractives pour l’abeille. Ces végétaux sont donc à préserver si l'on veut améliorer la santé des colonies et maintenir des populations d’abeilles sauvages indispensables pour polliniser les cultures et la flore naturelle. En France, le Réseau biodiversité pour les abeilles [2], animé par l’apiculteur Philippe Lecompte en Champagne, vise également à « améliorer le bol alimentaire des pollinisateurs». Pour cela, son réseau soutenu par l’industriel BASF développe des jachères apicoles plantées d’espèces visitées par les hyménoptères, en premier lieu dans les zones de grandes cultures comme la Beauce ou la Champagne-Ardenne. Si Philippe Lecompte table sur un potentiel de plus de 2 millions d’hectares dans l’Hexagone (jachère agricole, bord de rivières et de routes, espaces verts des villes...), en 2007  les surfaces de jachères apicoles ne dépassaient par 1 000 hectares, répartis dans 41 départements. On reste donc bien loin du compte ! Or, dans le même temps, les surfaces cultivées avec certaines plantes visitées par les abeilles (luzerne et tournesol) sont en nette régression dans l’Hexagone... – lire notre encadré.

 

   D’une façon globale, plusieurs études conduites en France et aux États-Unis (notamment par Claire Kremen à l’Université de Berkeley en Californie) attestent que le maintien des haies, des bosquets et des friches agricoles demeure le meilleur moyen de préserver le cortège des pollinisateurs sauvages et d’élevage dans le paysage rural. Après avoir analysé 54 études scientifiques publiées entre 1945 et 2007,  un groupe de chercheurs américano-argentins vient toutefois d’indiquer [3] que « le seul type de perturbation montrant un effet négatif significatif, la perte d’habitat et  sa fragmentation, est significatif uniquement dans le cas où il resterait très peu d’habitats naturels au sein de l’écosystème considéré. En conséquence de quoi, il serait très prématuré de conclure que c’est la perte d’habitats [pour les abeilles] qui a causé le déclin global des pollinisateurs ».

 

   En d’autres termes, et comme nous le montrons dans L’étrange silence des abeilles, jusqu’à un certain niveau de perturbations, les changements écologiques dans le paysage rural n’engendrent pas d’effets négatifs perceptibles sur l’abondance et la diversité des espèces d’abeilles. Mieux, certaines fragmentations et ouvertures des milieux forestiers ont multiplié et diversifié les micro-habitats ainsi que les ressources des pollinisateurs.  Tout est, une fois de plus, une question de mesure : si la disparition des espaces fleuris (haies, friches, bords de champs et de rivières, bosquets...) est totale et les monocultures courent à perte d’horizon, les abeilles déclineront rapidement. Et en premier lieu, semble-t-il d’après les auteurs de cette étude américano-argentine, les abeilles sociales comme Apis mellifera ou les petites mélipones tropicales qui nichent dans les arbres.


Demain 15 septembre, la fin de notre série :
 Un marqueur du CCD bien étonnant !

LA SÉRIE...

(1) UNE PREMIÈRE ÉVALUATION TROP ... RICHE ?
(2) UNE MEILLEURE DESCRIPTION DES ÉPISODES D'EFFONDREMENT (CCD)
(3) LA CULPABILITÉ DES VIRUS RELANCÉE ?ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC MAY BERENBAUM SUR SA NOUVELLE DÉCOUVERTE CONCERNANT LES VIRUS...
(4) LE RÔLE DU MICRO CHAMPIGNON NOSEMA CERANAE DEMEURE INCERTAIN
(5) L’ACARIEN VARROA DESTRUCTOR N'EST PAS LE TUEUR UNIQUE.
(6) DES RÉSIDUS DE PESTICIDES AUSSI NOMBREUX QUE VARIÉS.
(7) COMBINAISONS EXPLOSIVES !
(9) UN MARQUEUR DU CCD BIEN ÉTONNANT !


[1] La propolis est fabriquée par les ouvrières à partir d’une résine collectée par les butineuses sur les bourgeons de certains arbres. Elle sert de mortier pour la ruche et de désinfectant aux abeilles. Ses diverses propriétés pharmacologiques sont utiles à l’homme.

[2] http://www.jacheres-apicoles.fr/index/

[3] Winfree R. et al (2009), “A meta-analysis of bees’ responses to anthropogenic disturbance” Ecology, 90 (8),  pp. 2068–2076.

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Published by Vincent Tardieu - dans Déclin des abeilles
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commentaires

Tessier Gilles 12/10/2009 11:24


Je n'ai pas lu votre livre mais dans vos articles de blog vous ne parlez pas des recherches du Pr.JACOBS, laboratoire de zoophysiologie de l'Université de Gand. Lors des 2e assises du réseau
biodiversité pour les abeilles (8 avril2008) à Reims, il a fait une communication sur l'impact de l'alimentation sur la santé des abeilles. Sa thèse: les abeilles d'hiver qui naissent entre aôut et
septembre ont besoin de recevoir du pollen en quantité et en qualité suffisantes pour durer jusqu'au printemps suivant et cela à des moments très précis de leur développement (larve et jeune
abeille). Or, les butineuses n'ont pas les moyens de reconnaitre le bon pollen du moins bon. En région de monoculture (tounesol ou maïs par ex.) les abeilles "rentrent" du pollen qui n'a parfois
que très peu de valeur nutritive. En conséquence les nouvelles abeilles disparaissent rapidement, la longévité de la colonie diminue et fin octobre début novembre la ruche est "vide". Je relate
bien sûr une courte synthèse de sa communication mais je l'avais trouvée très intéressante. Qu'en pensez vous?


Vincent Tardieu 13/10/2009 16:09


Oui, vous avez parfaitement raison : cette dimension "alimentaire", et plus particulièrement ces différences qualités nutritionnelles des pollens et nectar (compositions en micronutriments,
vitamines t protéines), jouent un rôle très important sur la santé des colonies. Ce que j'explique, comme vous pourrez le lire dans mon ouvrage, même si cette question alimentaire ne semble pas
être le facteur expliquant à lui seul les effondrements massifs et brutaux de colonies partout en Europe ou aux États-Unis, mais bien un cofacteur à ne pas négliger. Merci pour cette remarque
judicieuse. V.T.


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